‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 7 sur 71 · III. — A la veille de la Conférence de Bucarest · texte numérisé non relu

III. — A la veille de la Conférence de Bucarest

Mais, l'occasion s'étant présentée, j'estime opportun de rapporter à la Chambre un autre fait ignoré jusqu'ici, qui permettra de juger plus exactement si j'ai un caractère porté à une politique belliqueuse. Nous avions déjà battu la Bulgarie. Son souverain s'était adressé à Charles Ier de Roumanie ; il demandait un armistice et son intervention auprès des autres alliés, en vue d'obtenir cet armistice et d'en-

tamer ainsi immédiatement les négociations de paix. Le roi Charles s'est adressé au roi Constantin, lui recommandant la conclusion de l'armistice; le roi

m'a communiqué ce télégramme de Hadji-Beïlik, en demandant l'opinion du gouvernement sur la réponse à donner; il ajoutait que des raisons militaires imposaient la non-interruption des hostilités, pendant tout le cours des pourparlers de paix. J'ai répondu que ma conception personnelle était tout à fait différente; qu'au moment où le roi de Roumanie intervient et recommande la conclusion d'un armistice en vue d'entamer des négociations de paix, il serait pour nous éminemment impolitique de repousser cette médiation; nous n'obtiendrions pas ainsi ce que nous devions avant tout nous assurer, c'est-à-dire l'attitude bienveillante de la Roumanie à l'égard de nos intérêts, au cours des pourparlers de paix. J'ajoutais que, selon moi, la réponse devrait être à peu près la suivante : « Tout en connaissant la mauvaise foi bulgare et étant dans la complète impossibilité de croire que je me trouve en présence d'une demande réelle de paix et d'une reconnaissance de défaite, j'estime de mon devoir d'accepter la médiation de Votre Majesté, parce que je suis convaincu que dans sa personne les intérêts grecs trouveront un défenseur équitable au cours des négociations de paix. » Mais j'ajoutais encore que je ne comprenais pas à quoi pourraient servir la continuation de sacrifices de vies humaines et la course vers de nouveaux risques, puisque, d'une part, la progression de notre armée jusqu'à Sofia eût été fort difficile et que, d'autre part, nos revendications territoriales étaient plus que couvertes par nos victoires déjà remportées. Je reconnaissais que, néanmoins, je serais obligé de m'incliner si, après avoir soumis tout cela au jugement du roi-généralissime, je le trouvais disposé à maintenir que des raisons militaires imposaient la continuation des hostilités.

Mon opinion politique n'a pas prévalu ; ce furent les

DISCOURS DE M. E. VENIZELOS 7

conceptions militaires qui eurent le dessus. Lors de mon passage à Hadji-Beïlik, en route vers Bucarest, j'ai de nouveau cherché à en dissuader les chefs militaires, en leur disant : « Je ne vois pas pour quelle raison nous poursuivons les opérations. Vous ne devez pas méconnaître la position difficile, oii je me trouverais à Bucarest si, en y arrivant, je ne pouvais pas accepter le conseil du roi Charles de conclure l'armistice. » La réponse fut de nouveau catégorique ; elle affirmait que les intérêts grecs ne permettaient en aucun cas la conclusion d'un armistice. Je devais de nouveau me soumettre à cette conception militaire. J'arrivai à Bucarest. Nous avons mis, de Hadji-Beïlik à Bucarest, trente-six heures, je crois, et c'est là seulement que j'ai réussi à soumettre les considérations militaires aux conceptions politiques. La réalité démontra que celles-ci s'imposaient absolument, non seulement au point de vue politique et diplomatique, mais même au point de vue purement militaire.

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