PRÉFACE III
trier pour les Européens, a été presque clément pour moi, et j'ai pu, en raison du séjour exceptionnellement long que j'ai fait dans les quelques postes où mes fonctions m'appelaient, acquérir du pays et de ses habitants une connaissance approfondie que bien peu d'explorateurs pourraient, je crois, revendiquer.
Vivant tout à fait au milieu des populations indigènes, possédant leur langue, et très souvent consulté par elles dans les différends qui les séparaient, j'ai appris à connaître le fort et le faible de ces êtres si méprisés et si peu méprisables; j'ai pu étudier la manière d'utiliser les forces latentes de ces régions qui n'hésitent tant à se livrer que parce que, quand elles l'ont fait, elles ont été trompées la plupart du temps, leurs espérances déçues, et tous les engagements pris envers elles méconnus. Sans avoir l'intention de me lancer dans des déductions philosophiques et économiques en dehors de mon but et de ma compétence, je pense, par la seule sincérité des impressions recueillies sur place, intéresser le lecteur indulgent qui voudra bien ne chercher dans ces quelques notes qu'une modeste contribution à l'étude de celle de nos colonies à laquelle est réservé peut-être le plus brillant avenir.