U2 CINQ ANS DE SEJOUR
L'usage de tous ces instruments est réservé aux griots, sauf les cornes, qui sontemployées parles captifs.
Nous devons assister aujourd'hui à une grande fête. C'est demain la circoncision des jeunes garçons du village de Makadiambougou, et les virtuoses les plus renommés viennent prêter leur concours à cette solennité.
L'orchestre se compose de huit balafons, cinq koras une vingtaine de guitares, des flûtes, des tambourins et des tam-tams, en un mot tout ce qu'on a pu rassembler de musiciens et d'instruments ; il y a également des chœurs de femmes et déjeunes filles.
Les fréquentes libations de dolo, faites depuis le matin, ne sont pas étrangères à l'ardeur musicale et chorégraphique que chacun déploie déjà en attendant le commencement de la solennité.
Le prix du gowv a doublé, et ce précieux aphrodisiaque commence à manquer sur le marché, tellement les habitants du village en ont fait de grandes provisions.
Vers trois heures de l'après-midi, nous voyons se diriger du côté du fort une foule nombreuse.
Le soleil, alors dans toute son ardeur, jette sur la bigarrure des costumes une lumière éblouissante.
Ce sont les jeunes héros de la fête qui, accompagnés des griots, viennnenten grande pompe saluer le com-
mandant et tâcher d'obtenir de lui quelques générosités.
La mise en scène est splendide. Durant mon séjour au Soudan, je n'ai encore rien vu de semblable. Les populations de dix-huit villages sont là, en costume de fête, et cette masse humaine s'avance en désordre avec un brouhaha auquel se mêle une musique au rythme sauvage, pendant que les salves de mousqueterie éclatent de toutes parts et vont se répercuter en déchirements rauques dans les flancs de la montagne.
On est obligé de fermer les portes pour éviter l'envahissement du fort par cette foule bruyante, et le commandant nous invite à l'accompagner sur la place où il a l'intention de distribuer quelques cadeaux.
Bodian, qui déploie un zèle extraordinaire, a toutes les peines du monde à nous ouvrir un passage, et il administre çà et là des taloches à l'aide d'un morceau de fer recourbé, en forme de marteau , il paraît que cet argument est éloquent, car nous avançons sans être trop bousculés ; d'ailleurs on nous a reconnus et des griots commencent à nous faire une ovation.
Les futurs circoncis sont au nombre d'une trentaine, de 12 à 14 ans. Ils sont en grand boubou de fête, couverts des bijoux et des amulettes de leurs familles respectives. Leur figure est rayonnante ; tout ce que l'on chante autour d'eux pour les encoui'ager à sup-