VII. — Le plan criminel de la mobilisation
Quant au Gouvernement Venizélos, il revint au pouvoir, en août seulement, car il fallait, n'est-ce pas, éloigner autant que possible cette amère échéance. Savez-vous quelle fut l'attitude de l'état-major à la veille de la mobilisation? Le chef de l'état-major n'avait pas hésité à déclarer au premier ministre qu'il suffirait que nous fussions militairement secourus par les alliés dans la mesure exacte où ils décidèrent, par la suite, de nous secourir, pour que la Grèce pût écraser la Bulgarie. Et, en ce qui concerne les nouvelles publiées alors par les journaux et annonçant qu'une armée de 700.000 Austro-Allemands envahirait les Balkans, le chef de l'état-major disait au président du Conseil que c'était là des fantaisies de journalistes. « Non seulement il serait impossible, disait-il, que de pareilles forces pussent être détachées des autres fronts au profit du front balkanique, mais encore, même si elles venaient à être jetées dans le front balkanique, elles ne sauraient être utilisées activement, par suite du manque de moyens de communication, — tandis que l'armée grecque, renforcée par les alliés, ayant Salonique comme base de ravitaillement et jouissant de toutes les facilités que sa position lui procure, pourrait certainement écraser l'ennemi. » Pourquoi parlait-il ainsi? Était-ce l'explosion d'une sincérité militaire momentanée? Était-ce un aveu réel, mais fait dans un but
infernal — comme tout ce que ces gens faisaient — afin que son auteur put prétendre un jour n'avoir jamais, lui, nié la certitude que la Grèce vaincrait dans ces conditions ? Ou bien y avait-il là un autre calcul, également infernal, mais incapable d'agir d'une manière décisive sur la pensée du Gouvernement — puisque ce dernier avait, en tout cas, décidé que, la Bulgarie venant à mobiliser, la Grèce devrait mettre en ligne toutes ses forces — un calcul qui consisterait cependant en ceci : pousser, par ces encouragements, à la mobilisation, pour garantir la réalisation du plan criminel, ultérieurement appliqué, c'est-à-dire pour organiser la révolte contre le Gouvernement libéral et faire écraser la Grèce?
La mobilisation fut décrétée. Il nous fut donné, avant-hier, ici, l'occasion d'entendre que la politique, approuvée par le peuple, dans les élections du i3 juin, n'était pas une politique de guerre! Gomme si le parti libéral avait jamais cessé de proclamer sa politique, aussi bien par l'organe de la presse libérale que par les déclarations de la commission qui dirigeait, pendant les élections, les travaux du parti! Qui a jamais caché que, dans le programme des libéraux, se trouvaient toujours inscrites la grande idée de réaliser les aspirations nationales et l'obligation de faire, sous certaines conditions, la guerre à la Bulgarie? Certes, à la suite de la démission du Gouvernement libéral, en mars 191 5, les circonstances s'étaient modifiées, et le chef des libéraux ne pouvait pas savoir quelle politique il pourrait plus tard pratiquer. Mais il n'avait jamais renoncé au principe de coopérer avec l'Entente. Pour justifier le second désaccord entre la couronne et le peuple, nos adversaires disaient : « Le peuple n'a pas approuvé votre politique de guerre. » Quel démenti peut être plus solennel que celui que constitue la mobilisation?
Le peuple était appelé à combattre. Avez-vous constaté que la politique de guerre du Gouvernement eût provoqué le moindre malaise ? Nierez-vous qu'il n'y eût qu'enthousiasme général et approbation unanime? Tout le peuple en état de porter les armes ne s'est-il pas empressé d'accourir sous les drapeaux? N'avons-nous pas assisté au spectacle magnifique, tout en l'honneur de la Grèce, de la concent rai ion plus que rapide de la population combattante, concentration effectuée plus promptement que les services compétents ne l'espéraient? Avez-vous besoin d'autres preuves pour vous assurer que la politique du Gouvernement était constamment approuvée par le peuple? (Applaudissements.)