VI. — Le roi et la propagande électorale
On dissout ensuite la Chambre et on fait de nouvelles élections. Le parti libéral trouve la Cour dressée contre lui, à la tète de l'action électorale de ses adversaires, avec comme chef, le roi lui-même? Je n'hésiterai pas, Messieurs, à dire à la Chambre l'opinion que je me suis, depuis, formée et qui, lors de la dissolution de cette Chambre, n'avait encore été partagée par personne. Je ne veux certes pas nier combien était raisonnable la politique imposée alors par le chef du parti et qui tendait à notre participation aux élections. Ayant cependant la conviction que tous les verdicts populaires du monde ne suffiraient pas pour modifier la politique de la couronne, je n'ai pas hésité à communiquer alors mon opinion personnelle à M. le président du Conseil. Cette opinion, qui était peut-être audacieuse, était profondément ancrée dans mon àme : je pensais qu'au lieu de participer aux élections, nous étions placés devant le dilemme suivant : abstention ou révolution. Mais la situation extérieure excluait la révolution, parce que nous ne pouvions pas déclancher la guerre intestine, tant que les Bulgares menaçaient la Macédoine et qu'aucune logique n'autorisait que ce fût à nous d'assumer la responsabilité des conséquences d'une pareille incursion des Bulgares. La révolution étant exclue, j'estimais que nous de\ions nous abstenir des élections et dénoncer la politique de ce roi, comme trahissant les intérêts de la Grèce. Mais
notre participation aux élections fut décidée : notre chef dut cependant s'en abstenir justement à cause de l'incident provoque par la divulgation du mémoire relatif à Cavalla. Nous nous sommes trouvés face à face avec la couronne ! Les exploiteurs des sentiments pacifiques du peuple — sentiments qui sont naturels chez tous les peuples — sont aussi devenus les exploiteurs de la maladie du roi. Nous les avons, alors, nommés des exploiteurs irrespectueux de la couronne. Mais ils furent plus encore : ils furent les complices de l'entourage immédiat du roi, puisque même cet entourage exploitait sa maladie. Qui ne se souvient de tout ce qui se faisait? Des bulletins quotidiens étaient envoyés en province; chaque bourg et chaque village étaient tenus au courant de l'évolution de la maladie royale. Pourquoi? Était-ce pour que le peuple grec en fût informé? Non. Le but n'était autre qu'une vulgaire exploitation électorale. Les agents de la propagande allemande et tous les ennemis du parti libéral pouvaient ainsi proclamer que ce parti mettait en danger la santé du roi et qu'autant il y aurait de votes favorables aux candidats veniaélistes, autant de coups seraient portés à la santé royale ! Le peuple fut placé devant ce dilemme : le roi ou Venizélos.
Mais ni les interventions gouvernementales, ni les procédés de chantage, ni les menaces n'ont pu modifier l'opinion populaire ; bien que placé devant ce dilemme, le peuple a dit : « Oui, je veux être gouverné par Venizélos. » Son mandat était d'ordre tellement général qu'il était valable même pour la question royale. On lui demanda : « Le roi ou Venizélos? »; il a manifesté sa préférence. Quel était, dans ces conditions, le devoir de ce roi qui fut placé en face dun plébiscite condamnant la politique qu'il pratiquait sous sa responsabilité ? Ceux qui exercent un pouvoir sous leur
responsabilité et qui s'occupent ainsi des affaires publiques, doivent subir aussi les conséquences de leur politique. Si le roi voulait être conséquent avec luimême, il devait, dès lors, abdiquer.