‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 65 sur 71 · VII. — La maladie du roi Constantin · texte numérisé non relu

VII. — La maladie du roi Constantin

Mais ce ne fut qu'un commencement dans la voie des violations constitutionnelles. Plus tard, tout notre

monument politique s'est écroulé sous les coups forts et répétés de la Cour et de son entourage. Les élections, ainsi qu'on devait s'y attendre, ont certifié un fait dont personne ne doutait : la foi inébranlable du peuple en le parti libéral. Leur résultat a manifesté l'entière approbation que le peuple accordait, en tous points, à la politique intérieure et extérieure du chef des libéraux.

Mais en dépit de ce fait, après que le peuple eut aussi solennellement manifesté par son vole son opinion politique, ne croyez pas que l'administration des affaires publiques fut replacée entre les seules mains compétentes. Les rênes de l'Etat ne furent pas encore confiées au Gouvernement désigné par la majorité de la nation. Jusqu'au mois d'août '1910, le pays fut gouverné par le cabinet issu de la coulisse royale. Pendant près de six mois, du mois de mars à la fin du mois d'août, la souveraineté populaire resta inactive. J'en connais la justification, c'est la maladie du roi. Mais notre régime a prévu ce cas, car personne ne s'e>t jamais imaginé qu'il serait possible de suspendre le fonctionnement des pouvoirs légaux de l'Etat et de paralyser le Gouvernement du pays, à cause d'un fait, fortuit, tel que la maladie du roi.

N. Triandafyllakos. — Je vous en prie. Permettezmoi de vous interrompre. C'était moi le ministre qui a dissous la Chambre et je dois déclarer à la Chambre que l'ajournement des élections est imputable à la raison suivante : le Gouvernement de M. Venizélos n'avait préparé ni le matériel électoral ni les listes électorales des nouveaux territoires. Aussitôt formé, le nouveau Gouvernement, se trouvant devant la nécessité absolue de dissoudre la Chambre à cause de son désaccord avec la couronne, s'est occupé en toute hâte de la publication des listes et de la préparation du

matériel; la date des élections fut fixée aussi prochaine que possible.

Je prie M. le ministre de l'intérieur de donner à ce sujet à la Chambre des renseignements officiels, car, de la manière dont M. le député d'Etolie et d'Aearnanie présente les choses, il semble que j'aie ajourné les élections contrairement à l'esprit de la Constitution. Mais je n'ai jamais violé ni ne violerai jamais le régime du pays : si la majorité a une opinion contraire, qu'elle me demande à rendre des comptes»

G. Cafandaris. — Vos paroles sont inutiles, car* même si elles sont vraies, elles ne modifient pas le sens des événements.

N. Triandafyllakos. — Je devais vous interrompre, car, en m'accusant d'avoir ajourné la convocation de la Chambre, vous m'imputez une grande responsabilité.

G. Cafandaris. Si vous aviez écouté plus attentivement mes paroles, vous auriez compris en quoi consiste ls violation de la Constitution. Les élections eurent lieu le i3 juin, et la Chambre ne fut réunie qu'en août pour former le Gouvernement légal. Pendant plus de deux mois, malgré le résultat si clair des élections,, les destinées du pays furent, en des circonstances très critiques, dirigées de la manière la moins parlementaire, par un Gouvernement que le peuple avait désapprouvé {applaudissements prolongés), par un Gouvernement qui suivait une politique préjudiciable à lintérèt national. (Bravos et applaudissements .) Et maintenant dites-moi : le régime fut-il, oui, ou non, violé? Le peuple avait-il, oui ou non, le droit indescriptible de voir, à la suite du résidtat des élections, le pouvoir confié au Gouvernement qu'il avait désigné, au Gouvernement de son propre choix?

Page 1