‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 68 sur 71 · X. — La souveraineté populaire · texte numérisé non relu

X. — La souveraineté populaire

La Chambre fut dissoute le n novembre; les élections eurent lieu le 19 décembre ; la nouvelle Chambre fut réunie le 2 février, mais depuis le 2 novembre la Serbie n'existait plus. Abandonnée par la Grèce, elle avait subi mie défaite totale; son territoire avait été occupé et les Bulgares étaient entrés le 2 novembre à Monastir. Et le peuple grec, le peuple souverain, le seul compétent pour régler la conduite de l'Etat, vota le 19 décembre au sujet de la vigueur et de l'étendue du traité gréco-serbe : c'est-à-dire il vota si nous devions, oui ou non, secourir qui? La Serbie qui n'existait plus. (Acclamations et applaudissements prolongés.) Vous avez, Messieurs, le devoir d'être sincères : si votre idéologie est monarchiste, si vous répugnez à la démocratie, si tous êtes assoiffés de despotisme, dites-le nettement. Mais vous n'avez pas le droit de vous attaquer à la souveraineté populaire (Applaudissements) et de la présenter comme une phrase vide de sens. La souveraineté populaire n'est pas une idée abstraite ; c'est la force agissante qui met en branle le mécanisme de l'Etat. Tant qu'elle agit ainsi, nous

avons un régime démocratique. Mais lorsqu'elle cède, de quelque manière que ce soit, à la force monarchiste, le régime devient un régime monarchique, comme il en fut du nôtre, sous des prétextes divers, parce que soi-disant le peuple n'est destiné qu'à s'occuper théoriquement et nominalement du parlementarisme, et que le roi doit conduire, selon sa propre volonté, la politique et les destinées du pays. Imaginez un instant,

— ce qui, d'ailleurs, ne peut être aucunement supposé,

— que l'esprit de notre régime dicte l'obligation de faire appel au peuple pour chaque cas spécial et pour chaque détail, en des circonstances critiques, c'est-à-dire en des moments où la politique devient forcément compliquée et difficile : cela équivaudrait à ce que le peuple votât et le roi gouvernât. Mais il est impossible que, pour chaque détail qui surgit, le peuple soit appelé aux urnes, comme aussi il n'est guère possible que l'intervention militaire d'un Etat fasse, dans un pays sage, l'objet d'une lutte électorale. En suivant le mouvement politique du pays et en ayant sous les yeux les grandes lignes des programmes politiques et de l'activité personnelle de ses chefs, le peuple trace, par sa voix, la ligne de conduite générale qui doit, selon lui, être suivie dans -l'administration des affaires publiques. C'est au Gouvernement issu de la confiance populaire qu'incombe l'obligation de décider, le cas échéant, s'il est utile ou nécessaire pour l'Etat d'entreprendre une guerre. Il eût été plus qu'imprudent si l'on retirait du ministère des affaires étrangères et si l'on livrait à la publicité tous les éléments diplomatiques, afin que le peuple se basât sur eux et statuât sur la nécessité ou non de faire la guerre. Et l'imprudence eût été plus grande encore si l'on absorbait le peuple à l'étude et à l'examen approfondi des données diplomatiques, afin qu'il se formât une opinion sur la guerre

et sur la paix, à l'heure où le pays courrait le danger de voir son territoire envahi par un ennemi, qui, lui, agirait vite et ne s'attarderait pas à d'inutiles dissertations diplomatiques.

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