‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 61 sur 71 · III. — Les tendances démocratiques du peuple grec · texte numérisé non relu

III. — Les tendances démocratiques du peuple grec

Car, il suffirait de remonter aux origines historiques de notre régime pour en déduire une conclusion certaine et incontestable sur la forme et le vrai caractère du régime auquel nous sommes soumis et sur l'étendue des droits souverains du peuple. Pendant toute la longue période que TÉtat libre de Grèce a traversée depuis la résurrection de la nation jusqu'à nos jours, il ne s'est manifesté qu'une seule tendance ferme et inflexible, qu'un seul sentiment inébranlable : le sentiment démocratique du peuple grec et sa tendance à acquérir les libertés démocratiques.

La lutte nationale était encore poursuivie contre ie joug étranger, lorsque le peuple grec, aussitôt qu'il eut acquis une certaine autonomie, tressaillit pour la première fois à l'idée de la liberté et de la démocratie; les premières chartes, élaborées au cours de la révolution, furent des chartes démocratiques au point de vue de la forme aussi bien que du fond. Lorsque, plus tard, la monarchie absolue fut, de force, établie chez nous, ce régime non seulement se montra incapable de s'acclimater et de prospérer dans notre pays, mais eut, au contraire, une vie éphémère; il céda devant la révolte populaire qui a doté l'État d'un régime libéral. Cependant, le peuple grec ne se contenta pas de cette conquête. Ayant pleine conscience de sa maturité politique et des maux qui résultaient de l'administration absolutiste, il n'hésita pas — aussitôt qu'il s'aperçut que l'intervention de l'autorité irresponsable dans les affaires publiques comportait la méconnaissance de la Constitution de 1844 — à se livrer à une nouvelle révolution; son but était non seulement d'éloigner de Grèce la dynastie qui avait fraudé les libertés populaires, mais aussi de consolider le régime sur des bases démocratiques solide- . Vous savez, Messieurs, qu'il a concentré, dans ce but, entre ses mains, entre les mains de l'Assemblé nationale, l'intégrité des pouvoirs constituants, et que ce fut, en vertu de son propre droit et non à la suite d'un compromis avec le roi, que cette Assemblée élabora le régime; elle lui donna pour base la souveraineté populaire, proclamée intacte, avec des garanties excluant la répétition des inconvénients signalés, sous la première dynastie, par suite de l'intervention active du roi dans la vie publique du pays. Le peuple a, en somme, établi chez nous aussi le régime libéral, qui a pour modèle celui qui est en vigueur en Angleterre et pour nom celui de « république couronnée ».

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