‹ Cinq ans de séjour au Soudan FrançaisChapitre 11 sur 36 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le gibier à Longtou. — Préparatifs de chasse. — Traversée périlleuse.— Chasse à l'hippopotame. — Prudence excessive de notre guide.

Les environs de Longtou sont très giboyeux ; larive droite du fleuve est particulièrement peuplée de buffles, de gazelles, delièvres, de perdrix, de pintades, etc.

Armés de mauvais fusils à pierre dont ils se servent maladroitement et sans viser, les noirs ne tirent guère qu'à bout portant les pièces qui offrent à leurs balles une large surface. Ils ne font aucun cas de la chair de sanglier dont nos troupiers peuvent, moyennant un franc, se procurerdesquartiers de lOà 20 kilogrammes.

L'hippopotame, au contraire, est très apprécié à cause de Tabondance de graisse qu'il fournit : sa chair du reste est bonne et salubre ; aussi le jour oii un chasseur heureux a pu en tuer un , il y a fête dans le village pendant plusieurs jours; mais la chose est si rare, qu'à Longtou on ne cite que quelques hommes qui se soient rendus célèbres par ce haut fait ; l'un d'eux, qui existe encore, se repose sur ses lauriers, car depuis sept ans il n'a jamais pu en tuer d'autres.

Désirant en tenter l'aventure, je propose à ce héros

de venir m 'accompagner. Il accepte, mais à la condition que je mettrai à mon cou, à mes bras et à ma ceinture des amulettes qu'il me procurera et qui ont des vertus extraordinaires. Je m'affuble de tous ces sachets sales et graisseux, lui-même est couvert de grigris; son boubou en est littéralement cousu, et son fusil, long de six pieds, a la crosse garnie de cornes de gazelles et de touffes de poils des animaux rares qu'il a tués pendant sa carrière de chasseur.

Nous attendons au soir que la lune soit levée et vers neuf heures nous nous embarquons, mon guide et moi, dans une pirogue conduite par deux laptots.

Il fait une de ces chaudes nuits d'avril pendant lesquelles la température est plus accablante que sous les ardeurs du soleil; il ne règne plus, comme pendant la journée, ce vent desséchant du désert qui, tout en brûlant la peau, cause une sensation de bien-être en vaporisant la transpiration. Maintenant que le soleil a disparu, il se dégage de partout des miasmes paludéens aux senteurs fades et chaudes qui donnent des nausées ; on est énervé, on étouffe, et au moindre mouvement on éprouve une fatigue excessive, un amollissement complet, contre lequel on ne cherche même pas à réagir.

La grande nature sauvage elle-même, avec ses fouillis de broussailles aux ombres profondes, sous lesquelles vit un monde étrange de fauves, de reptiles,

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