‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 21 sur 59 · CR ES · texte numérisé non relu

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peut plus se passer de lui. Six ans plus tard, le Buddha revient dans son ancien royaume en compagnie de douze cent cinquante bhiksus qui lui ressemblent exactement ; le jeune Râhula reconnaît cependant sans aucune hésitation lequel de tous ces hommes est son père. Le Buddha lui caresse le sommet de la tête de sa main qui porte le signe merveilleux de la roue ;

il prouve ensuite par des stances que ce geste ne signifie point

qu’il ait conservé aucune affection mondaine.

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CT rip XIV TO ND, HS Per) Histoire du vieux brahmane qui interrogea des trompeurs.

Tous ceux qui sont fallacieux, fourbes et trompeurs se donnent des airs de droiture tandis qu'au dedans ils ne songent qu'à commettre des actions deshonnèêtes et perfides. C’est pourquoi le sage doit savoir distinguer le vrai du faux. En voici un exemple : Autrefois, il y avait un brahmane qui, après être devenu vieux, prit pour épouse une jeune femme. Cette femme, qui avait de l’aversion pour son mari parce qu'il était vieux, commettait sans cesse adultère. Sa passion se manifestant ouvertement, elle engagea son mari à inviter à une réunion plusieurs brahmanes jeunes et forts; mais lui, qui la soupconnait d'être vicieuse, ne voulut pas les attirer dans sa maison. Alors cette jeune femme imagina des stratagèmes de toutes sortes pour l’induire en erreur. Le fils de l'épouse défunte de ce vieux brahmane vint à tomber dans le feu ; quoique cette jeune femme l’eût vu tomber de ses propres yeux, elle ne le saisit pas pour le retirer. Le vieux brahmane lui ayant demandé pourquoi elle n'avait pas saisi l'enfant au moment où il était tombé dans le feu, elle répondit : « Depuis mon enfance je n'ai jamais approché que de mon

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mari et je n'ai touché aucun autre homme. Pourquoi voulez-vous donc m'obliger à prendre ce petit enfant qui est du sexe masculin ? » Quand le vieux brahmane eut entendu ces paroles, il pensa qu'elles étaient véridiques et alors il fit dans sa maison une grande réunion où il rassembla plusieurs brahmanes ; la jeune femme en profita aussitôt pour avoir des rapports avec eux. Quand le vieux brahmane en fut informé, il en conçut du chagrin ; il rassembla donc

ses objets les plus précieux, fitun paquet deses vêtements

et partit en abandonnant sa femme.

Lorsqu'il fut loin de sa demeure, il vit sur la route un brahmane et le prit pour compagnon. Vers le soir ils couchèrent dans un même endroit, et le lendemain, au point du jour ils reprirent ensemble leur marche. Ils quittèrent. la maison de leur hôte et ils s’en éloignaient de plus en plus, lorsque ce second brahmane dit au premier : « Dans l'endroit où nous avons passé hier la nuit, il y avait un brin d'herbe qui est resté attaché à nos vêtements. Depuis ma jeunesse je n'ai jamais rien volé. Je suis donc fort confus de voir ce brin d'herbe sur mes vêtements. Je désire, pour rendre ce brin d'herbe, retourner chez notre hôte : attendez-moi ici pendant le temps qu’il faut pour aller et revenir. » Quand le vieux brahmane eut entendu ce propos, il y ajouta entièrement foi et redoubla d’affection et de respect pour l'autre ; il lui promit donc de l'attendre. Le second brahmane prit par feinte le brin d'herbe comme s’il voulait le rapporter à son propriétaire ; mais, avant d’être allé bien loin, il entra dans un fossé où ilse coucha à plat ventre ; au bout d’un long moment il revint et prétendit qu'il avait restitué le brin d’herbe à son propriétaire. Ce vieux brahmane crut qu'il l'avait réellement fait et redoubla d'amitié et d'estime pour lui. Cependant, le vieux brahmane, trouvant une occasion favorable pour se laver et satisfaire ses besoins naturels, prit ses objets précieux et les confia à son compagnon.

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Aussitôt après, celui-ci emporta les objets précieux et s'enfuit. Quand le vieux brahmane eut reconnu qu'on lui avait volé son bien, il s’indigna contre cet homme ; puis il se sentit pénétré d’une douloureuse émotion. Triste et affligé, il continua son chemin avec découragement. Après avoir marché quelque peu, il se reposa sous un arbre ; or, il aperçut un héron qui, tenant dans son bec une tige d'herbe, disait aux autres oiseaux : « Il faut que nous ayons compassion les uns des autres et que nous nous réunissions en un même endroit pour y demeurer ensemble. » Ces oiseaux ajoutèrent tous foi à ses paroles et allèrent se rassembler en un lieu ; or, le héron attendit que tous les autres oiseaux fussent partis, puis il se rendit dans leurs nids pour y crever leurs œufs à coups de bec et en absorber le liquide et pour tuer leurs petits et les manger. Quand les autres oiseaux furent sur le point de revenir, il reprit dans son bec la tige d'herbe. A leur retour, les oiseaux virent ce qui s’était passé et se mirent à faire avec colère des reproches au héron; mais celui-ci leur répliqua qu'il n’y était pour rien. Sachant qu'il était de mauvaise foi, les oiseaux l’abandonnèrent et partirent. Après avoir encore passé quelque temps sous cet arbre, le vieux brahmane vit un religieux hérétique qui, vêtu d'une robe de moine, avançait pas à pas avec précaution en disant : « Partez, partez, êtres vivants. » Le vieux brahmane lui demanda : « Pourquoi marchez-vous ainsi en psalmodiant les mots : Partez, partez ? » L’hérétique lui répondit : « Je suis entré en religion ; j'ai donc compassion de tous les êtres et je crains de blesser des insectes ou des fourmis ; c'est pourquoi j'agis de la sorte. » Quand le brahmane entendit les paroles que prononçait ce religieux, il conçut une confiance absolue en lui; il se mit donc à le suivre et s’arrêta dans sa demeure pour y passer la nuit. L'hérétique dit au brahmane : «Il faut que je me relire dans la solitude et le calme pour perfectionner mes

sentiments. Placez-vous dans cette autre chambre et couchez-vous là. » Le brahmane fut tout heureux d'apprendre qu'il se livrait à des pratiques vertueuses et il en concut de la joie. Mais, passé minuit, il entendit qu'on faisait de la musique, qu’on chantait et qu’on dansait; ilse leva pour regarder ; il s’aperçut alors que dans la demeure de ce religieux hérétique, il y avait un trou souterrain ; une femme en était sortie pour se livrer au plaisir avec l'hérétique ; quand la femme dansait, l’hérétique jouait du luth, et quand l'hérétique dansait, c'était la femme qui jouait du luth. Après avoir vu ce spectacle, le brahmane fit cette-réflexion : « Parmi tous les êtres de ce monde, qu'il s'agisse d'hommes ou d'animaux, il n’y en a pas un un seul quisoit digne de foi. » Puis il prononca cette gâthà :

Il y a eu celle qui n'avait touché aucun autre homme (que son mari), — el celui qui rendit le brin d'herbe à son propriélaire, — el le héron qui, pour donner le change, lenail une lige d'herbe dans son bec, — et l'hérélique qui craignait de faire du mal aux insectes ; — de telles paroles fallacieuses, — il n'en est aucune à laquelle on puisse ajouler for. |

Or, dans ce royaume, il y avait un notable qui avait chez lui de grandes richesses et qui possédait toutes sortes d'objets précieux. Dans la nuit même (dont nous venons de parler), il fut dépouillé d'une grande quantité de ses biens. Quand le roi en fut informé, il demanda au notable qui fréquentait chez lui et avait pu ainsi lui enlever ses richesses. Le notable répondit au roi : « Je n'ai eu de rapports avec aucun homme pervers ou suspect ; seul un brahmane a été constamment en ma compagnie; mais c'est un homme qui purifie sa personne et qui conserve son intégrité ; il ne déroberait rien à qui que ce soit, car même un brin d'herbe qui était resté attaché à son vêtement, il l’a rendu à son propriétaire. En dehors de lui, aucun autre homme (n'est venu chez moi). » Quand le roi

eut entendu ces paroles, il fit arrêter le brahmane pour l’interroger. Le notable accourut alors dire au roi : « Cet homme a une conduite si pure que nulle personne au monde ne peut lui être comparé ; comment a-t-on pu un beau matin se saisir ainsi de lui? je désire, à roi, que vous le relâchiez. » Le roi répliqua : « J'ai déjà auparavant été informé qu'il y a des gens, tels que celui-ci, qui affectent au dehors la pureté et qui nourrissent dans leur for

intérieur des pensées perverses. Ne vous affligez donc

pas et laissez-moi faire mon enquête.» Ayant ainsi parlé, il soumit à un interrogatoire le brahmane qui, ne sachant plus querépondre et à bout d'arguments, finit par avouer la vérité. |

C’est ainsi que le sage joue dans le monde le rôle d’un miroir qui sait bien distinguer le vrai du faux ; il est

donc un guide pour les autres hommes.

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Hisloire de la femme du brahmane qui voulait faire périr sa belle-mère.

Autrefois il y avait un brahmane dont la femme, jeune et d’une beauté remarquable, avait des désirs sensuels très vifs ; elle aurait voulu tenir une conduite débauchée, mais, à cause de la présence de sa belle-mère, elle ne pouvait agir à son gré. Elleformaalorssecrètementle projetcriminel de faire périr sa belle-mère. Elle feignit de la soigner avec piété filiale afin de toucher le cœur de son mari; du matin jusqu’au soir donc, elle était diligente et subvenait sans relâche à tout ce dont sa belle-mère avait besoin. Le

mari dit avec satisfaction à sa femme : « Par les soins dont vous vous êtes présentement acquittés, vous avez pu vous montrer une épouse douée de piété filiale ; si ma mère prolonge sa vieillesse, c'est grâce à vos efforts. » Sa femme lui répondit : « Maintenant, je n’ai fait que donner à votre mère des soins de ce monde et ce que je lui ai fourni pour son entretien n’est que peu de chose. Si elle pouvait obtenir les offrandes qui conviennent à une devi, je serais au comble de mes vœux. N’existe-t-il pas quelque moyen merveilleux par lequel elle parviendrait à naître dans la condition de devi? » Son mari répliqua : « D'après les recettes des brahmanes, c’est en accomplissant des actes tels que celui de se précipiter du haut d’une paroi de rocher, ou de se jeter dans le feu, ou de brûler son corps avec les cinq sortes d’ardeurs, qu’on peut naître en qualité de deva. » La femme dit alors à son mari: « S'il y a de telles recettes, ma belle-mère pourra naître en qualité de devi et recevoir des offrandes qui lui viendront spontanément. Pourquoi serait-il nécessaire de déployer une application continuelle pour qu'elle recoive les offrandes de ce monde ? » Quand elle eut ainsi parlé, son mari la crut. |

Tous deux alors disposèrent dans la campagne une grande fosse de feu et y accumulèrent des branchages afin d’y faire une fournaise ardente. Puis, auprès de cette fosse ils préparèrent une grande réunion. Ils y emmenèrent en la soutenant leur vieille mère ; ils y convoquèrent tous leurs parents ; une multitude de brahmanes vint aussi au lieu de réunion. On battit du tambour, on fit de la musique, on joua des instruments à cordes et on chanta ; quand les réjouissances eurent duré tout le jour, les invités s’en allèrent ; le mari et la femme restèrent seuls avec leur mère ; ils l’'amenèrent alors auprès de la fosse de feu et la poussèrent dedans, puis ils s’enfuirent sans regarder en arrière.

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Or, dans cette fosse de feu il y avait un petitrebord ; la mère tomba sur ce rebord etne fut pas précipitée dans le feu ; elle put donc sortir de la fosse ; comme la nuit tombait, elle chercha à revenir dans sa demeure en suivant les traces de ses pas à l'aller. Mais le chemin traversait un bois où l'obscurité était profonde ; elle eut peur des tigres, des loups, des démonsetdesrâksasas etelle grimpa sur un petit arbre afin de se mettre à l'abri de tout ce qu'elle redoutait. Précisément alors, des voleurs qui avaient dérobé des richesses considérables, arrivèrent les uns après les autres et se reposèrent en bande sous cet arbre. La vieille mère était saisie de terreur, et la crainte l’empéchait de faire le moindre mouvement; mais elle ne put se retenir et éternua au sommet de l'arbre. En entendant le bruit de cet éternuement, les voleurs crurent avoir affaire à quelque méchant démon ; laissant là tout leur butin, ils s’enfuirent de tous côtés. Lorsque le jour fut venu, la vieille mère se sentit rassurée et n’eut plus aucun sujet de crainte ; elle descendit donc de l'arbre et recueillit tous Les objets précieux: c'étaient des colliers parfumés, des pendeloques de perles, des bracelets d’or, des pendants d'oreilles en pierres précieuses et toutes sortes de joyaux véritables et merveilleux ; elle en mit une pleine charge sur son dos etrevint dans sa maison.

Lorsque le mari et sa femme la virent, ils restèrent frappés de stupéfaction et ils avaient peur, car ils pensaient qu’elle était surgie du milieu des cadavres et des démons. Comme ils n’osaient pas l’inviter à entrer, leur mère leur dit: « Après ma mort, je suis née parmi les devas et j'ai obtenu d’amples richesses. » Puis elle dit à la femme : « Ces colliers parfumés, ces pendeloques de perles, ces bracelets d’or et ces pendants d'oreilles, ce sont des dons que vous font votre père et votre mère, vos tantes et vos sœurs. À cause de mon grandâge et de ma faiblesse, je n'ai pas pu en prendre beaucoup sur mon

dos. Mais je vous engage à vous faire envoyer là-bas et on vous en donnera autant que vous voudrez. »

La femme ajouta foi à ces paroles et, pleine de joie, souhaita se précipiter dans la fosse de feu suivant la méthode qu'on avait adoptée pour sa belle-mère ; elle dit done à son mari : « Maintenant, lorsque ma vieille bellemère aété jetée dans la fosse de feu, elle n’a pu prendre une grosse charge sur son dos à cause de ses faibles forces ; si j'y vais moi-même, j'obtiendrai sans doute beaucoup plus. » Le mari, pour se conformer à ce qu’elle disait, prépara donc une fosse de feu; puis il l’y précipita ; mais elle fut dévorée par les flammes et périt là pour toujours. |

Un deva prononça alors cette gâthà :

Le mari, à l'égard de sa vénérable mère, — n'aurait pas dû concevoir de mauvaises pensées ; — quant à la femme, qui avail voulu faire périr sa belle-mère, — c'est elle au contraire qui détruisit son corps par le feu.

(rep; XIV, 10; D: GP UE):

Les corbeaux et les hiboux sont en guerre ; voulant assurer le triomphe de son parti, un corbeau se fait mettre par ses congénères dans un état lamentable, puis, à la faveur de cette ruse à la Zopyre, il gagne la confiance des hiboux qui l’accueillent au milieu d'eux ; il entasse du bois mort dans leur antre sous le prétexte de le rendre plus confortable; puis, le moment favorable étant venu, il met le feu à tout ce combustible et les hiboux périssent consumés.

(1) Ce conte a été traduit par Stanislas Julien, (Les Avadänas, t. I, pp. 31- 36). Cf. Pañcatantra (III, 1 ; trad. Lancereau, pp. 197-208, 224, 228-231, 251- 255, 258-262); Kalilah, ch. VIIT, n° 48 ; bibliographie de Chauvin, fascicule 11095:

TSA PAO TSANG KING - 145 (Trip., XIV, 10, p. 44 v°) (1).

Un bélier et une servante se haïssent parce que le bélier cherche constamment à manger les grains que prépare la servante. Un jour, la servante qui tenait des braises dans sa main, les jette sur le dos du bélier qui est venu l’attaquer. Le bélier, sentant la cuisson de la flamme, se frotte dans tous les lieux où il passe et allume un grand incendie qui brûle le village et s'étend jusque sur la montagne où il consume cinq cents singes. Moralité : Il ne faut pas séjourner au milieu des gens qui se disputent.

(1) Ce conte a été traduit par Stanislas Julien, (Les Avadänas, t. I, pp. 135-138). Cf. notre ne 387.

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