‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 51 sur 71 · IV. — Le roi Constantin et l'Angleterre · texte numérisé non relu

IV. — Le roi Constantin et l'Angleterre

Mais il arrivait quelque chose d'étrange avec ce roi. Tant que M. le président du Conseil se trouvait auprès de lui, il n'hésitait pas à avouer qu'il se rendait à ses raisonnements, et que réellement la Grèce ne devait suivre aucune autre politique, par suite de ses engagements antérieurs et aussi de sa position géographique et de l'ensemble de ses intérêts et de ses relations.

M. le président du Conseil s'est vu forcé de lui dire à plus d'une reprise : « Il arrive toujours, Sire, que mes paroles vous persuadent, comme vous le dites, mais qu'aussitôt après mon départ, vous vous en dissuadiez ! » Qui le dissuadait? C'était l'ombre du kaiser et ceux qui, étant au service de cette ombre, la représentaient auprès de lui. C'est ainsi qu'il fut encore dissuadé quand il s'est agi de la question relatée dans la lettre que lui adressa M. le président du Conseil et que la Chambre a sous les yeux. Le président du Gouvernement avait alors, en vertu de l'autorisation de ce même roi, déclaré à l'Entente que la Grèce s'empressait d'offrir son concours, à la condition que ses flancs fussent garantis contre une agression éventuelle de la Bulgarie.

L'amirauté anglaise a, en conséquence, ordonné à

l'amiral Karr de s'entendre avec l' état-major grec en vue de régler le mode de la coopération. Le roi déchu déclara à M. le président du Conseil qu'il était prêt à recevoir l'amiral Karr pour le mettre en contact avec l'état-major, en vue de l'accord envisagé, au sujet duquel le roi d'Angleterre avait déjà remercié par télégramme le roi de Grèce. L'amiral Karr fut reçu à cet effet au palais. Mais alors que, la veille, le roi avait déclaré au président du Conseil qu'il recevrait l'amiral anglais pour établir cet accord, le lendemain, quand celui-ci se présenta à lui, le roi lui déclara qu'il ne pourrait jamais penser à une guerre contre la Turquie! Il ajouta même qu'il ne pourrait jamais affronter le kaiser en ennemi! Il avait de nouveau été dissuadé! Ce revirement et celte conduite obligèrent le président du Conseil de remettre sa démission, qu'il ne retira qu'à la suite des explications données par le roi, persuadé de nouveau par les paroles du président du Conseil.

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