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les yeux, fil au maître de la maison la plus charmante révérence; mais quelle sui'prise, quelle émotion pour tous deux, quand tout à coup leurs regaids se rencontrèrent.
Picard croyait rêver! Malgré cet te ressemblance qui le frappait, il se disait que la nièce de la marquise ne pouvait êlre Marie Durand, et pourtant il se disait aussi avec assurance, avec conviction : C'est bien elle f
l*jcard cherchait à vaincre et à cacher toute la tendresse respectueuse qu'il ressentait pour Mnrie, et dont TeXpressiort involontaire ne devait pas échapper à la pénétrat'ion de la marquise.
De son coté, Marie n'y fut point trompée ;
du premier coup d'œil, elle reconnut dans Picard Eugène Rémond; elle s'affligea d'un mensonge, d'une ruse dont elle avait été la dupe; elle mesura avec effroi de quels dangers l'avaient entoure'e les perfidies habilement calculées du baron de Longueville. En se rappelant les lettres d'invitation pour ce bal, elle pouvait constater que le prétendu célibataire Eugène Rémoiid, ou plutôt que Picard était marié.
Le banquier et le vieux général escortèrent la marquise et la jeune Marie jusqu'auprès de madame Picard et de sa fille. Après les révérences d'usage, les deux nouvelles arrivées prirent place sur des fauteuils à côté de la maîtresse et de la fille de la maison. Marie, au milieu des premiers embarras
de la conversation, trouva le moment de dire à Picard, à la dérobée :
— Que je suis heureuse, monsieur, de pouvoir aujourd'hui, sans rougir, être présentée à la femme, à In filie de M. Eugène Rémond !
Marie conquit tout de suite les sympathies de Bianclic et de sa mère. Ces deux cœurs pleins de tristesse semblaient attirés vers la pauvre orpheline, dont le naturel, l'air gracieux et décpnt les charmaient.
A la vue de cette mère de famille qui lui inspirait déjà un vif sentiment d'intérêt , Marie éprouvait une joie secrète d'avoir échappé aux périls qui l'avaient menacée.
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— Que je serais malheureuse, se disaitelle, si, en me laissant tromper, j'avais rempli cette maison de chagrin et de désespoir!
Picard offrit son bras à la marquise pour la conduire dans tous les salons, et le général offrit le sien à lYlarie.
Au milieu des flots de curieux qui se pressaient, forcés de s'arrêter un instant. Picard, séparé tout à coup de madame de Pommereuse, se rapprocha de la jeune fille et sollicita son pardon.
— Croyez bien, lui dit-elle, que je suis venue ici comme à un bal masqué, sans me douter surtout que je pourrais vous y rencontrer. La marquise, si bonne pour moi, a
tout arrangé; elle s'est fait une j)artie de plaisir de me parer, de m'amener au bal et de me présenter comme sa nièce.
Cette nouvelle Cendrillon et sa bonne fée revinrent prendre place près de Blanche et de madame Picard ; il se forma autour de ces dames un cercle de chevaliers empressés et galants. Marie fut bientôt assiégée d'invitations à danser; les plus entreprenants cherchèrent même, comme l'avait prévu la marquise, à engager des conunencements de conversation avec la tante, pour se faire bien venir de la nièce.
LejeunedeRhéiorière se glissa au premier rang dans cette foule; mais tous ses regards et toutes ses invitations n'étaient que pour
Blanclie. i\ 'avaient-ils pas bien des choses ù se dire? llsprofitèrent du bruit de l'orebestre et du mouvement des quadrilles. 4,
— Sacheii bien, lui diielle, que tout est fini pour nous : mon père exige que je sois la femme du comte de la Rdserie; mais je tiendrai les serments qtie je me suis lait*» à moi-aiême : il me serait impossible d'obcir. ..
-—J'ai perdu tout espoir, lëpondil l'ancien et modeste commis, depuis que votie père a su ainasser en si peu de temps une si colossale fortune. Je vous aime, je vous aimerai toujours, je n'aimerai jamais que vous; mais, écoutez-moi : il y a dans celte maison un homme dangereux qui conspire coîitre la fortune et l'honneur de votre père ;
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je ne peux suivre que de loin toutes ses menées; éveillez contre ce Ledain la défiance de M. Picard. Je ne suis point un calomniateur ; qu'on m'interroge si l'on veut. Les faits ne me manqueront pas pour l'accuser et le confondre.
Ledain, cet affreux personnage, continuait, même au milieu du bal, son infâme manège contre celui qui lui accordait toute sa confiance. Exploitant la vive impression que causait sur tous la beauté de Marie, il fit tant que ce bruit calomnieux rasa bientôt le parquet des salons : Marie est la maîtresse de Picard.
Quelques vagues indiscrétions de la Cardoville, sa digne amie, avaient inspiré à
Ledain cette atroce insinuation; il ajouta même que cette jeune lille n'était pas la nièce de la marquise, et que cette prétendue marquise n'était qu'une aventurière.
Les méchants propos font vite leur chemin. Ces révélations, qui furent accueillies avec joie par tous ceux dont Picard excitait l'envie, égayèrent un grand nombre d'invités.
Pendant les premières heures du bal, le baron de Longueville s'était trouvé cloué par une perte de trente mille francs à une table de baccarat; il avait entendu vanter les grands airs de la marquise et la beauté angélique de sa nièce. Mais les mœurs du baron ne l'attiraient guère que vers les anges
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en vacances, qui ïuni kun farces dans ce monde.
Cependant, dès qu'il eut entendu accuser Picard d'avoir présenté à sa femme et à sa fille une drôlesse dont il était l'amant, il se leva tout indigné pour démentir une plaisanterie si cruelle, qui pouvait tout à la fois porter atteinte au caractère honorable de Picard et révolter, en arrivant jusqu'à sa femme, la tendresse d'un cœur honnête et dévoué. Le baron obéissait quelquefois à des sentiments généreux, surtout lorsqu'il ne s'agissait pas d'argent.
Longueville protesta avec tant de chaleur, avec tant d'honnêteté, qu'on crut à ses paroles. Quelques personnes honnêtes qui con-
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naissaient Picard comme époux, comme père de famille, comme galant homme, se joignirent au baron pour repousser avec énergie de si folles et de si perfides inventions.
— Il suffit de regarder cette jeune fille, ajoutaient-ils, pour être certain qu'elle est bien élevée , d'une bonne i^mille , d'une bonne conduite. Il suffit de voir et d'entendre la marquise pour être certain que ce n'est point là une aventurière.
Cette réaction de l'opinion publique en faveur de Picard déconcerta Ledain, qui prit le parti de s'esquiver pour éloigner de kii tout soupçon compromettant.
Au milieu de toutes ces agitations, le
comte de la Roserie ne trouva qu'un trèsfroid accueil auprès de Blanche ; il ne put danser avec elle qu'une seule fois, et malgré ses aimables instances, ils n'échangèrent que d'insignifiantes paroles.
Picard se plaignait à sa femme et à sa fille, devant la marquise, de ce que M. de la Roserie s'était rendu presque invisible pendant la soirée.
— Le comte de la Roserie ? s'écria la marquise ; mais il est mort depuis plus de deux ans ! Je les ai beaucoup connus, les la Roserie...
— Madame la marquise, répliqua Picard, il s'agit de leur fils, jeune homme de vingtquatre à vingt^cinq ans.
— Mais madame de la Roserie n'a jamais eu de fils ; dans ma jeunesse , la comtesse, que j'aimais beaucoup, me parlait souvent de son vif chagrin de n'avoir point d'enfants : nous avions toutes deux le même regret, la même peine ! Prenez-y garde, monsieur Picard : il y a là-dessous quelque mystère , et la personne dont vous paraissez faire un grand cas ne peut être qu'un faux comte de la Roserie
Dans son franc parler, la marquise laissait voir toute l'indignation que lui causait l'usurpation d'un titre de noblesse.
Les paroles de madame de Pommereuse, prononcées avec l'accent de la vérité, causèrent à Picard une grande surprise, un
grand désappointement ; sa femme et sa fille en ressentirent au contraire une joie secrète qu'elles se gardèrent bien de laisser deviner.
Dans cette cohue de gens de Bourse et d'inconnus qui avaient reçu une invitation personnelle ou qui s'étaient fait présenter le soir même au maître du logis, Picard eut encore à subir plus d'une humiliation, plus d'une blessure d'amour-propre.
Soit qu'il parcourût les salons, soit qu'il se tînt presque caché derrière les rangs pressés des danseurs et des curieux, plus d'une fois des propos fàchenx pour sa personne i hostiles même , vinrent frapper sou oreille.
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— Ce sont nos différenres qui payent lout ce luxe I disait l'un.
— Il m'a fait perdre cent mille francs à la dernière liquidation des chemins ! disait l'autre.
— Ces gros capitalistes, ajoutait celui ci, jouent contre nons avec des de's pipés !
— Je l'ai pourtant connu, répliquait en riant celui-là, garçon épicier nie de la Verrerie ; les plaques et les grands cordons d'alors... c'était une serpillière.
— Ne trouvez-vous pas, messieurs, s'écriait le docteur Burdin, aigri par quelques pertes de Bourse, tourmenté d'un besoin d'ingratitude envers Picard, qui l'avait admis
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dans plus d'une affaire, que les fleurs de ces salons sentent le poivre et la cannelle ?
Toutes ces magnificences, toutes ces splendeurs el surtout les millions qu'elles représentaient avaient provoqué, chez bien des gens plus ou moins étrillés par la hausse et par la baisse, de mauvais sentiments qui se trahissaient en grossiers quolibets.
Par une compensation assez triste, des flatteurs dont le banquier avait acheté le semblant de dévouement, en les mettant quelquefois dans son jeu, ne tarissaient pas d'éloges sur la somptuosité, sur les richesses de l'hôtel Picard.
— On est trop heureux , répétaient-ils
bien haut, que les millions tombent dans des mains géne'reuses et enrichissent un homme d'esprit et de goût !
Ainsi, on ne se faisait aucun scrupule, soit de maltraiter en paroles, soit de duper par d'hypocrites flatteries, celui que la fortune avait pris au collet pour le combler de ses faveurs.
Dans cette fête où se succédaient des incidents plus ou moins piquants pour l'observateur, le jeune Anatole faisait auprès de tous, sans prétention, sans embarras, en bon garçon, les honneursde la maison deson père.
Il dansa plus d'une fois avec Marie, dont
la physionomie, dont l'attitude gracieuse et
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flislinguée l'avaient bien vite séduit. Ce jeutie étourdi coniinençait à se lasser des Cardoville.
La marquise , de son côté , se montrait pleine de sympathie ponr Anatole. Elle regrettait que ce beau jeune homme, spirituel et d'un si grand air, ne fut pas duc ou marquis.
Les assiduités du jeune Picard près de Marie furent remarquées, et les faiseurs de nouvelles, croyaîit deviner l'énigtoe de la siuation, répandirent le bruit que la maiiî de cette jeune personne était destinée au riche et brillant Anatole.
-^ C'est sans doute une fille bien née ,
mais pauvre, dont la marquise veiil faire la fortune par un riche mariage !
Deux heures du matin sonnèrent. Picard vint arracher le haron de Longueville do la table de baccarat, où il s'était installé de nouveau, et l'avertir qu'il était l'heure de donner le signal du souper. 11 lui raconta à l'oreille toute l'histoire de la marquise et de Marie; il le pria de garder le plus profond silence sur tout ce qu'il savait; il lui recommanda d'éviter toute rencontre avec la jeune orpheline, de peur de lui causer quelque ti'ouble et quelque embarras ;' prudente recommandation dont n'avait pas besoin le dévouement du baron.
Les danses cessèrent, et toutes les dames
furent conduites jusqu'à l'entrée de la galerie où devait être servi le souper.
C'était un spectacle féerique auquel ne faisaient point défaut les spectateurs.
Deux cents personnes à la fois purent s'asseoir ; le service se fit avec un ordre et une méthode admirables, sous la surveillance du contrôleur général Alexandre, qui se distinguait au milieu de tous par son impassibilité, par son regard d'aigle, par les diamants qui brillaient à sa chemise et à ses doigts.
Un orchestre dont les instruments de Sax avaient été bannis, exécutait avec les plus iines nuances les quadrilles de la Fée aux roses, du Prophète et du Caïd, les grauds succès de théâtre les plus récents.
Pendant le souper, dont le riche et rare menu rappelait celui dont nous avons reproduit les pittoresques détails, Anatole redoubla de soins et d'attentions auprès de la marquise et de Marie; il alla plus loin : il sollicita de madame de Pomme reuse la permission de se présenter chez elle.
— Vous m'intéressez, monsieur Anatole, répondit la marquise, et je ne veux pas vous jouer un mauvais tour. J'aurais grand plaisir à vous recevoir, mais dans vos visites, vous ne rencontreriez que moi seule : ma nièce me quitte demain pour retourner dans sa famille. A votre âge, on a toujours mieux à faire que de causer avec une vieille femme.
Cette réponse désespéra ce jeune homme
déjà bien épris de la nièce de madame de Pommereuse.
— Après le souper du moins, répondit-il, mademoiselle Marie me donnera une contredanse?
Marie consulta du regard la marquise; elle accepta.
Le souper à peine fini, l'orchestre du bal se fit entendre. Anatole et Marie, au milieu du mouvement, du bruit, du tumulte général, trouvèrent [)resque l'occasion d'un têteà-tête.
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— TJademoiselle , il est impossible que vous refusiez de me recevoir, soit chez
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maJame de Pomiuereuse , soil daiis voire faaiilie.
La jeune fille déconcerta cette passion subile par un éclat de rire.
— 11 se joue ici , monsieur, répondit-elle, une comédie assez plaisante; mais comme la vérité n'a rien dont je doive rougir, je vous la dirai tout entière. Je ne suis point la nièce de la marquise. Madame de Pommereuse, qui m'honore de sa protection, tenait, pour obliger son ami le général, à venir à cette fête; elle m'a parée, m'a fait monter dans son carrosse , et m'a présentée comme sa nièce. Cette innocente plaisanterie était pour elle une distraction , un amusement, et je m'y suis prêtée de bon cœur.
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Je ne veux point vous tromper, je ne veux point me jouer de vous. Je ne suis qu'une pauvre orpheline vivant de son travail ; mon père, colonel de cavalerie, ne m'a laisse en mourant aucune fortune; vous ne trouverez dune en moi ni une jeune fille à séduire , ni une jeune fille à épouser. Les plus brillantes destinées vous attendent! quant à moi, tout l'éclat, tout le luxe de cette maison ne m'éblouissent pas; je n'envie point les grandes richesses, et je suis bien loiu de me plaindre de mon obscure pauvreté.
Tant de sincérité, de bonne foi, de noblesse vraie, ajoutaient encore à l'admiration, à la passion subite qu'Anatole éprouvait pour Marie.
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— Une seule visite de vous , monsieur, îijouta-t-elle , me compromettrait, me perdrait peut-être, auprès de toutes les dames respectables qui me prodiguent des preuves d'intérêt; voilà la contredanse finie... il ne nous reste plus qu'à nous séparer.
Anatole, tout confus, et bien malheureux, quitta sa danseuse en la saluant avec le plus profond respect, se promettant bien de tout entreprendre pour la revoir, pour lui parler.
La marquise et sa nièce se levèrent ; elles prirent congé de Blanche et de madame Picard, dont la figure fatiguée trahissait la tristesse et la souffrance.
Le maître du logis accompagna ces deux
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dames jusqu'à la dernière antichambre.
Avec ce langage un peu ironique dont use la noblesse envers les parvenus, et les enrichis, ne voulant pas d'ailleurs passer pour une petite bourgeoise qui n'aurait jamais rien vu, la marquise dit au banquier :
— Monsieur Picard, votre petite fête était charmante I . . .
Cendrillon et sa bonne fée quittèrent le bal bien après miimit, contentes, heureuses de toutes les émotions qui avaient rempli leur soirée...
Madame de Pommereuse, comme nous l'avons dit, n'avait rien perdu de tout ce qui s*étuit passé entre sa prétendue nièce et Pi-
canl; {jcuilaiil la route, la jeune fille lui raconta les tentatives de séduction que l'on avait imaginées pour la perdre. Elle lui apprit que Picard s'était présenté chez elle sous un faux nom , qu'il lui avait oifert une somme de vingt mille francs, qu'elle avait refusé un pareil présent. Elle lui dit toute la vérité ; Marie ne mentait jamais.
On s'ajourna au lendemain matin pour reprendre cette conversation. Ce bal, d'ailleurs, devait être le sujet de longs et nombreux entretiens entre Marie et ses deux protectrices. N'avaient-elles pas toutes trois à jaser longuement de M. et de madame Picard, de Blanche, d'Anatole, de M. de Rhétorière, et surtout de ce prétendu comte de la Roserie?
Un Duel. — Le comte de la Roserle et inadaïue Bloininique.
Le lendemain, il ne fut question que du bal de Picard à la Bourse, au Café de Paris et dans les cercles.
Les envieux se firent avec joie les échos de la calomnie inventée par Ledajn. On ré-
péta que Picard avait présenté en plein bal une drôlesse à sa femme et à sa fille. On ajoutait que le banquier fastueux allait prendre pour gendre le comte de la Roserie , et que ce jeune homme n'était ni un la Roserie ni un comte.
1 — Ainsi , il aura pour gendre un faux comte! disait celui-ci.
— Je crois même, répliquait celui-là, que Picard n'a qu'une fausse fortune!
Au Jockey's-Club , le bal Picard défraya tous les entretiens.
Un jeune homme de bonne maison, le marquis de Verneuil , indigné nu dernier point
que le roturier Picard pût se donner des airs de grand seigneur à force d'argent et de luxe, prit tout haut la parole au milieu d'un groupe d'amis.
— Savez-vous, messieurs, dit-il, que le comité aura peut-être bientôt à prendre une mesure sévère contre un des membres du club? nier, au milieu du bal que donnait M. Picard, la respectable marquise de Pommereuse, que j'ai l'honneur de connaître, a dénoncé le comte de la Roserie comme portant un nom et un litre qui ne lui appartiennent pas! Selon moi, on n'a pas plus le droit d'usurper un titre de noblesse que déporter le rnban de la Légion d'Honneur sans en avoir le brevet!
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Le jeune Anatole, reçu à litre iV éleveur membre du Jockey's-Club, jouait gros jeu à une table de whist; il entendit les paroles du marquis, déposa ses cartes et, d'un ton ferme, presque provoquant, répondit à i\l. de Vei'neuil :
— Vous vous trompez, monsieur, le comte de la Roserie a le droit de porter et son nom et son titre. Comme il est mon ami , comme il est absent, vous trouverez bon que je vous contredise ; insulter M. le comte de la Roserie, c'est m'insuller moi-même f
— Prenez-le comme vous voudrez, répliqua le marquis, je maintiens ce que j'ai dit... malgré vos dénégations.
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— Recevez donc un démenti! s'écria Anatole.
— C'est bien ! pas d'inutiles paroles, monsieur... nous savons tous les deux ce qu'il nous reste à faire.
Témoins d'Anatole, le baron de Longueville et son ami le général Crouart s'entendirent dans la journée avec les témoins du marquis.
Le soir, assez tard, le baron se rendit chez Picard ; ils se retirèrent tous deux dans un cabinet très-éloigné des appartements.
— Mon ami, dit le baron, j*ai une fâcheuse nouvelle à t'apprendre. Ton fils a un
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duel ; il a pris hier, au Jockey 's-Club, la défense du comte de la lioserie : on s'est dit des paroles provoquanles, et ton fils a donné un démenti.
-— Mon Dieu! s écria Picard, quelle affreuse nouvelle !
— On se bat deniain, à neuf heures du matin, à Saint-Mandé.
— Quelle arme?
— L'épée. Le général , toujours reconnaissant du service que tu lui as rendu, et moi, nous assistons Anatole, Nous avons trouvé les témoins du marquis très-raisonnables ; il est convenu que le combat cessera au premier sang.
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— Mon cher baron, que faire, qu'imaginer pour empêcher cette rencontre?
— Impossible d'arranger l'affaire, répliqua le baron; notre adversaire est un galant homme... il a reçu un démenti, et il est très-roide 1
— Il me serait impossible d'attendre chez moi, répondit Picard avec douleur, avec un profond abattement, les résultats de ce duel 1 Ne pourrais-je me rendre, dans une voiture de place, à un endroit convenu? Si mon fils n'est point touché, tu me ramèneras bien vite ce cher enfant ; s'il est blessé. . . ou mort ! tu viendras me chercher, afin que j'aille lui porter secours... ou assister à ses derniers moments.
Des larmes s'échappèrent des yeux de Picard.
— Mais, ce n'est pas tout, reprit le baron, Anatole est jeune; le bruit de ta fortune lui a fait perdre la tête : il a joué... il a perdu soixante mille francs, et il les doit. Il tient à les payer aujourd'hui ou demain matin de très-bonne heure, avant le combat; c'est surtout cette dette d'honneur qui m'oblige à venir l'instruire dès ce soir de cette malheureuse affaire.
Picard ouvrit tout de suite une petite caisse et remit les soixante mille francs au baron.
— Ne pourrai-je pas, avant ce duel ,' embrasser mon fils?