‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 56 sur 71 · IX. — La violence et l'arbitraire du despotisme · texte numérisé non relu

IX. — La violence et l'arbitraire du despotisme

Mais voulez-vous savoir les intentions qu'avait Constantin vis-à-vis delà Constitution, lorsqu'il osa décréter la seconde dissolution ? Vous en avez l'image

dans les documents ofliciels, notamment dans la dépèche par laquelle il a répondu au kaiser, a l'insu du président du Conseil, et par l'entremise du ministre des affaires étrangères! Lisez et méditez! Parlait-il en tant que souverain d'un État constitutionnel? Ou bien, empereur improvisé, domestiquait-il la politique de la Grèce? Il déclarait au kaiser qu'il ne pouvait intervenir activement en faveur de l'Allemagne pour des raisons qu'il exposait avec mécontentement et avec regret, mais qu'il avait pris la résolution de maintenirla neutralité. De quel droit? Où a-t-il trouvé le droit d'escompter la politique de la Grèce? Gomment le roi d'un peuple libre, d'un peuple souverain, pouvait-il se livrer à de pareilles déclarations sans faire la moindre réserve par égard pour l'opinion et pour la volonté du peuple, seul maître de régler son sort, d'établir sa politique et de désigner son Gouvernement ?

Mais ce texte, est-il le seul où cette intention se manifeste? Un autre document, encore, révèle l'odieuse trahison. C'est la dépèche du chargé d'affaires de Grèce à Bucarest, annonçant que la Bulgarie avait reçu de Berlin l'assurance catégorique que la Grèce ne sortirait en aucun cas de la neutralité! Ce document ne démontre-t-il, pas lui aussi, la trahison? Ne dénote-t-il pas la résolution de mépriser et de fouler aux pieds toute volonté populaire, en vue de servir l'Allemagne ?

Il était naturel que le despotisme dégénérât en un régime de violence et d'arbitraire. Ce sont les méthodes habituelles et éternelles de la tyrannie. Nous avons vu des régiments entiers d'espions ; nous avons vu des citoyens innocents tomber victimes de la calomnie et. de la persécution, pour avoir soi-disant insulté le roi; nous avons vu les pires procédés de chantage; nous avons vu la police devenir l'instrument inconsscient de l'arbitraire tyrannique: nous avons vu la jus-

lice se transformer en une basse et vile esclave de la volonté dynastique; nous avons vu le clergé parfaire ce misérable tableau par ses odieux anathèmes ! {Applaudissements.) Et dire qu'il existe encore d'honorables membres de l'opposition soutenant qu'il y avait, à cette époque, un régime libre!

Et la Chambre, qu'était-elle donc devenue pendant ce temps? Elle avait été transformée en une Bastille! Les murs de cette salle nous envoient encore aujourd'hui l'écho des soupirs et des protestations poussés par les honorables, vertueux, courageux et libres citoyens grecs qu'on battait, qu'on humiliait, qu'on insultait, qu'on emprisonnait, qu'on condamnait à mourir de faim, sans qu'aucune protestation fût formulée par les soi-disant députés d'alors {applaudissements et approbations de la Chambre et des tribunes), sans qu'un seul cri d'indignation fût poussé par ceux qui se réunissaient dans cette salle en tant que députés, non seulement contre les abominations perpétrées à l'égard de citoyens libres, mais même pas contre la transformation de cette salle en un cachot de police ! {Applaudissements et approbations.) Bref, nous avons vu la Grèce tomber là où elle est tombée. Déchéance intérieure, à la fois, et extérieure!

M. le président du Conseil a dit une fois dans cette Chambre, en s'adressant à l'opposition : «Voyez la Grèce telle que je vous la livre ! Prenez garde, comment, à votre tour, vous la livrerez ! » Nous avons livré la Grèce puissante et belle comme une nymphe. On nous l'a livrée tout en haillons! {Applaudissements prolonges.) Le peuple grec, qui apparaît toujours à travers son histoire pareil à un Prométhée civilisant les peuples, fut présenté comme le peuple le plus barbare, le plus esclave, le plus injuste et le plus ingrat du monde! El nous fûmes réduits à devoir prouver que seule la lie

de la société avait été réunie dans la capitale grecque par les agents de la Cour et de l'Allemagne, pour agir soi-disant au nom de la Grèce ; et il a fallu que les libéraux réapparussent dans cette Athènes transformée, pour que la noblesse de l'àme grecque fût de nouveau affirmée. {Applaudissements.)

G. Popp. — Vous permettez une interruption, Monsieur le ministre ?

E. Répoulis. — Oui.

G. Popp. — Je voulais faire observer ceci : que l'impression de ceux qui n'ont pas participé aux évéments du 2 décembre, — à cause desquels nous avons eu, aussi, ceux du 1" décembre, — était que nous ne nous trouvions guère en présence d'une révolution populaire, mais devant une révolution de l'Etat, qui opprimait non seulement tous les venizélistes, mais encore tous ceux qui ne voulaient pas asservir leur conscience à l'absolutisme.

E. Répoulis. — Nous avons vu un Etat se révolter contre la loi et contre l'ordre établi, et enseigner à l'armée, quoi? L'abstention de la guerre, la panique, la peur d'accomplir son devoir. Et nous avons vu la propagande allemande empoisonner l'àme du peuple grec, la persuadant de renoncer à toute idée de guerre, à toute idée de défense, dut-il s'agir de sa liberté et de la liberté de ses frères !

Leur pensée était si noire qu'ils n'ont même pas épargné l'àme des enfants. Des instituteurs, adeptes de cette politique odieuse ou forcés de le devenir contre leur gré, s'occupaient à empoisonner les âmes si facilement modelables des petits. Ils s'évertuaient à verser goutte à goutte dans ces âmes le virus anti-national, le virus anti-patriotique, la calomnie et le mensonge, le poison des idées anti-libérales, des idées basses et viles, la soumission au despotisme ! Une couvre

vraiment immense est dévolue, aujourd'hui, au Gouvernement pour pouvoir affranchir ces âmes tendres du poison par lequel une bande criminelle a voulu les pervertir.

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