‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 52 sur 71 · V. — La Grèce et I'Asie*Mineure · texte numérisé non relu

V. — La Grèce et I'Asie*Mineure

Mais nous nous sommes heurtés à une découverte. Il nous fut révélé que nous aA'ions des traîtres au sein même du Gouvernement. Car l'action commise par un des membres du Gouvernement était bel et bien une trahison de la politique gouvernementale. Le traître et collaborateur de la couronne était un des ministres. (Sensation.) On découvrit en effet que les idées exposées par le roi à l'amiral Karr et qui étaient contraires à la politique gouvernementale, tenaient leur paternité du ministre des affaires étrangères ; celui-ci avait eu l'audace de les suggérer au roi dans un mémoire particulier, trahissant ainsi le Gouvernement dont il faisait partie.

Quelques députés. — C'était de la politique allemande.

D'autres députés. — C'était une trahison.

E. Répoulis. — Le Gouvernement luttait constamment contre de pareils obstacles, de pareilles intrigues et de pareilles machinations, jusqu'au 5 mars, jour de sa démission. Pas un jour ne se passait sans que le président du Conseil eût à affronter les agissements réactionnaires de ces milieux. Savez-vous combien effrénée fut la réaction exercée par la couronne contre la politique nationale du gouvernement d'alors ? Je n'oublierai jamais une visite que j'ai rendue un jour, au ministère des affaires étrangères pour une affaire de service. J'y ai trouvé M. le président du Conseil en train d'examiner et d'étudier les cartes sur lesquelles il échafaudait l'avenir de la Grèce. Un officier de l'état— major se trouvait auprès de lui. M. le président étudiait les compensations que la Grèce pourrait obtenir en Asie-Mineure et examinait quelles seraient les limites de leur étendue possible. Que disait alors le délégué de la couronne? Car je ne puis nommer autrement celui qui parlait en tant qu'instrument des idées et des aspirations royales. Il disait qu'il n'est pas dans l'intérêt de la Grèce de s'étendre en Asie-Mineure î

Plusieurs députés. — Infamie !

E. Répoulis. — « Que cherchez-vous, disait-il, en Asie-Mineure? Que vous préoccupez-vous de doubler à nouveau le territoire de la Grèce ? Ne pensez-vous pas qu'en s' étendant jusque-là, la Grèce deviendrait la voisine d'un grand État comme la Russie ! ? »

Les lâches ! C'est par tous ces moyens qu'ils cherchaient à imposer leur politique de trahison! Il ajoutait encore qu'avant de travailler à doubler le territoire de la Grèce, le Gouvernement devait penser si la Grèce serait en état d'administrer ces régions dont la superficie

équivaut à celle de la Vieille-Grèce. Ils considéraient, les misérables, la Grèce comme incapable de gouverner de nouveaux territoires et de nouvelles populations helléniques.

C'est pourquoi j'ai dit que vous n'avez pas en vue toutes les preuves de la trahison. Nous en avions, nous autres, des témoignages tous les jours. C'est contre des efforts incessants de trahison que le Gouvernement avait à lutter jusqu'au jour où il fut obligé de démissionner.

Ce Gouvernement démissionna et un antre lui succéda. Quel fut le premier acte du cabinet qui nous remplaçait? Ce fut une nouvelle trahison. Quelques jours, ou, peut-être, un mois s'était à peine passé — je ne m'en souviens pas d'une façon précise — depuis que notre Gouvernement avait reçu l'assurance de l'Entente qu'aucune cession territoriale ne serait exigée de la part de la Grèce, en échange des très larges compensations qui lui étaient offertes en Asie-Mineure, lorsque le roi de Grèce et son premier conseiller révélèrent aux puissances, dans un but de calomnie, l'idée de M. le président du Conseil relativement à la cession hypothétique et conditionnelle de Cavalla, et qui avait été exposée au roi déchu dans son mémoire bien connu. Et ils dirent aux puissances : « Pourquoi déclarez-vous n'avoir aucune exigence au sujet d'une cession territoriale de la part de la Grèce? L'ancien premier ministre avait lui-même l'intention de consentir à des concessions en faveur de la Bulgarie ! » Que voulez-vous de plus comme trahison? Et dire que des plaintes s'élèvent des bancs de l'opposition contre l'emploi que nous faisons de ce mot! Qu'ils nous en trouvent un autre et nous remploierons. Mais ce mot que vous nous donneriez devrait être beaucoup plus dur... Car, il est vrai que le mot de « trahison », par suite de son

emploi fréquent et abusif ne rend pas toute Pampleur du crime que nous voulons flétrir. (Applaudissements prolongés de la Chambre et des tribunes.)

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