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CRrIp XIV 108 pp: 290-2740)
Voici ce que j'ai entendu raconter (2): Un jour, le
(1) Cette phrase est une glose pour expliquer le terme « l'observateur des défenses, » terme dont il a souvent été question plus haut. (2) Comme l'indique cette formule initiale, nous avons affaire ici à un
Buddha se trouvait dans le royaume de Mo-kie-Pi (Magadha). Au sud (1) de la ville de Wang-chô-lch'eng (Ràjagrhapura), il y avait un village de brahmanes qui était appelé « Forêt d'âmras (2) »; le Buddha se tenait au nord
de ce village, dans une caverne de la montagne P'i-Fi-hui (Vediyaka); or le souverain Çakra apprit que le Buddha était là et c'est pourquoi il dit au prince des Gandharvas P'an-chô-che-k'i (Pañcaçikha) (3) : « Dans le royaume de Mo-kie-Pi, au nord du village nommé « Forêt d'âmras », est la montagne P'i-Fi-hi; l’'Honoré du monde se trouve là. Allons avec vous et les autres lui rendre visite ». Le prince des Gandharvas P'an-chô-che-k'1 répondit : « Oui, certes, c’est là une excellente entreprise ». Tout joyeux de ce qu'il venait d'apprendre, il prit donc un luth de lieou-li (vaidurya) et se rendit, en compagnie du souverain Cakra, à l'endroit où se tenait le Buddha. En ce moment, tous les devas, apprenant que Le souverain Gakra, avec
véritable sûtra. Ce sûtra se retrouve dans plusieurs collections : le Digha nikâya pâli (n° 21 Sakka Pañha suttanta); — Dirghâgama sanscrit, version chinoise (Nanjio n° 545; Trip. XII, 9, sûtra n° 14, p. 51 v°-5tr°); — Madhyamâgama sanscrit, version chinoise (Nanjio, n° 542; Trip., XII, 6, sûtra n° 134, pp. 59 r°-63 ve). Il en existe de plus en chinois une version isolée due à Fa-hien des Song (Nanjio, n° 924; Trip., XII, 8, pp. 50 r°-53 v°.). Cf. encore SPENCE HarDy, Manual of Buddhism, p.288. La scène de l’'Indra-cilàguha est représentée à Barhut (CUNNINGHAM, p. 88, pl. XXVIIT); M. Senart : l'a reconnue également dans une grotte de Singimaus visitée par M. Donner (Journal Asiatique, mars-avril 1900, pp. 355-357).
Dans les notes suivantes, j'aurai recours, pour indiquer les variantes aux sigles que voici: Tp. — Tsa pao tsang king; — Dn. = Digha nikâya pâli ; — Dg.=— versionchinoise du Dirghägama sanserit; — Mg. = version chinoise du Madhyamâgama sanscrit : — Fh. = version de Fa-hien.
L'obligeant appui de M. Sylvain Lévi m'a été tout particulièrement utile dans la traduction de ce texte qui présentait de réelles difficultés.
(1) Dn., Mg., Fh., à l'Est; l'indication manque dans Dg.
(2) Pàali: Ambasanda.
(3) Fh. traduit ce nom par les mots 7r A «les cinq chignons ». Mg. traduit par TL. fE « les cinq torsades », et, en outre, désignant les Gandharvas par le terme de #f#& « les joyeux », il écrit 77 #£ #£ + « Le Gandharvaputra Pañtaçikha ». Dg. transcrit ce nom au moyen des caractères ff JE % « Pan-chü-yi ».
le prince des Gandharvas et avec d’autres personnes, se
proposait d'aller à l’endroit où était le Buddha, se parèrent chacun de ses plus beaux atours, et, suivant le souverain
Çakra,s’élevèrent dans les cieux si haut qu'ils disparurent.
Quand ce cortège arriva à la montagne P'i-Pi-hi (Vediyaka), il se produisit dans les montagnes une vive clarté qui illumina tout, en sorte que les gens voisins de cette montagne (1) crurent tous que c'était l’Éclat de feu (2). Le souverain Çakra dit alors au prince des Gandharvas : « Ce lieu est pur et éloigné de tout mal; c’est un a-lien-J0 (aranya); le Buddha y vit dans le calme et la retraite pour rester assis en contemplation. Or maintenant, tout autour du Buddha, il ya une multitude de devas hautement vénérables qui se pressent de manière à remplir tout l’espace qui est à ses côtés. Comment donc pourronsnous nous acquitter de notre visite à l'Honoré du monde ? » Le deva Gakra dit alors au prince des Gandharvas : «Il vous faut aller de ma part auprès du Buddha pour linformer de nos intentions et lui dire que nous désirons l'interroger respectueusement ».
Quand le prince des Ganharvas eut reçu ces instructions, il partit; ne se tenant ni trop loin ni trop près, il contempla avec admiration le visage du Vénérable; il saisit alors son luth et en joua de manière à ce que le Buddha pût l'entendre; puis il prononça ces gâthäs (3) :
(1) Lisez [[] aulieu de fill: d'après toutes les autres rédactions.
(2) Dn., Mg. et Fh. se bornent à signaler l'éclat extraordinaire de la montagne. Seul Dg. en indique expressément la cause en disant que Île Buddha était entré dans le samädhi de l'éclat du feu. Notre texte occupe une position intermédiaire par l'emploi des mots Je % qui évoquent l'expression technique J %Æ — Hk « Samädhi de l'éclat de feu ».
(3) Comme on le verra par la suite du récit, ces stances ne s'adressent point au Buddha. Elles sont une déclaration d'amour que Pañëaçikha avait faite pour une jeune fille. Elles ne sont chantées ici que pour éveiller l'attention du Buddha.
Ces stances contiennent, mais disposé dans un autre ordre, l'essentiel des stances que présente la rédaction pâlie.
4. Quand la passion s'allache à un objet, — elle est comme l'éléphant qui s'enlise dans la vase, — ou encore comme l'éléphant ivre — que le croc (du cornac) ne peut
plus maîtriser.
2. Comparable à un arhal — qui concentre son admiralion dans la merveilleuse Loi, — tel ainsi est mon désir de votre beaulé.
3. Avec respect je rends hommage à votre père ; — parce que vous êles née dans une noble condition, — mon cœur sent redoubler son amour et sa joie.
4. Vous avez pu au plus haut point faire naître et déve- : lopper mon amour. — Comme un homme en sueur qui trouve une brise fraîche, — comme un homme alléré qui oblient une boisson glacée, — ainsi je prends plaisir à voir votre corps, — el je suis encore comme un arhal qui reçoil la Loi bienheureuse.
5. De même qu’on donne un bon remède à un malade, — , de même qu'on procure de l'excellente nourrilure à un affamé, — promplement éloignez ma fièvre avec votre pure fraicheur. — Maintenant mon désir va se donner carrière au galop ; — il n’étreint le cœur et ne le lâche pas. 4
Le Buddha dit : « Fort bien, à Pañcaçikha; vous avez maintenant fait entendre cette mélodie en y joignant harmonieusement les sons des cordes et des flûtes; en ne vous tenant ni trop loin ni trop près, vous avez chanté ces gâthàs ». (Pañcaçikha) dit alors au Buddha : «I ya quelque temps de cela, je rencontrai une sage jeune fille ; elle se nommait Sieou-li-p'o-lche-sseu (Sûryavarcasi); elle était la fille de Tchen-feou-leou (Tamburu), roi des X1en-ta-
p'o (Gandharvas). Or Che-k'ien-tche (Cikhandi), fils du deva Mo-lo-lo (Mâtali), avait déjà auparavant recherché cette fille en mariage. Étant alors épris d'elle, je lui adressai ces gâthâs et maintenant je les répète en présence du Buddha».
Le souverain Cakra se dit : « Le Buddha s’est éveillé de
la contemplation et maintenant il converse avec Pañtä-
cikha. » Le souverain Gakra dit derechef à Pañcâçikha :
« Maintenant, annoncez mon nom ; adorez, en vous prosternant, les pieds du Buddha et demandez (de ma part) de ses nouvelles à l’'Honoré du monde : N’a-t-il ni maladie ni chagrin ? Tous ses actes sont-ils aisés ? Ce qu’il mange et boit lui convient-il ? Sa force vitale est-elle calme et joyeuse? N’a-t-il aucun mal? Reste-t-il tranquille et heureux ? » Pañcaçikha répondit qu'il le ferait, et, quand il eut reçu ces instructions de Gakra,il retourna derechef auprès du Buddha ; il prononça le nom du souverain Çakra, et, adorant les pieds du Buddha, il demanda de ses nouvelles à l’'Honoré du monde en répétant les paroles du souverain Çakra. Le Buddha lui dit à son tour : « Le souverain Cakra et tous les devas sont-ils tranquilles et heureux ? » Pañacçikha reprit : « O Honoré du monde, le souverain Çakra et les trente-trois devas (les devas trayastrimças) désirent voir le Buddha ; les autorisez-vous à venir en votre présence ? » Le Buddha dit : « C’est exactement le moment pour cela ».
Quand le souverain Cakra et les trente-trois devas eurent entendu l’ordre que leur donnait le Buddha, ils se rendirent auprès de celui-ci, adorèrent en se prosternant les pieds du Buddha et se tinrent debout rangés de côté, puis ils dirent au Buddha : « Honoré du monde, en quel lieu nous assiérons-nous. » Le Buddha répondit : « Asseyezvous sur ces sièges. — Mais, dirent-ils, cette caverne est fort petite et la foule des devas est extrêmement nombreuse. » À peine eurent-ils prononcé ces paroles qu'ils virent la caverne de pierre s’agrandir, et, par la puissance redoutable du Buddha, devenir capable de contenir un grand nombre de personnes.
Le souverain Cakra,ayant adoré les pieds duBuddha, s'assit en avant, puis il ditau Buddha : « Pendant longtemps(1)
(1) Le chinois 1£ traduit littéralement l'expression « dirgharâtram »
j'ai désiré voir le Buddha, car je souhaitais entendre la Loi. Auparavant déjà, lorsque le Buddha était dans le royaume de Chü-wei (Grâvasti) et était entré dans le samadhi de l'éclat de feu, il y eut une servante de P'i-cha-men (Vaiçramana) nommée Pou-chü-pa-Fi (Bhujavati) (1), qui était tournée les mains jointes vers le Buddha. Je dis alors à cette servante de P’i-cha-men (Vaiçramana) : » Le Buddha est maintenant en contemplation ; je n’ose pas le déranger. Adorez de ma part les pieds de l’'Honoré du monde et dites-lui que je lui demande de ses nouvelles. » Cette fille, répétant mes paroles, vous adora et demanda de vos nouvelles. »
Le Buddha dit au souverain Çakra : « En ce temps, j’entendis le son de vos voix, et, peu detemps après, je sortis de contemplation. »
Le souverain Çakra dit au Buddha : « D'après ce que j'ai entendu dire à des personnes expérimentées (2), lorsque le Tathâgata, l’Arhat, le Samyaksambuddha apparaît dans le monde, la foule des devas augmente et celle des asuras diminue.Or aujourd’hui quelqu'un qui m'est apparenté est né comme deva; la foule des devas s’est augmentée et celle des asuras a diminué. J’ai vu maintenant que les disciples du Buddha qui ont obtenu de naitre en qualité de deva l’emportent en trois choses sur Jes autres devas : leur longévité est supérieure, leur éclat est supérieur, leur nom est supérieur. Voici maintenant en effet qu’une fille des Càkyas Xiu-
«longue nuit »; mais cette expression signifie simplement « depuis longtemps ».
(1) Fh. traduit ce nom par 4} He « beaux bras »; cette traduction garantit la restitution sanscrite Bhujavati pour Pou-chü-pa-Fi et nous permet de reconnaître la même lecture sous les variantes des manuscrits du Dn. (Bhuñjati, Bhujati). Mg. donne la leçon #E FE] JS (sanscrit Bhamjana) qui paraît provenir d'une graphie altérée. Dg. ne donne pas le nom de la jeune fille et substitue Virüdhaka FE #Ë #fj à Vaicramana.
(2) D'après Dg., il s’agit des devas qui avaient de l'expérience au temps où (akra n'était encore qu'un petit personnage.
p'i-ye (Gopikà) (1) est née parmi les devas trayastrimças ; elle avait été auparavant disciple du Buddha ; elle est devenue le fils de moi, le souverain Cakra, et son nom est le devaputra Æ’iu-ho (Gopà). D'autre part, ily a trois bhiksus, qui, en présence du Buddha, avaient tenu la conduite brahmique; mais leur cœur ne s'était pas affranchi des désirs ; aussi, lorsque leur corps s’était détruit et que leur vie avait pris fin, étaient-ils nés chez les Gandharvas, et, chaque jour aux trois moments de la journée, étaient-ils chargés de servir les devas. Quand le devaputra AX'iu-ho (Gopà) vit ces trois hommes qui remplissaient l'office de serviteurs, il dit : « Je m'afflige de voir cela et je ne puis le supporter. Autrefois, lorsque j'étais dans la condition humaine, ces trois hommes venaient constamment chez moi et recevaient mes offrandes. Or maintenant, ils sont les serviteurs des devas ; c’est un spectacle que je ne saurais
. voir. Ces trois hommes étaient primitivement des disci-
ples entendant la voix (çrâvaka) du Buddha ; lorsque j'étais dans la condition humaine, ils recevaient de moi des hommages, des offrandes, de la nourriture, des vêtements. Maintenant, ils sont tombés dans une situation humble. »
« Vous avez entendu {leur dit-il), la Loi de la bouche du Buddha et le Buddha lui-même vous a donné des explications. Comment se fait-il que vous soyez nés dans cette condition vile ? Autrefois je vous vénérais et je vous faisais des offrandes. Or,le Buddha m'a fait entendre la Loi et m'a appris à pratiquer la Jibéralité; j'ai cru à la doctrine des causes ; c'est pourquoi maintenant je suis devenu le
(2, La leçon FF x de Tp. est certainement fautive et il faut lire & Àx, garanti par les versions chinoises et confirmé par le pali. Le nom de la fille est écrit Æ H£ JP dans Tp., EE #k& dans Dge., HE HE dans Mg., et enfin ilest traduit par 3% fj dans Fh. ; cette dernière leçon se fonde vraisemblablement sur une étymologie pédantesque de Gopi ou Gopikà (la bergère) interprété par un des sens secondaires du verbe gup = cacher.
fils du souverain Çakra; j'ai une grande vertu redoutable; je possède la force et l'indépendance (içvara); les devas me donnent tous le nom de X'iu-ho (Gopà). Vous qui avez reçu la Loi triomphante du Buddha, commentse fait-il que vous n'avez pas pu vous appliquer de tout votre cœur à pratiquer la bonne conduite et que vous soyez nés dans cette condition inférieure ? Je ne puis supporter de voir un spectacle si fâcheux ; une telle chose, j'ai du déplaisir à la voir. Comment se fait-il que, participant à la même Loi que moi, vous soyez nés dans cette situation vile qui est indigne de disciples du Buddha? Quand le devaputra K'iu-ho leur eutadressé ces réprimandes, ces trois hommes furent pénétrés de confusion ; ils conçcurent des sentiments de dégoût pour le mal, et, joignant les mains, ils dirent à A’iu-ho (Gopà) : « S'il en est comme vous venez de le dire, à devaputra, c’est en vérité par notre faute. Maintenant, il nous faut supprimer entièrement cette per-
versité de nos désirs, nous appliquer de toutes nos forces à progresser dans l'excellence (virya) et pratiquer la fixité (samädhi) et la sagesse (prajñà). » Ces trois hommes concentrèrent donc leur pensée dans la Loi de KXiu-lan (Gautama); ils aperçurentles maux passés causés par leurs désirs et ils s’affranchirent aussitôt des liens du désir ; tout comme un grand éléphant qui se libère de ses entraves, ils rompirent avec leurs désirs sensuels (1). » Cependant le souverain Cakra, accompagné du deva Yi-chang-na (Içàna), ainsi que de la foule des autres devas et des quatres devaràäjas gardiens du monde (lokapâla), étaienttous venus s'asseoir sur les sièges (qui leur avaient été indiqués). Or les trois qui s'étaient affranchis des désirs, S'élevèrent dans les airs en présence de tous les devas. Le souverain Cakra dit au Buddha : « Quelle Loi ont obtenue ces trois pour être capables d'accomplir ces mi-
(1) Ici finissent les paroles de Çakra.
TSA PAÔ TSANG KING (N° 407) 61
racles de toutes sortes et pour venir voir l'Honoré du monde ; je souhaite vous demander ce qu'ils ont obtenu. Le Buddha répondit : « Ces trois, après avoir quitté ce monde, ont obtenu de naître dans le monde brahmique. »
(Çakra :) « Je voudrais que l’'Honoré du monde m’expliquât la Loi qui les à fait naître dans le monde brahmique. »
(Le Buddha :) « Très bien, sage souverain Cakra. Je résoudrai le doute que soulève votre question. »
Le Buddha fit alors cette réflexion : « Le souverain Cakra ne cherche pas à me tromper ; c’est en toute sincérité qu'il m'interroge sur ce qui le plonge dans le doute ; il n’a pas l'intention de me mettre dans l'embarras. Je lui donnerai donc des explications. »
Le souverain Cakra demanda au Buddha : «Quels sont les liens (samyojana) qui peuvent entraver les hommes, les devas, les nâgas, les yaksas, les gandharvas, les asuras, les garudas, les mahoragas ? »
Le Buddha lui répondit : « L'égoïsme (mâtsarya) et la jalousie (irsyà) sont les deux liens qui entravent les. hommes, les devas, les asuras, les gandharvas et les autres. D'une manière générale, les êtres de toutes sortes se lient eux-mêmes par l’égoïsme et par la jalousie (1) ».
(Gakra :) « Cela est vrai, à deva entre les devas; les causes qui sont l’égoiïsme et la jalousie peuvent entraver tous les êtres ; maintenant que j'ai entendu de la bouche du Buddha cette explication, le filet du doute est enlevé et j'en conçois une joie profonde. Je demanderai encore une autre explication : pourquoi naissent l’égoisme et la jalousie ? Pour quelle raison et pour quelle cause peut-on concevoir l’égoisme et la jalousie ? Par quelle cause naissentils ? Par quelle cause disparaissent-ils? »
(1) Ce passage sur les liens se retrouve cité d'après les questions d'Indra (Cakrapraçna) dans le Mahävastu (éd. Senart, t. 1, p. 350).
(Le Buddha :) « O Æiao-che-kia (Kauçika) (1), c’est du déplaisir (apriya) et du plaisir (priya) que naissent l’égoisme et la jalousie. Le déplaisir et le plaisir, sont les causes. Quand il ya déplaisir etplaisir, certainement il y a égoïsme et jalousie; quand il n’y a ni déplaisir ni plaisir, l’égoiïsme et la jalousie sont abolis. »
(Gakra) : « Il en est bien ainsi, 6 deva entre les devas ; maintenant que j'ai entendu de la bouche du Buddha cette explication, le filet du doute est enlevé et j’en conçois une joie profonde. Je demanderai encore une autre explication: Par quelle cause se produisent le plaisir et le déplaisir ? Par quelle cause sont-ils abolis ? »
(Le Buddha) répondit : «Le plaisir et déplaisir naissent de l'appétit (Chanda) ; quand il n’y a pas d’appétit, l’un et l’autre sont abolis ».
(Cakra) : « Il en est ainsi, Ô deva entre les devas. Maintenant que j'ai entendu de la bouche du Buddha cette explication digne de foi, le filet du doute est enlevé et j’en conçois une joie profonde. Je demanderai encore une autre explication: par quelle cause naît l'appétit? par quelle cause augmente-t-il ? Comment peut-on le détruire? »
Le Buddha dit: « L’appétit naît du raisonnement discursif (vitarka) (2) : c’est par le raisonnement discursif qu'il augmente ; quand il ya raisonnement discursif, il y a appétit; quand il n'ya pas de raisonnement discursif, l'appétit est aboli. »
(Gakra) : « Il en est bien ainsi, à deva entre les devas. Maintenant que j'ai entendu de la bouche du Buddha cette explication, le filet du doute estenlevé et j'en conçois une joie profonde. Je demanderai encore une autre explication : d'où naîtle raisonnement discursif? par quelle cause est-il augmenté ? Comment peut-on l’abolir ? »
(1) KauGika est un des noms de Çakra.
eTo. SE fi; Me 5; De. M; Ph. ÉE aÿ.
(Le Buddha) : « Le raisonnement discursif naît du jeu des combinaisons (prapañca) (1); c’est par le jeu des combinaisons, qu’il augmente ; s’il n’y a pas de jeu des combinaisons le raisonnement discursif est aboli. »
(Cakra): « Il en est bien ainsi,6 deva entre les devas.Maintenant que j'ai entendu de la bouche du Buddha cette explication, le filet du doute est enlevé et j'en conçois une joie profonde. Je demanderai encore une autre explication : Pourquoi naît et augmente le jeu des combinaisons ? Comment détruit-on le jeu des combinaisons ? »
Le Buddha dit à X1ao-che-kia (Kauçika) : « Si on désire détruire le jeu des combinaisons, il faut pratiquer le chemin correct avec ses huit branches {astängika mârga) qui sont : vue correcte (samyagdrsti), action correcte (samyakkarmânta), parole correcte, (samyagväk), vie correcte (samyaksamkalpa), moyens d'existence corrects (samyagâjiva), application d'esprit correcte (samyagvyäyäma), mémoire correcte (samyaksmrti)}, méditation correcte (samyaksamädhi). »
Quand le souverain Gakra eut entendu cela, il dit au Buddha: « Il en est bien ainsi, Ô deva entre les devas; c’est réellement par le chemin correct à huit branches que le jeu des combinaisons est anéanti. Maintenant que j'ai obtenu de la bouche du Buddha cette explication, le filet du doute est enlevé, et moi le souverain Cakra, je suis joyeux. Je demanderai encore une autre explication : si on veut abolir le jeu des combinaisons, c'est en pouvant pratiquer le chemin correct à huit branches. Le chemin correct à huit branches, par quel moyen derechef les bkiksus pourront-ils l’augmenter? »
Le Buddha dit: «Il ya pour cela trois moyens: le premier est le vouloir ; le second est l'application correcte; Le troisième est la maîtrise du cœur par la pratique constante».
(1) Tp. et De. 5 5 Me. É& SE ; Fh. J£ Œ «l'illusion ».
Le souverain Cakra dit: « Il en est bien ainsi, Ô deva entre les devas. Maintenant que j'ai entendu cette explication, le filet du doute est enlevé; la mesure dans laquelle les bhiksus peuvent pratiquer le chemin correct à huit branches, c’est en vérité par ces trois moyens qu’on l’augmente. Maintenant que j'ai entendu cela, je m'en
réjouis. »
Le souverain Cakra demanda encore: « Si les bhiksus | veulent détruire le jeu des combinaisons, quels procédés | doivent-ils étudier ? » | Le Buddha dit: «Il leur faut étudier trois procédés : ils doivent étudier comment on augmente et on porte au plus haut degré le cœur qui obéit aux défenses; ils doivent étudier comment on augmente et on porte au plus haut degré le cœur quise livre à la méditation ; ils doivent étudier comment on augmente et on porte au plus haut degré le cœur qui est plein de sagesse. »
Onand Gakra eut entendu cette réponse, il dit: « Il en est bien ainsi, à deva entre les devas. Maintenant que j'ai entendu cette explication, le filet du doute a pu être enlevé et j'ai des transports de joie. Je demanderai encore une autre explication: si on veut abolir le jeu des combinaisons, quelles sont les choses (artha) qu'il faut expliquer (1)? J'écoute. »
Le Buddha dit: «Il faut expliquer six choses: la première est l'œil qui percoit les couleurs ; la seconde est l'oreille qui percoit les sons; la troisième est le nez qui percoit les parfums ; la quatrième est la langue qui perçoit les saveurs ; la cinquième est le corps qui perçoit le doux et le poli; la sixième est la pensée qui perçoit toutes.les lois. » | Quand le souverain Cakra eut entendu cette réponse il dit: «Il en est bien ainsi, à deva entre les devas. Mainte-
(1) Quelles sont les choses dont il importe d'expliquer l'usage parce qu'elles comportent un usage bon et un usage mauvais.
nant que j'ai entendu cette explication, le filet du doute a pu être enlevé et j'en ai des transports de joie. Je demanderai encore une autre explication : tous les êtres vivants ont-ils même égoïsme (mâtsarya), même appétit violent (éhanda), même orientation et même visée (adhyavasana) ? »
Le Buddha dit: « O souverain Cakra, tous les êtres vivants n'ont pas même égoiïsme, même appétit violent, même orientation et même visée. Parmi le nombre illimité des êtres vivants et dans le nombre illimité des mondes, l'égoiïsme (mâtsarya), l’appétit violent (chanda), l’orientation et la visée (adhyavasana), diffèrent fort et ne sont pas identiques. Chacun se tient à son opinion, »
Quand le souverain Cakra eut entendu cela, il dit: « Il en est bien ainsi, à deva entre les devas. Maintenant que j'ai entendu cette explication, le filet du doute a pu être enlevé et j'en ai des transports de joie. Je demanderai encore une explication: tous les çramanas et les brahmanes obtiennent-ils entièrement l’absolu achèvement (nisthâ), l’absolue absence de souillure (yogaksema), l’absolue conduite brahmique définitive (brahmacaryâ) ? »
Le Buddha dit: « Tous les çramanas et les brahmanes ne peuvent pas entièrement obtenir l'absolu achèvement, l’absolue absence de souillure et l’absolue conduite brahmique définitive. Il y a des cramanas et des brahmanes qui sont parvenus à la délivrance sans supérieure qui abolit les liens de la concupiscence ; ceux-là seuls qui auront ainsi obtenu cette parfaite délivrance obtiendront entièrement l'absolu achèvement, l’absolue absence de souillure et l’absolue conduite brahmique définitive. »
(Çakra): « Il en est comme le Buddha vient de le dire ; ceux qui ont pu obtenir la parfaite délivrance, délivrance sans supérieure qui abolit les liens de lamour, ceux-là seuls obtiendront entièrement l'absolu achèvement, l’absolue absence de souillure et labsolue conduite brahmique définitive. Maintenant que j'ai entendu de la bouche du