‹ Cinq ans d'histoire grecque, 1912-1917Chapitre 8 sur 71 · IV. — La modération de M. Venizéios · texte numérisé non relu

IV. — La modération de M. Venizéios

Nous voilà aux négociations du traité de Bucarest. Vous avez vu publié, non point dans des livres diplomatiques mais dans les journaux, tout ce qui fut dit alors, concernant Dédéagatch, Makri et Porto-Lagos. Vous y voyez que, dès le premier moment, j'ai dit jusqu'où pouvaient porter nos revendications, jusqu'où nos réclamations étaient soutenables. Mais ceux qui me reprochent d'être belliqueux m'accuseront peutêtre d'avoir insisté à Bucarest pour la cession de Cavalla et demanderont pourquoi je n'ai pas consenti à céder devant la Bulgarie. Je ne pouvais pas reculer sur

ce point; non que je n'eusse pas pu me justifier devant l'opinion publique, mais parce que je ne pouvais pas savoir si, en sacrifiant Cavalla, j'aurais pu réussir à établir la paix dans les Balkans. Si j'avais su cela, je n'hésite pas, même aujourd'hui, à dire que j'aurais sacrifié cette exigence. Mais je savais qu'en sacrifiant Cavalla, je n'aurais obtenu rien d'autre que d'exciter l'avidité de la Bulgarie. Celle-ci, devenant plus puissante, pourrait nous attaquer plus sûrement, quand serait venu le moment où elle croirait pouvoir le faire. Si j'ai insisté, dans la question de Cavalla, je l'ai donc fait parce que le sacrifice de Cavalla n'aurait pu aucunement servir à prévenir de nouvelles guerres et de nouveaux dangers.

Vous vous souvenez, Messieurs, du Discours du Trône qui inaugura les travaux de la Chambre de 191 3, convoquée après les deux guerres balkaniques. J'ai insisté pour insérer dans le premier paragraphe de ce Discours que la Grèce estime avoir presque complètement réalisé son programme national. J'ai mis cela dans la bouche du roi, bien que j'eusse encore de larges aspirations pour l'Hellénisme, parce que j'avais la conviction que notre intérêt national exigeait que nous assurassions, tant qu'il dépendrait de nous, une longue période de paix. J'aurais souhaité que la solution des autres questions nationales fût ajournée, jusqu'à la prochaine génération. D'ici là, la Grèce aurait à s'occuper du développement intensif de l'État qui était doublé, et, ainsi développée, elle aurait pu, soit espérer que l'Hellénisme de Turquie continuerait de vivre sous un régime supportable, soit être certaine que, à l'heure de l'effondrement de l'Etat turc, elle interviendrait: elle serait alors forte et capable de résoudre, par ses propres moyens, ses autres questions nationales. (Applaudissements et approbations.)

DISCOURS DE M. E. VENIZELOS 9

Souvenez-vous encore, Messieurs, de l'esprit de conciliation dont j'ai fait preuve au cours des pourparlers du traité d'Athènes. Souvenez-vous des chefs d'accusation formulés contre moi du haut de cette tribune, pour avoir soi-disant été trop conciliant. Souvenezvous encore de ma modération dans la question de l'Epire du Nord et dans la question de Sason. Peu s'en est fallu qu'on ait voulu me traduire devant un tribunal spécial, pour avoir sacrifié nos droits théoriques sur Sason en échange de la paix, de la tranquillité et de la sécurité de l'État !

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