‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 10 sur 59 · ONGLES · texte numérisé non relu

ONGLES

Plus tard, quand sa vie eut pris fin, elle obtint de naïitre en haut parmi les devas ; le parfum de son corps se sentait au loin et se propageait jusqu'à quatre mille /: de distance. Comme elle était allée se réunir à l’assemblée dans la salle de la bonne Loi, le souverain Cakra l'interrogea par cette gâthà : |

Quelle œuvre productrice de bonheur avez-vous faite

autrefois — pour que votre corps émelle ce parfum exquis,

— pour que vous soyez née parmu les devas, — el pour que

votre teint ait un éclat semblable à de l'or fondu?

La devi répondit par cette gâthà :

D'un parfum excellent — j'ai fait hommage au Vénérable suprême ; — j'ai obtenu ainsi un mérile imposant que rien n'égale ; — je suis née parmi les trente-trois dieux (Trayastrimças), — et je reçois de grandes joies ; — mon corps émet toutes sortes de parfums exquis — qui se font sentir à cent yojanas de distance ; — tous ceux qui sentent ces parfums — en éprouvent un grand bénéfice.

Alors la devi se rendit auprès de l'Honoré du monde; le Buddha lui expliqua la Loi et elle obtint la voie de srotàpanna ; puis elle retourna parmi les devas.

Les bhiksus demandèrent {au Buddha): « Quelle action productrice de bonheur a-t-elle accomplie autrefois pour qu’elle aitobtenu de naître parmi les devaset pour que son corps soit ainsi parfumé ? » Le Buddhaleur répondit : « Autrefois lorsque cette devi était parmi les hommes, elle oignit de parfums mes pieds; c’est pour cette raison que, après sa mort, elle est née parmi les devas et a reçu cette récompense. » | |

CET XIV 10, pr 20v0)

Dans le royaume de Gravâsti, le notable Siu-la (Sudatta) promet une récompense de cent mille onces d’or à qui prendra son

refuge auprès du Buddha. Une servante l'entend et prononce la formule, À sa mort, elle renaît parmi les devas Trayastrimças,

(Trip, XIV; 10, p. 20°)

Une pauvre mendiante demande l'aumône au Buddha qui ordonne à Ananda de lui donner un peu de nourriture ; en recevant ce don, elle conçoit un sentiment de joie et, à cause de cela, elle renaît, après sa mort, parmi les devas.

(Trip. XINS10; Dr 24-12)

Une servante qui doit apporter de la nourriture à son maître, rencontre le Buddha et lui donne les provisions dont elle est chargée ; elle retourne à la maison, reprend de la nourriture et repart; mais elle rencontre Çâriputra et Maudgalyäyana et leur donne ses provisions ; elle revient encore une fois à la maison, prend de nouvelles provisions et les apporte à son maître. Quand le maître rentre chez lui, il demande à sa femme pourquoi elle lui a envoyé si tard la servante ; celle-ci est interrogée et avoue ce qu'elle a fait ; son maître la bat ; elle meurt et renaît en qualité de devi.

(Prin ANA 0 pr)

Le roi Bimbisära avait élevé pour le Buddha un stûüpa et un temple ; un notable aurait voulu l’imiler mais, n’en ayant pasles moyens, 1l édifie une salle d'explication à l'endroit où le Tathâgala avait coutume de passer ; à cause de cette bonne œuvre, il renait en qualité de deva. |

LR NEN AO DD 2 ID EE ve"

Un marchand de la ville de Crâvasti, qui a mis sa maison nou-

vellement construite à la disposition du Buddha, renaît après sa mort dans la condilion de deva.

CPrip:, XIV, 10 pp21 v-221°

Un pauvre homme rapporte chez lui six mesures de farine grillée dont il compte se nourrir avec sa femme et ses enfants. Il rencontre en chemin un religieux mendiant ; il prend une mesure de farine, en fait une boulette et la lui présente en exprimant le désir de devenir roi d’un petit royaume. Le çramana accepte son offrande en disant: « Pourquoi si peu ? » Le pauvre homme pense que le religieux trouve son aumône insuffisante ; il fait une boulette avec une seconde mesure de farine et la lui présente en souhaitant devenir roi de deux petits royaumes. Il reçoit la même réponse. [Il fait alors une boulette avec deux mesures de farine en souhaitant devenir roi de quatre petits royaumes, et enfin 1l fait une boulette avec les deux dernières mesures de farine en souhaitant devenir roi de Vârânasi, commander à quatre petits royaumes et obtenir de connaître les vérités saintes. Comme le çramana répond encore que c’est trop peu, 1l lui offre de se dépouiller de ses vêtements et de les échanger contre de la nourriture qu'il lui offrira. Cependant le çramana n’a mangé qu'une seule mesure de farine et rend le reste au pauvre homme; celui-ci demande pourquoi, précédemment, il a toujours dit que c'était trop peu. Le çramana répond qu'il a voulu dire, non que l'offrande était trop petite, mais que les désirs formulés par le donateur étaient trop modérés. Le pauvre homme conçoit des doutes sur la sincérité de son interlocuteur, qui, pour le convaincre de sa bonne foi, doit s'élever dans les airs et accomplir dix-huit transformations surnaturelles. Peu après le pauvre homme est reconnu comme étant le fils d'un ami défunt du roi de Vârânast; il est comblé de faveurs par le roi, et à la mort de ce dernier, il est mis sur le trône à sa place.

(rip, XIV, 40; p. 22:r°-v°.

Une pauvre mendiante à donné à une assemblée de religieux

deux pièces de monnaie qu’elle a trouvées dans le fumier ; suivant la coutume, le karmadâna avait prononcé un vœu en sa faveur ; mais, comme le sthavira, c'est-à-dire le président de l’assemblée, n'avait pas entendu ce vœu, il formule lui-même un souhait pour son bonheur futur. La mendiante reçoit les restes de la nourriture du sthavira et se croit amplement récompensée de sa bonne action. Cependant elle s'endort sous un arbre ; la reine du royaume vient à mourir ; on cherche partout qui peut la remplacer et le choix des devins se porte sur la pauvre mendiante qu'un prodige (l'ombre de l'arbre qui reste immobile audessus d'elle) désigne à leur attention ; cette femme devient donc reine. Elle fait alors de grandes libéralités aux religieux ; mais le sthavira refuse de prononcer lui-même un vœu en sa faveur et explique sa conduite en disant que ce n’est pas la valeur intrinsèque de l'offrande qui importe; les deux pièces de monnaie de la pauvre mendiante avaient plus de prix que les riches offrandes de la reine (1).

(Frip XIV;.10; pp: 22 v25 1)

Un peintre du royaume de Gandhâra nommé Xïi-na (Karna) a | gagné trente onces d’or après avoir travaillé pendant trois ans. Au moment où il se dispose à rentrer dans son pays, il assiste | à une cérémonie de pancavarsa dans la ville de Fou-k'ia-lo (Puskalâ vati) ; il demande au karmadäna quels sont les frais que suppose l'entretien des moines pendant un jour ; on lui répond que cela coûterait trente onces d'or ; il donne aussitôt tout ce qu'il possède et accomplit cette œuvre pie. Il rentre chez lui entièrement démuni d'argent. Sa femme l'accuse devant le juge. L’arüiste se disculpe en exposant les motifs religieux qui lui ont dicté sa conduite. Le Juge, ravi de sa réponse, se dépouille lui-même de ses vêtements et de ses colliers et les donne à cet homme avec tout son cortège de chevaux de selle et de chars ; il lui attribue en outre un village en apanage (2).

(1) Cf. Sûfrälamkära, trad. Huber, n° 22, pp. 119-128. (2) Cf. Sälrälamkära, trad. Huber, n° 21, pp. 117-119.

CP AIN 160. 23 KE) Un homme nommé Xi-yi-lo vit dans la pauvreté avec sa femme. Un Jour 1l voit un notable qui va faire de grandes libéralités dans un temple ; la nuit venue, tandis qu'il est couché avec la tête appuyée sur le bras de sa femme, il s’afflige de ne pouvoir, à cause de sa pauvreté, faire des libéralités qui lui assureraient le bonheur dans ses existences futures; les larmes qu'il verse tombent sur le bras de sa femme ; celle-ci se réveille et, apprenant ce qui cause le chagrin de son mari, lui propose de la vendre comme esclave. Mais il lui répond qu'il ne peut vivre sans elle et tous deux se décident à se vendre ensemble au même maître ; ils vont donc emprunter dix pièces d'or à un notable, s'engageant à lui livrer dans sept jours leurs personnes s'ils ne lui ont pas rendu l'argent. Le sixième jour venu, ils offrent un repas aux religieux ; cependant le roi du pays aurait voulu inviter les religieux ce même jour ; il demande au mari età la femme de lui céder leur tour, et, comme ils refusent avec obstination, il finit par apprendre qu'ils doivent aller se livrer le lendemain même comme esclaves el qu'ils ne peuvent donc pas présenter leurs offrandes aux religieux en quelque autre jour. Ému de tant de piété et de dévouement, le roi enlève ses vêtements etses colliers ainsi que ceux de sa femme pour les dgnner à Ki-yi-lo et à sa femme, puis il leur accorde en apanage dix

bourgades (1).

(Trip, XTV; 10, :Dp. 29 n-23;r0.)

Un arhat, sachant par avance que son çrâmanera doit mourir dans les sept jours, lui accorde un congé pour qu'il retourne chez lui et ne revienne qu’au début du septième jour ; le jeune homme part et, sur sa roule, il rencontre des fourmis emportées par le courant d'un ruisseau ; il leur sauve la vie en les retirant de l'eau. À cause de cette bonne œuvre, sa vie est prolongée, et,

(1) Cf. Sûtrâlamkära, trad. Huber, n° 76, pp. 429-433.

le seplième jour, il revient sain et sauf, à la grande stupéfaction de son maître.

(Trip., XIV, 10, p.22 59) Un devin a prévu qu'un roi du X’ien-l'o-wei (Gandhâra) doit mourir dans les sept jours ; mais, en allant chasser, le roi ren-

contre un vieux stûpa ruiné et ordonne de le restaurer. À cause de celte bonne œuvre, sa vie est prolongée.

(Erin, "XIV 10 p.20 va)

Un brahmane hérétique a prévu qu’un bhiksu devait mourir dans les sept jours ; mais le bhiksu, étant entré dans un monastère bouddhique, aperçoit un trou dans le mur et le bouche avec de la boue ; à cause de cette bonne œuvre, sa vie est prolongée.

Chips XIV É06 pre vP:)

Un devin a prédit à un homme que son fils, âgé de cinq ou six ans, devait bientôt mourir. Le père va auprès des six maîtres hérétiques qui sont incapables de lui indiquer le moyen de prolonger la vie de son enfant; il s'adresse au Buddbha qui, sur ses prières instantes, lui ordonne de placer l'enfant à la porte de la ville pour qu’il rende hommage à lous ceux qui entrent et qui sortent. Or un démon, qui avait pris la forme d’un brahmane, se disposait à entrer dans la ville, lorsque le jeune garçon, placé à la porte, lui rendit hommage ; le démon lui souhaita longue vie. Or ce démon était précisément celui qui tuait les petits garçons et, comme il ne pouvait violer sa parole, il ne put plus tuer l'enfant puisqu'il lui avait souhaité longue vie. L'enfant fut ainsi sauvé.

Chip NIN #10 ph 2526 r)

Un jeune homme pauvre désire renaître parmi les devas trayas-

ANNEE PRE te PEAR

trimças, et, pour obtenir ce privilège, il se propose de faire une offrande de nourriture à une assemblée de religieux, ce qui lui coûtera trente onces d’or. Il loue donc ses services à un riche notable pour le prix de trente onces d’or qui devront lui être payés au bout de trois ans.

Le terme étant arrivé, il prépare un grand banquet, à la magnificence duquel son maître contribue spontanément, puis il invite les religieux ; mais il se trouve que ceux-ci viennent de recevoir de diverses autres personnes des mets et des boissons en abondance; ils n’ont donc plus faim, et, quand ils viennent au banquet, ils prient le jeune homme de leur donner très peu à manger. Le Jeune homme se désole, car il craint que sa bonne actionreste sans résultats. Le Buddha lerassureenluidisantqu'ilsera récompensé, Sur ces entrefaites arrivent cinq cents marchands qui, au retour d’une expédition sur mer où ils se sont enrichis, demandent à manger sans que personne dans la ville puisse les nourrir; on les envoie chez le jeune homme qui leur offre le banquet préparé pour les religieux. Reconnaissants envers lui, les cinq cents marchands lui donnent chacun une perle de grand prix. Le jeune homme hésite à accepter ces richesses, mais le Buddha lui dit qu'il peut les prendre sans diminuer en rien la récompense à laquelle il aura droit dans une vie future. Le notable marie sa fille au jeune homme qui devient fort riche et qui reçoit aussi des dons considérables du roi Prasenajit.

CÉTRIDS AIN A0 per)

Autrefois, quand le Buddha était dans ce monde, il y avait cinq frères brahmanes ; le premier se nommait Yechô (Yaças) ; le second se nommait Wou-keou (sans souillure — Vimala ?) ; le troisième se nommait Aiao-fan-po-lFi Gavämpati) ; le quatrième se nommait Sou-l'o-yi (Sudàyi?). Ces quatre aînés étaient entrés dans les montagnes pour y

étudier la sagesse et ils avaient obtenu les cinq pénétrations surnaturelles (abhijñâs). Leur plus jeune frère se nommait #ou-na (Pûürna) ; il vit le Buddha qui mendiait sa nourriture ; aussitôt, il remplit-son bol de bon riz blanc etpur dont il lui fit présent. En ce temps, Fou-na s’occupait constamment à labourer et à semer; ce jour-là, quand il eut fini de labourer et de semer, il retourna dans sa maison ; lelendemain, il sortit et se rendit dans son champ ; il s'apercut alors que, dans ce champ, la moisson qui avait poussé s'était transformée en céréales d'or qui étaient toutes longues de plusieurs pieds ; quand il les eut entièrement coupées et récoltées, elles poussèrent de nouveau comme auparavant. Le roi du pays en fut informé et il vint à son tour pour couper et récolter (ces céréales d’or) mais il ne parvint pas à les prendre toutes ; de même ceux qui vinrent en foule pour en recueillir ne purent pas les épuiser.

Cependant les frères aînés avaient fait cette réflexion :

« Notre frère cadet Fou-na a-t-il de quoi vivre ou est-il dans la misère ? » Ils vinrent donc ensemble pour le voir etils constatèrent que Ja richesse de leur frère dépassait celle du roi. Ils dirent alors à leur frère cadet : « Vous étiez autrefois fort pauvre ; comment vous êtes-vous enrichi ? » Il leur répondit : « J'ai vu Xiu-Pan (Gautama) ; je lui ai donné un bol de riz et voici la récompense que j'ai obtenue. »

Quand les quatre ainés eurent entendu cette parole, ils en eurent des transports de joie. Ils dirent alors à leur frère cadet : « Fabriquez-nous des pilules de réjouissance; chacun de nous quatre prendra une de ces pilules et en fera don à Aiu-F'an(Gautama) en formulantle don derenaître dans la condition de deva. Si nous n’entendons pas sa Loi, nous n’aurons pas le moyen d'être délivrés. » Chacun d'eux s'étant donc chargé d’une pilule de réjouissance, ils se rendirent auprès du Buddha. Le plus âgé d’entre eux prit

fo

une pilule et la déposa dans le bol du Buddha. Le Buddha :\\ 6

Tous les samskäras sont impermanents.

Le second frère prit à son tour une pilule de réjouis-

sance et la déposa dans le bol du Buddha. Le Buddha

dit :

Ils ont pour loi d'être produits et de périr.

Le troisième frère aussi déposa une pilule de réjouissance dans le bol du Buddha. Le Buddha dit :

Ayant élé produits, ils périssent (4).

Enfin le quatrième frère déposa une pilule de réjouissance dans le bol du Buddha. Le Buddha dit:

Leur suppression, c’est là le bonheur.

(Les quatres frères) retournèrent alors chez eux. Quand ils furent arrivés dans un lieu solitaire et calme, ils se demandèrent mutuellement quelles paroles ils avaient entendues ; le plus âgé des frères dit : « J’ai entendu ceci : Tous les samskâras sont impermanents ». Le second frère avait entendu ceci : «Ils ont pour loi d'être produits et de périr ». Le suivant avait entendu ceci: « Ayant été produits, ils périssent ». Le quatrièmefrère avait entendu ceci: «Leur suppression, c'est là le bonheur ». En méditant sur cette stance (2), chacun des frères obtint le degré d'anà-

(1) Le texte est fort mal traduit en chinois.

(2) Nous avons ici la fameuse jiormule qui résume l'enseignement du Buddha ; le texte pâli de cette stance se trouve dans le Mahäparinibbâna Sutta (NI, 10: SBE, vol. XI, p:117; cf. ibid.; p.240): La récension sanscrite en a été conservée dans une inscription du Swàt publiée par Bühler (Epigraphia Indica, vol. IV, p. 64); elle se présente sous la forme suivante :

ANITYÂ BATA SAMSKÂRÂ UTPÂDAVYAYADHARMINAI UTPADYA HI NIRUDHYANTEF. TESÂM VYUPAÇAMAIT SUKHAM

Nous pouvons ajouter que la même stance figurait dans la recension

gamin. Ils revinrent auprès du Buddha ; ils lui demandérent de les faire entrer en religion et ils parvinrent à la voie d'arhat.

(Trip., XIV, 10, pp. 24 v°-25 r°.)

Autrefois, quand le Buddha était dans ce monde, Tangai-lao (Mahäprajâäpati) (4), fit pour lui un vêtement complet tissé en fils d’or et l’apporta pour l’offrir au Buddha. Le Buddha lui dit: « Faites-en don à l’assemblée des religieux. » Ta-ngai-lao répliqua : « J'ai nourri de mon lait l’Honoré du monde et j'ai fait moi-même ce vêtement; je suis donc venue le présenter au Buddha dans l’espérance que le Tathâgata me ferait la faveur de l’accepter. Pourquoi me dites-vous d’en faire part à l'assemblée des religieux ? » Le Buddha répondit: « C’est parce que je désire que ma nourrice obtienne un grand mérite. En voici la raison : l'assemblée des religieux est un champ producteur de bonheur, et ce champ a une étendue illimitée. Voilà pourquoi je vous donne cette exhortation. Si vous suivez mon avis, Ce sera comme si vous aviez déjà fait une offrande au Buddha. »

Alors Ta-ngai-lao se rendit au milieu des religieux

sanscrite du Mahäparinirväna Sûtra incorporée à la collection du Dirgha nikâya (version chinoise, Tch'ang a han ting | Trip., XIK, 9, ch. IV, pp. 22 r°]); elle y est mise, comme en pâli, dans la bouche de Çakra. Enfin, dans le Tch'ou yao king, qui est une recension avec commentaires du Dhammapada, cette stance est la seconde de la collection (Trip., XXIV, 5, p. 36r°). Ces trois traductions chinoises de la même stance (celle du Tsa pao sang king, celle du Tch'ang a han king et celle du Tch'ou yao king) diffèrent notablement les unes des autres, mais on devine bien le même original sous toutes trois.

(1) Tante et nourrice du Buddha.

avec ce vêtement ; elle Le leur offrit en commençant parle Sthavira, mais aucun d’eux n'osa l’accepter ; quand le tour de Mi-le (Maitreya), fut venu, celui-ci accepta le vêtement ; puis, s’en étant revêtu, il entra dans la ville pour mendier. Le corps de Mi-le (Maitreya) présentait les trente-deux marques distinctives et avait la couleur de l’or qui donne la marque rouge quand on le frotte. Quand il fut arrivé dans la ville, la multitude s’empressa pour le voir mais personne ne lui donna rien. Or, il y avait un homme qui était de son métier perceur de perles; quand il vit que personne ne donnait rien à WMi-le (Maitreya), il vint s’agenouiller devant lui et l’invita ; il l'amena dans sa maison et lui donna à manger. Quand Mi-le (Maitreya) eut fini de manger, le perceur de perles s’assit sur un petit banc devant Mi-le (Maitreya) etlui exprima son désir d'entendre la Loi. Mi-le (Maitreya), qui possédait les quatre forces d’éloquence (pratibhâna), se mit à lui expliquer de toutes sortes de façons la Loi merveilleuse, etle perceur de perles. dans son désir d'entendre et sa joie d’écouter, ne se lassait point de rester là. Or, auparavant, un notable qui allait marier sa fille, avait loué les services de ce perceur de perles pour percer une perle précieuse et lui avait donné cent mille pièces de monnaie ; en ce moment, le père de la fille qu'on allait marier envoya un messager réclamer sa perle ; mais le perceur de perles, qui se plaisait intensément à écouter la Loi, n’avait pas le temps de percer cette perle et répondit qu’on attendit encore quelque peu; au bout d’un moment, on vint faire une nouvelle réclamation et cela se passa par trois fois sans qu’on püt obtenir la perle. Alors ce notable se fâcha et vint reprendre sa perle avec l’argent qu'il avait donné. La femme du perceur de perles dit avec colère à son mari: « Vous n’aviez rien d'autre à faire ; en un instant vous auriez percé cette perle et vous auriez gagné cent mille pièces de monnaie: à quoi vous sert d'écouter les belles paroles de ce reli-

gieux ? » En entendant ces reproches, le perceur de perles en eut un vifchagrin. Mais Wi-le (Maitreya), qui le savait attristé, lui demanda : « Pouvez-vous m'accompagner jus-

qu'au temple ? ». L'autre répondit qu'il le pouvait et il

vint donc à la suite de Mi-le (Maitreya) dans la résidence des moines. Mi-le demanda alors au sthavira: « Vaut-il mieux pour un homme obtenir la somme totale de cent mille livres d’or ou écouter avec joie l'explication de la Loi? » Aiao-lch'en-jou (Kaundinya) répondit : « Liavantage qu'un homme aurait en obtenant cent mille livres d'or ne vaudrait pas celui qu'il aurait s’il donnait un seul bol de nourriture à un observateur des défenses ; plus considérable encore des centaines, des milliers et des myriades de fois serait donc l'avantage qu’il aurait s’il pouvaît, d’un cœur croyant, écouter pendant un moment la Loi. » Puis Mi-le interrogea le second sthavira qui répondit : « L'avantage qu’un homme aurait en obtenant cent mille chars pleins d'or ne vaudrait pas celui qu'il aurait s’il donnait un seul bol de nourriture à un observateur des défenses. Combien plus considérable encore sera l’avantage qu'il aura S'il passe un certain temps à écouter la Loi et à y prendre plaisir! » Mi-le interrogea encore le troisième sthavira qui répondit: « L'avantage qu’un homme aurait en obtenant cent mille maisons pleines d'or ne vaudrait pas celui qu’il aurait en donnant un seul bol de nourriture à un observateur des défenses. Combien plus considérable sera l'avantage qu'il aura s'il écoute la Loi!» Mi-le interrogea ensuite le quatrième sthavira qui répondit: « L'avantage qu’un homme aurait en obtenant cent mille royaumes remplis d'or ne vaudrait pas celui qu'il aurait s'il donnait un seul bol de nourriture à un observateur des défenses. Plus considérable des centaines, des milliers et des myriades de fois sera donc l'avantage qu'il aura s’il écoute la Loi. » Lorsque ce fut le tour d’A-na-lu (Aniruddha) de répondre, il dit : « L'avantage qu’un homme

aurait s’il obtenait les quatre parties du monde pleines d'or ne vaudrait pas celui qu'il aurait s’il donnait un seul bol de nourriture à un observateur des défenses. Combien plus considérable sera l’avantage qu'il aura s’il écoute la Loi!» Mi-le (Maitreya) répliqua : «O Vénérable, pourquoi dites-vous que le fait de donner un seul bol de nourriture à un bhiksu vaut plus que la possession des quatre parties du monde pleines d’or? »

Le Vénérable répondit: « Je vous prouverai que cela est exact par mon propre exemple. Je me souviens qu’autrefois, il y a de cela neuf millions de kalpas, il y avait un notable et ses deux fils ; l'un de ceux-ci se nommait Liicha (Rista) ; l’autre se nommait A-li-ich'a (Arista); ce notable leur disait constamment: « Ce qui est élevé s’affaissera ; ce qui est permanent prendra fin; ce qui vit mourra; ce qui est uni se désagrégera. » Le notable devint malade et, quand il fut près de trépasser, il fit cette recommandation à ses fils: « Ayez soin de ne pas vous séparer. Pour prendre une comparaison, une seule fibre ne peut pas attacher un éléphant; mais si on réunit ensemble un grand nombre de fibres,un éléphantne pourra pas les rompre. De même les frères, quand ils sont unis, sont comme plusieurs fibres ensemble. » Après que le notable eut fait ses recommandations à ses fils, il rendit le dernier soupir et mourut.

A cause des ordres de leur père, les deux frères vécurent ensemble en se témoignant l’un à l’autre beaucoup de déférence et d’affection. Mais, par la suite, Le frère cadet se maria et n'eut plus guère de quoi vivre. Sa femme lui dit: « Vous êtes comme l’esclave de votre frère. En effet, les richesses en suffisance pour jouer le rôle de maître de maison, c'est votre aîné qui en dispose. Quant à vous, vous n'avez que juste de quoi vous vêtir et vous nourrir. Si ce n’est pas là la condition d’un esclave, qu’estce donc? » Elle lui tenait souvent ce langage. Le mari et

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