IX. — La seconde dissolution de la Chambre
Après la reconstitution du Gouvernement parlementaire une seconde divergence a éclaté, Messieurs, en octobre 1910, entre la couronne et le Gouvernement; elle a eu comme résultat immédiat la dissolution de la Chambre récemment élue. La question fut alors posée de savoir si le roi avait le droit de dissoudre la Chambre une seconde fois, supprimant ainsi le résultat des élections qui venaient d'avoir lieu. La réponse donnée par les orateurs de l'opposition consiste à dire qu'il avait ce droit, et ceci pour deux raisons : en premier lieu, parce qu'aux élections du i3 juin, on ne posa
soi-disant pas nettement devant les électeurs la question de l'intervention ou de la neutralité, de la guerre ou de la paix. En second lieu, parce que le peuple grec n'a soi-disant pas approuvé la politique générale du parti libéral, ni ne sest prononcé sur le cas spécial de la vigueur du traité gréco-serbe, ni ne s'est par conséquent prononcé sur l'obligation de la Grèce de courir à l'aide de la Serbie, au cas où la Bulgarie l'attaquerait, non dans une guerre balkanique locale, mais d'accord avec d'autres grands pays non balkaniques. Il est inutile, Messieurs, de nous attarder à l'examen de ces théories. J'adresserai seulement une question à laquelle je défie n'importe quel membre de l'opposition de me répondre. Si, comme mon honorable concitoyen vient de le dire, notre régime est celui d'une « république couronnée » et est, par conséquent, fondé sur la souveraineté populaire, où et quand s'est affirmée cette souveraineté depuis le mois de mars 1910 jusqu'en février 1916, au moins, c'est-à-dire à une époque où les intérêts les plus fondamentaux du pays étaient enjeu?
En mars 1916 le peuple avait unanimement manifesté sa volonté de faire suivre au pays la politique nationale tracée par le chef des libéraux. Mais cette politique n'avait pas été appliquée, justement pour que le peuple pût se prononcer sur ce qu'il y avait à faire. Lorsqu'en août la Chambre fut réunie, les élections avaient déjà démontré que le peuple approuvait la politique de l'intervention ; mais l'occasion d'intervenir avait échappé, l'expédition des Dardanelles ayant échoué parce que précisément la Grèce n'y avait pas participé à temps. En d'autres termes la souveraineté populaire avait été mise de côté, et la volonté seule du roi avait réglé la politique du pays. En septembre, le Gouvernement, qui avait pour lui la majorité parlementaire et
qui venait d'être désigné par les élections, a décidé de nouveau que la Grèce interviendrait aux côtés des Alliés, en cas d'agression bulgare contre la Serbie. Mais le roi a voulu que l'on demandât de nouveau au peuple de se prononcer clairement s'il considérait le traité gréco-serbe comme ayant un caractère général ou simplement balkanique, si, par conséquent, la Grèce était, oui ou non, obligée de secourir la Serbie en cas d'agression bulgare.