‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 11 sur 59 · II · texte numérisé non relu

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sa femme concurrent donc le désir de changer de vie et demandèrent au frère aîné de se séparer de lui. Le frère aîné dit à son cadet: « Ne vous souvenez-vous pas de ce que notre père nous a dit lorsqu'il était près de mourir ? » Cependant le frère cadet ne changea pas d'opinion et répéta plusieurs fois sa demande de se séparer de lui. Voyant que la résolution de son frère était bien arrêtée, le frère aîné consentit à la séparation. Ils divisèrent donc par moitié tout ce qu'ils possédaient.

Comme le frère cadet et sa femme étaient jeunes, se livraient aux plaisirs et faisaient des dépenses exagérées, avant qu'il fût peu de temps, ils devinrent pauvres et furent réduits à la misère. Le frère cadet vint alors demander de l'argent à son frère aîné qui lui donna cent mille pièces de monnaie. Peu après être parti en emportant cette somme, le frère cadet eut de nouveau tout dépensé et revint ainsi par six fois, et chaque fois son frère ainé lui donna cent mille pièces de monnaie. Mais, à la septième fois, le frère aîné lui adressa des remontrances en lui disant: « Vous n'avez pas tenu compte des paroles que notre père a prononcées au moment de mourir et vous avez demandé à vous séparer de moi. Cependant vous n'avez pas été capable de vous donner la peine de gagner votre vie et vous êtes venu à maintes reprises m'adresser des demandes. Maintenant je vous donne encore cent mille pièces de monnaie, mais, à l'avenir, si vous ne réussissez pas dans vos affaires et si vous venez encore vous adresser à moi, je ne vous donnerai plus rien. »

Après avoir essuyé ces sévères paroles, le frère cadet et sa femme firent tous leurs efforts pour gagner leur vie et petit à petit ils devinrent riches. Le frère aïné au contraire perdit sa fortune et devint graduellement pauvre. Il vint alors implorer son frère cadet; mais celui-ci refusa même de lui donner à manger et lui tint ce langage : « Je croyais, mon frère ainé, que vous étiez toujours riche; êtes-vous

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donc devenu pauvre à votre tour ? Autrefois j'ai eu une

. demande à vous adresser; je me suis vu accabler de reproches fort cruels. Maintenant pourquoi venez-vous me

demander quelque chose? » En entendant ces paroles, le frère aîné conçut un chagrin extrême; il fit cette réflexion: « Si des frères nés des mêmes parents se conduisent ainsi l’un à l'égard de l’autre, combien plus mal se conduiront des hommes étrangers les uns aux autres. » Prenant alors en dégoût le cycle des naissances et des morts, le frère ainé ne retourna pas chez lui ; il entra dans les montagnes pour y étudier la sagesse ; avec une intense application il se livra aux pratiques ascétiques. Il obtint de devenir Pratyeka Buddha.

Par la suite, le frère cadet à son tour redevint graduellement pauvre, et, comme une disette était survenue dans le monde, il vendait du bois mort pour gagner sa vie. Or le Pratyeka Buddha entra dans la ville pour mendier sa nourriture, mais il ne trouva rien et ressortit avec son bol vide. En ce moment, l’homme qui vendait du bois mort vit le Pratyeka Buddha qui sortait de la ville avec son bol. vide; il désira lui donner un peu de bouillie de millet qu'il avait gagnée en vendant son bois; il dit donc au Pratyeka Buddha : « O vénérable, pouvez-vous manger une nourriture grossière ? » L'autre lui répondit : « Bonne ou mauvaise, elle concourra à pouvoir soutenir mon corps. » Le marchand de bois mort lui donna donc cette bouillie. Le Pratyeka Buddha la reçut et la mangea; après qu’il l’eut mangée, il s’éleva en volant dans les airs et fit dix-huit transformations miraculeuses; puis il revint à la même place.

Le marchand de bois mortse remit à ramasser du bois; sur la route il vit un lièvre et le prit avec son bâton; le lièvre se transforma aussitôt en un homme mort qui soudain se leva et vint saisir par le cou l'homme qui récoltait du bois; celui-ci chercha de toutes les facons pos-

sibles à le repousser et à le faire partir, mais il ne parvint pas à se dégager. Il enleva ses vêtements pour les donner en paiement à un autre homme afin que celui-ci tirât et enlevât le mort; mais cet homme non plus ne put le détacher. Comme cependant l'obscurité était venue, le vendeur de bois revint chez lui en portant le mort sur son dos. À peine fut-il arrivé dans sa demeure que le mort relâcha de lui-même son étreinte et tomba sur le sol où il devint un homme en or véritable. Alors le vendeur de bois détacha en la tranchant la tête de l’homme d'or; cette tête redevint aussitôt vivante. Il lui coupa de même les mains et les pieds, et mains et pieds redevinrent vivants (1). Au bout d'un moment, la tête d’or et les mains d’or remplirent toute la chambre et s’amassèrent en un grand tas. Les voisins avertirent les magistrats que, dans la maison de ce pauvre homme, il y avait ce tas d’or qui s'était produit spontanément. Le roi fut informé de la chose et envoya un messager faire une enquête à ce sujet; quand cet émissaire arriva dans la chambre, il vit seulement les mains, les pieds et la tête en décomposition du mort. Mais l’homme qui ramassait du bois prit lui-même la tête d’or et vint l’offrir au roi ; elle se trouva être en or véritable. Le roi très joyeux

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proclama que cet homme était producteur de bonheur; il lui donna donc en fief des villages.

Plus tard, quand la vie de cet homme prit fin, il renaquit dans le second ciel et devint Cakra souverain des devas. Puis il descendit naître parmi les hommes et fut un saint roi cakravartin; il fut ainsi sans aucune interruption roi des devas ou roi des hommes pendant quatre-

(1) Le récit est ici peu clair; on ne voit pas bien à quel moment la tête et les membres qui ont repris vie redeviennent des blocs d’or. fl semble que ces morceaux de corps humain aient l'aspect de chair, par exemple pour le messager du roi qui viendra les voir, mais qu'en même temps ils soient en or véritable pour l’homme dévot.

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— xvingt-onze kalpas. Maintenant, dans cette dernière exis- ….… tence, il est né dans la race des Çâkyas. Le jour de sa

naissance, sur un espace de quarante /r, des joyaux cachés jaillirent d'eux-mêmes hors du sol. Plus tard, il devint grand; (il n’est autre que moi, Aniruddbha ;) or, mon père et ma mère aimaient mieux mon frère aîné Che-mo-nan (le Câkya Mahânâman); ma mère, voulant un jour mettre à

l'épreuve ses fils, nous envoya dire qu’elle n’avait rien à nous donner à manger. Moi, Aniruddha, je répondis : « Apportez-moi seulement un récipient sans aucune nourriture. » On me donna donc un vase vide; or ce vase vide se

remplit spontanément d'aliments de saveurs variées. À supposer qu'on eût les quatre parties du monde pleines d’or etqu'on s'en servit pour se nourrir, cet or ne suffirait pas à assurer cette nourriture pendant un seul kalpa. Combien plus importante a dû être la cause qui a fait que, pendant quatre-vingt-onze kalpas, j'ai constamment joui de la félicité. Si maintenant j'ai obtenu cette nourriture qui se produit spontanément, c'est parce que, dans une existence antérieure, j'ai fait ce don d’un bol de nourriture; voilà pourquoi présentement j'ai obtenu une telle récompense. Depuis les Buddhas et en descendant jusqu’au ciel de Brahma, tous ceux qui observent avec pureté les défenses, on les appelle les observateurs des défenses (1). — Quand le perceur de perles eut entendu ces paroles, il en eut une grande joie.

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