‹ Cinq cachets inédits de médecin-oculistes romains publiés et expliquésChapitre 3 sur 10 · ELIODORI DIAL · texte numérisé non relu

ELIODORI DIAL

EPIDADCICATR 4. LVARI PALLAD.

1. Lucii var ii heliodori evvodes ad cica trices. Collyre parfumé de Lu dus Var lus Héliodore, pour la guérison des cicatrices de la cornée transparente.

Galien (Comp. sec. loc., 1. iv, c. 8, ed. Kuehn. T. xii, p. 753) donne la description d’un collyre de Zosimus, appelé parfumé («ùS<Teç), utile contre les violentes douleurs et les affections récentes. Scribonius Largus (Compos. 26) vante beaucoup « contre diverses affections oculaires, entre autres les cicatrices peu anciennes (ad cicatrices non veteres), » ce collyre « que les uns appellent Athenippum, d’autres Diasmyrnes, d’autres encore sùac Ne, parce qu’il était d’une odeur agréable. » L’un et l’autre de ces collyres doit son parfum au nard (Nardus lndica, vâpe Jbc’iv^K»), qui est, d’après Sprengel, le Patrinia Jatamansi Don. ou le Valeriana Jatamansi Jones. Dans le même chapitre (p. 774), Galien donne la formule d’un collyre « Diasmyrnon parfumé (sùS«T« c) de Synéros » contre les affections chroniques, dont l’odeur agréable semble due àla myrrhe, au safran, etc., sans le concours du nard. Par une erreur du graveur ou du médecin, le v du mot evodes est doublé. Le premier a aussi séparé par des points les lettres cic du mot cica, dont il ignorait la signification.

2. L. Var. Heliodori Diamisyos ad aspr itudines. Collyre diamisyos de L. V. Héliodore , contre les aspérités , inégalités ou granulations des paupières.

Les granulations des paupières, que Sir William Adams prétendait avoir découvertes le premier et qu’avec lui beaucoup de médecins croient être la propriété exclusive de l’oplilhalmie puriforme, blennorrhagique ou égyptienne, se rencontrent on ne peut plus fréquemment à la suite de toutes les conjonctivites palpébrales et surtout des ophlhalmies catarrhales chroniques ; ce qui ne veut pas dire qu’elles ne soient pas plus nombreuses et plus volumineuses dans l’ophthalmie puriforme. Ces élévations de la surface interne des paupières sont si peu d’une origine récente, qu’on les rencontre dans l’antiquité la plus reculée. On en parle dans le livre hippocratique de la vision (nrsfi o^toç) ; on en recommande même la scarification dans un curieux passage de ce traité qui a donné lieu aux commentaires de Woolhouse, Hampe, Triller et Platner. Galien (de comp. medic. sec. loc., iv, 2, ed. Kuehn. p. 709 et passim) en fait mention sous les noms derp'j.^justrctetT-poL^uTiiTeç. Les mots de xérophthalmiay

sycosis et hypersarcomata chez Galien et d’autres médecins grecs sont synonymes de Tpct^pctTei et de 'rpa^rmec. Ils semblent désigner les granulations à leurs différens degrés de développement. Les auteurs latins (Celse, Scribonius Largus, Marcellus Empiricus) et les cachets des oculistes les citent sous le nom de aspritudo , quelquefois même de scabrities, scabriiiœ , mots qui correspondent exactement aux dénominations grecques dont se sert le médecin de Pergame. Les oculistes de l’antiquité opposaient à cette affection de nombreux topiques. Ils en avaient même de caustiques qu’ils appelaient P * V / O v , plVotpiOV, p/VHjUCt (la lime), et Çvo-t »p (le grattoir). La pierre ponce (* îa-empiç) qu’ils faisaient entrer dans des collyres secs leur servait également à user ces inégalités de la face interne des paupières. Toutefois ils les attaquaient aussi par des opérations chirurgicales pour lesquelles ils avaient inventé des instrumens particuliers.

L e diamisyos (<Pik p'rruoç), dictmisy, diamisos ou diamisus, était un collyre préparé avec le misy, substance métallique dont nous ne connaissons pas la nature. Dioscoride (1. 5, c. 116, al. 117) en donne la description, en ajoutant que pour les préparations ophthalmiques celui de Chypre mérite de beaucoup la préférence sur celui d’Egypte. Marcellus Empiricus (c. 8, p. 72, ed. Cornar.) loue le collyre diamisyos « quod facit ad aspritudines oculorum tollendas. »

3. L. Y. Heliodori dialepidos ad cicatriccs. Collyre dialepidos de L. F. Hèliodore , contre les cicatrices de la cornée transparente.

Le collyre dialepidos {S'tk xsTricToç) avait pour ingrédient principal la squamme (xfTriç), c’est-à-dire la scorie ou l’oxide du cuivre (aes ustum). Marcellus Empiricus (loc. cit.) et d’autres médecins en donnent la formule.

4. L. Yariî Heliodori pallad ium. Palladium de L. V. Hèliodore.

La pierre de Bavay (cachet n° 30) porte : l. sil. barbari palladi ad cic., comme il faut lire avec M. Bottin, et non palliadi ad ocv., comme l’a imprimé Tôchon.

«Le mot palladiumy dit M. Bottin, « désigne un leoniopodium (pied de lion), plante vulnéraire astringente... Sur d’autres inscriptions d’oculistes, on trouve leontopodium au lieu de palladium ; quelquefois aussi une figure emblématique accompagne l’inscription. »

En effet, nous trouvons dans un passage probablement apocryphe de Dioscoride (1. iv, c. 129, al. 131) que leléontopodium, d’apres Sprengel le Gnaphalium Leontopodium L., est aussi appelé palladium. Mais ni Dioscoride, ni Pline (1. xxvi, c. xxxiv, 9, ed. Bipont.), ni aucun des cachets connus jusqu’ici, ne mentionnent son emploi dans les affections oculaires. C’est par un lapsus memoriœ que M. Bottin affirme avoir rencontré ce mot sur une inscription d’oculiste. Pour ce qui est du collyre et de la ligure emblématique à laquelle il fait allusion, ce n’est point le leontopodium , mais bien le leontarion. Galien (Comp. med. sec. loc., 1. iv, c. 8, ed. K. p. 773) cite un «c collyre safrané d’An-

tigone, portant l’étiquette ou le nom de leontarion (lionceau) et cacheté avec la ligure d’un lion. »

Ces motifs me font croire que le palladium de l’inscription que nous venons de rapporter ou le palladium contre les cicatrices de l’inscription publiée par M. Bottin désignent simplement un collyre particulier, propriété de l’oculiste qui en était l’inventeur ou le détenteur. Ce dernier, pour en proclamer dignement les hautes vertus, lui aura imposé un de ces noms sonores pour lesquels les Grecs et surtout leurs médecins et leurs oculistes avaient une prédilection toute spéciale. Ces noms une fois adoptés se perpétuaient indéfiniment. C’est ainsi que leontarion doit probablement désigner l’énergie du médicament, ou même tout uniment la ressemblance de sa couleur avec celle du pelage du roi des animaux.

C’est par la même disposition aux épithètes emphatiques que nous trouvons chez Galien, dans d’autres auteurs et sur des cachets d’oculistes, des collyres isochryson (égal de i’or ou qui vaut son pesant d’or), atimeton (inestimable, au-dessus de toute estimation), et même, sans que la crainte du blasphème arrête ces audacieux qualificateurs, isotheon (pareil aux dieux). Du reste, aujourd’hui même, n’avons-nous pas encore la pierre divine de Saint-Yves? Et la plupart des médicamens composés que nous ont légués l’antiquité et le moyen-âge ne nous sont-ils pas parvenus décorés d’épithètes tout aussi fastueuses ?

Kuehn (Index oculariorum, etc., xi, p. 9) avoue son embarras pour expliquer l’inscription du cachet n° 30. Il s’agirait, selon lui, de quelque remède nommé d’après Pallas, « à Pallade », et pour cette interprétation il se fonde sur l’analogie d’un emplâtre appelé ’aShv», que cite Aétius.

N° 42. Lapis Parisiensis quartus. 4e pierre de Paris.

Sur l’origine de cette pierre et de la précédente, il n’existe aucune donnée ; on ignore même quand le cabinet des médailles en a fait l’acquisition. Elle est semblable à la première, mais grisâtre, carrée, longue de 35 millim. sur chacun de ses côtés, épaisse de 8 millim. et lisse sur l’une de ses surfaces qui n’est point marquée de chiffres. Des deux tranches qui ne portent point d’inscription, l’une est vide et lisse; l’autre, lisse également dans sa partie correspondante à la première ligne des inscriptions, laisse voir à la seconde ligne les caractères suivans :

IMV VI

L’avant-dernière lettre, que nous n’avons pu rendre autrement que par un v, est en réalité un n à demi-effacé. Il est probable qu’il y a eu primitivement le nom d’un topique oculaire avec la désignation ad impelum lippiludinis , et que cette inscription a été effacée, soit à cause des fautes du graveur, telles que imv pour imp , soit pour la remplacer par une autre. Quelque chose de semblable a eu lieu sans doute pour l’autre tranche. Les inscriptions sont :

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