‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 64 sur 71 · VI. — La dissolution de mars · texte numérisé non relu

VI. — La dissolution de mars

Voilà, Messieurs, pourquoi j'ai dit que, chez nous comme dans les pays libéraux de l'étranger, la théorie aussi bien que la pratique n'accordent à la couronne le droit et le devoir de dissoudre la Chambre que dans deux cas seulement : en cas de morcellement des partis parlementaires, par suite duquel la Chambre ne peut fournir de Gouvernement viable, et au cas où l'on présume l'inexistence de l'accord nécessaire entre la majorité et le Gouvernement, d'une part, et l'opinion publique, de l'autre. Ce désaccord n'est pas créé, mais simplement constaté par la couronne, en toute sincérité. Si le roi se sert d'un désaccord inexistant entre la Chambre et le pays, comme d'un simple prétexte, alors qu'il sait pertinemment que le Gouvernement et la majorité de la Chambre ont derrière eux l'opinion publique dont la confiance envers eux reste intacte, il y a là un cas de mauvaise foi, un usage malveillant du droit de dissolution, qui n'est qu'une violation pure et simple du régime.

Examinons à présent brièvement, Messieurs, les cir-

eonstanees dans lesquelles furent opérées les deux dissolutions en mars et en novembre 1910. En mars 1910, c'est le Gouvernement libéral qui se trouvait au pouvoir. Ce Gouvernement jouissait de la confiance de la Chambre. Personne ne pouvait douter — et le facteur irresponsable moins que personne — que ce Gouvernement, non seulement avait derrière lui la majorité du peuple, mais encore avait attiré, à juste titre, son enthousiasme et son admiration illimités.

L'honorable député d'Etolie et d'Acarnanie a, luimême, donné la raison de ces sentiments populaires professés à l'égard du Gouvernement libéral. C'était, at-ildit, le Gouvernement qui avait obtenu la renaissance intérieure et internationale du pays ; c'était le Gouvernement qui avait donné au peuple ses preuves dans des circonstances tant régulières que critiques ; c'était le Gouvernement à l'expérience et à l'habileté duquel, ou, pour être plus précis, à l'expérience et à l'habileté du chef duquel le peuple grec avait une confiance absolue. Le pays avait, de plus, conscience que ce n'était point le moment de tenter de nouvelles expériences : en ce moment, l'Etat avait besoin d'une main ferme, d'un Gouvernement expérimenté et clairvoyant. La couronne savait parfaitement bien — elle n'avait là-dessus le moindre doute — que ce Gouvernement avait derrière lui l'immense majorité du peuple grec. Néanmoins, malgré l'opinion du peuple et en dépit d'elle, elle procéda à la dissolution de la Chambre et à l'éloignement du Gouvernement. Et elle ne l'a pas fait seulement, malgré qu'elle connût que la majorité du peuple grec soutenait la politique suivie par le Gouvernement libéral, mais aussi d'une manière efïrontée, plus effrontée encore que lors de la dissolution de novembre 1910, lorsqu'il fut démontré que la souveraineté populaire n'appartenait plus qu'à l'Histoire.

La première dissolution était plus effrontée, car en y procédant, le roi non seulement s'était dressé contre ia majorité de la Chambre et contre l'opinion de la majorité du peuple grec qui soutenait le Gouvernement libéral, mais encore s'était opposé, à lui seul, à l'unanimité du peuple grec. Vous vous rappelez que le roi avait convoqué au palais pour le 4 mars un Conseil de la couronne, auquel, sans parler du chef de la majorité, assistaient aussi les chefs des partis minoritaires. Ils ont été, tous, unanimes à approuver la politique suggérée par le premier ministre d'alors; certains même d'entre eux ne l'approuvèrent pas seulement; ils surenchérirent. (Applaudissements.)

Le Gouvernement responsable du pays, les chefs des autres partis politiques, la majorité et la minorité de la Chambre, la majorité et la minorité du pays, la totalité et l'unanimité du peuple grec adoptaient là une politique nationale unique, et demandaient une orientation nationale unique. Une seule personne n'approuva pas ; une seule personne ne tomba pas d'accord : le roi. Et c'est la volonté arbitraire de ce dernier qui eut le dessus sur la volonté unanime de la nation. La politique nationale fut abandonnée ; la politique dynastique prédomina. Dites-moi si cela signifie une « république couronnée », ainsi que notre collègue d'Etolie et d'Acarnanie a qualihé notre régime, ou si ce n'est plutôt un insolent absolutisme.

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