‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 16 sur 59 · CRPID.- SENS TO D SEX CL · texte numérisé non relu

CRPID.- SENS TO D SEX CL

Autrefois, sept cents ans après que le Buddha eut quitté le monde, apparut dans le royaume de X1-pin (Cachemir) l'arhat Tche-ye-lo. Dans ce royaume il y avait un méchant roi-nâga nommé A-li-na ; malgré toute leur puissance surnaturelle, deux mille arhats n’avaient pas réussi à le chasser ; T'che-ye-lo n’eut qu'à étendre trois fois le doigt en intimant au nâga l'ordre de sortir et le nâga partit aussitôt. Tche-ye-lo, accompagné de ses disciples, se rend ensuite dans l'Inde du Nord; en chemin, il rencontre un corbeau et sourit légèrement. Puis il atteint la ville de la Maison de pierre; en arrivant à la porte de la ville il s'altriste et change de couleur; après avoir mendié sa nourriture dans la ville, il ressort par la porte el de nouveau il s'attriste et change de couleur. [l'explique alors à ses disciples la raison des divers sentiments quise sonttrahissurson visage : quatrevingl-onze kalpas après le nirväna du Buddha Vipacyin, il était lui-même un fils de notable qui désirait entrer en religion; son

1) Ce conte et les trois suivants ont été intégralement traduits par Sylvain Lévi qui en a bien montré l'importance historique (Journal Asiatique de nov.-déc. 1896, pp. 463-467).

père el sa mère lui déclarent qu'ils ne l'y autoriseront qu'après qu'il se sera marié et aura eu un fils; il leur obéit, et, quand

son fils sait parler, il demande de nouveau à sortir du monde :

son père el sa mère suggèrent alors à leur petit-fils des paroles propres à relenir son père; celui-ci ne peut résister à ces supplicalions enfantines et renonce à son projet; aussi reste-l-il dans le samsâra des naissances et des morts. Aujourd'hui Tcheye-lo a reconnu dans le corbeau qu'il a vu sur la roule l'enfant qui l’a empêché d'entrer en religion et c'est pourquoi il a sour1 de celte rencontre inattendue. D'autre part, si Tcheye-lo a changé de couleur en arrivant à la porte de la ville, c'est parce qu'il a vu là un démon affamé qui l’a supplié de faire revenir auprès de lui sa mère ; cette mère du démon est depuis soixante-dix ans dans la ville, cherchant vainement à se procurer un peu de nourriture pour son fils ; elle a enfin réussi à.se procurer une bouchée d'aliments impurs, mais elle ne peut plus sortir parce que des démons très puissants lui barrent le passage, Tche-ye-lo fait sorlir avec lui cette femme hors de la porte de la ville ; la mère et le fils se retrouvent et se partagent leur nourriture souillée. A une queslion de Tche-ye-lo qui lui demande depuis combien de temps il est là, le démon répond qu'il a vu déjà sept fois celle ville détruite et reconstruite. Tche-ye-lo à soupiré alors en songeant combien longues étaient les souffrances des démons affamés, et c'est pourquoi il a, pour la seconde fois, changé de couleur.

CRD AIN O RD 02e

Deux bhiksus de’ l'Inde du Sud ‘ont entendu parler de la grande veriu prestigieuse de Tche-ye-lo ; ils se rendent donc dans le Xi-pin (Cachemir) et se dirigent vers le Heu de sa r1ésidence ; ils aperçoivent sous un arbre un bhik u d'aspect minable qui allume du feu devant un foyer. Questionné par eux, ce bniksu leur indique que Zche-ye-lo demeure plus haut,

dans la troisième grotte. Les deux bhiksus gravissent donc la

(1) Cf. Syzvain LÉvi (Journ. As., nov.-déc. 1896, pp. 467-469).

montagne, el, quand ils sont arrivés à la troisième grotte, ils y aperçoivent à leur grande stupéfaction, le bhiksu qui naguère allumait du feu. Ils s'expliquent la chose en se disant qu'un homme doué de tant de vertu ne doit pas avoir eu de peine à venir dans la grotte avant eux. Il leur reste cependant quelques doutes et c'est pourquoi un des bhiksus demande : « O vénérable, comment se fait-il que, doué comme vous l’êtes d’une prestioieuse vertu, vous allumiez vous-même le feu?» Tche-ye-to répond : « Je songe aux tourments que j'ai endurés autrefois dans le samsâra des naissances et des morts ; si ma tête, ma mains et mes pieds ont pu être consumés dans ces tourments, ils peuvent donc aussi servir à être consumés dans le feu allumé pour le bénéfice de l'assemblée des religieux ; à combien plus forte raison peuvent-ils servir à allumer simplement le bois mort destiné à ce même feu. » Le second bhiksu demande alors qu'on lui explique ce que c’est que les tourments du samsära des naissances et des morts dans les existences passées. Tche-ye-lo répond : « Dans ma cinq centième naissance antérieure j'étais né dans la condition de chien et je souffrais toujours de la faim et de la soif; Je ne pus me rassasier qu'en deux occasions ; la première, ce fut lorsque je rencontrai sur le sol le vin rejeté par un homme ivre; je pus m'en repaitre avec joie ; dans la seconde occasion, je rencontrai un homme et sa femme qui travaillaient ensemble pour gagner leur vie; le mari étant allé aux champs, sa femme resta pour préparer le repas; mais elle s’absenta un instant pour quelque affaire et moi aussitôt j'entrai pour voler la nourriture ; il se trouva que l’orifice du vase contenant ces aliments était étroite ; quoique j'eusse pu d’abord y engager ma tête, 1l me fut difficile ensuite de l'en retirer. Quoique je me fusse rassasié, j'en endurai de grandes douleurs, car le mari revint des champs el coupa ma tête qui était restée engagée dans le goulot. » Quand les deux bhiksus eurent entendu cette explication de Ia Loi, ils prirent en horreur le samsâra des naissances et des morts et devinrent srotäpannas.

(Trip., XIV, 10, p. 32 r°-v°) (1).

Dans le royaume des Yue-lche il y a un roi nommé 7chan-lan Ki-ni-tch'a (Kaniska) ; il entend parler de l’arhat Tche-ye-to du royaume de Xïi-pin (Cachemir) et va lui rendre visite; Tche-ye- Lo refuse de sortir pour aller à sa rencontre ; le roi, saisi de vénération pour lui, se prosterne devant fui, et même, d’un mouvement spontané, il présente le crachoir à l’arhat au moment où celui-ci a envie de cracher. L'arhat prononce celte parole énigmatique : « Quand le roi est venu, sa voie élait bonne; quand il partira, il en sera comme lorsqu'il est venu. » Le roi reprend le chemin du retour; les gens de sa suite se plaignent que ce voyage n'ait été d'aucun profit; le roi leur répond en leur expliquant la parole de Tche-ye-lo ; cette parole signifie que, si le roi jouit aujourd’hui de sa haute dignité, c’est parce que, dans des existences antérieures, il a fait des bonnes œuvres ; maintenant, il continue à accomplir des actions excellentés et c'est pourquoi, quand i] partira de cette existence, 11 se sera assuré, comme au temps où il y est venu, des félicités importantes pour ses vies à venir.

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