‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 22 sur 59 · ET · texte numérisé non relu

ET

(Trip, XIV, -55pD. 29 V7)

Voici ce que j'ai entendu dire : Un jour le Buddha était allé à Crâvasti, dans le Jetavana, dans le jardin d’Anä-thapindada et se trouvait avec une multitude de mille deux cent cinquante grands bhiksus. Il y eut un bhiksu qui, allant de tous côtés pour faire la quête et passant de lieu en lieu, entra dans la demeure d’une courtisane. Alors la courtisane, voyant ce bhiksu entrer et arriver dans sa demeure, exulta de joie ; elle se leva aussitôt de son siège et vint l’accueillir en allant au-devant de lui; elle se prosterna à ses pieds, le pria de bien vouloir (entrer) et le fit asseoir ; puis elle demanda au bhiksu d’où il venait. Le bhiksu répondit qu’il était chargé de faire la quête et qu’ainsi il était venu pour mendier. Alors cette femme. prépara pour lui des mets excellents de toutes sortes de: saveurs et en remplit son bol, puis elle le lui présenta. Le bhiksu l’accepta, puis se retira.

Or ce bhiksu, après avoir reçu en abondance cette nour-

(1) Le Cheng king (Nanjio, Catalogue, n° 669) a été traduit en l'an 285. p. C. par Fa-hou + É:3 (Nanjio, Catalogue, App. II, n° 23); mais cette. traduction est défectueuse au point d’être en plusieurs endroits inintelligible; je me suis donc borné à en extraire un petit nombre de pages. M. Ed. Huber avait déjà tiré de cet ouvrage un texte fort important qui se rattache étroitement au conte du roi Rhampsinite et des deux voleurs tei qu'il nous est raconté dans Hérodote (B. E. F. E. O,t. IV, pp. 704-707; cf. notre n° 379).

riture exquise, douce et excellente, fut tout content et ne put résister au désir de se rendre à plusieurs reprises dans la demeure de la courtisane. Cette femme de son côté pensait : « Ce bhiksu observe la Loi avec une rigueur qu'ilest difficile d'égaler. » A plusieurs reprises donc, elle lui prépara des mets friands et succulents qu’elle lui donnait. Les allées et venues du bhiksu ne cessaient pas, et, comme son instruction n’était pas encore complète, que sa conduite n’était pas bien nette et qu'il n'avait pas encore dompté tous les principes mauvais, en voyant la merveilleuse beauté de la courtisane, des idées de débauche l’agitèrent et il eut envie de donner libre cours à ses passions. Il s'approchait de la courtisane ; sa bouche lui tenait un langage tendre et affectueux ; il se plaisait à gagner son cœur et à causer avec elle intimement ; il ne se lassait pas d'aller faire la quête chaque jour dans sa demeure.

En voyant sa beauté, en écoutant sa voix, ce bhiksu avait été troublé par des idées de débauche et avait été plongé dans le trouble et dans la confusion sans qu'il pût reprendre son bon sens. Or, les livres saints du Buddha disent : « Quand les yeux voient une belle femme, on est agité par des pensées de débauche.» En outre, l'Honoré du Monde a dit : « Quand vous venez à voir une femme, si elle est âgée, qu’elle soit pour vous comme une mère ; si elle est d'âge moyen, qu’elle soit pour vous comme une sœur aînée ; si elle est jeune, qu’elle soit pour vous comme une sœur cadette, comme un fils, ou comme une fille. Il vous faut observer intérieurement son corps et penser que tout cela n’est qu'humeurs impures et qu'il n’y a là rien qui soit digne d'être aimé ; à l'extérieur, c’est une jarre ornée de peintures, mais à l’intérieur pleine d’ordures. Considérez que ces quatre grands ‘éléments, la terre, l’eau, le feu et le vent, se sont combinés par l'effet de la causalité pour former (la femme), mais qu'il n'y à là vraiment aucune réalité, »

figé. CHENG KING (N° 423)

En ce temps, ce bhiksu, qui ne comprenait pas la contemplation du vide et se bornait à regarder ce qui prend forme corporelle, fut troublé par des pensées de débauche, et, s'adressant à la courtisane il prononça cette gâthà :

O verlueuse femme, jeune, vierge, pure et chaste, — la

beauté de votre visage est très merveilleuse ; — en regar-

dant tous les délails de voire figure, je vois que rien ne les égale ; — de loul mon désir je souhaile que nous soyons unis. |

Alors la courtisane, voyant que ce bhiksu lui tenait un tel iangage (se dit) : « Je ne savais point d’abord que ce fût un homme pervers et avide de débauche ; au contraire je l'ai traité comme s’il eût été pur, chaste et observateur des dépenses, car je pensais qu'il était bon et sage. Puisque voici un symptôme qu'il se plait à pécher, je vais lui répondre nettement en m'inspirant de ce qu’il vient de me dire. » Elle répliqua donc par cette gâthà :

Il vous faut m'apporter à boire el à manger, — (me don ner) des parfums, des fleurs, de beaux vélements — et des offrandes analogues de loutes sortes ; — alors j'irai avec vous.

Le bhiksu répondit à la femme par cette gâthà :

Je ne possède rien ; — regardez à quelles occupations je me livre ; — je subsiste en mendiant ; — ce qu'on me donnera, Je vous en ferai part.

Alors la courtisane chanta cette gâthà :

S'il est vrai que vous ne possédiez rien, — pourquoi avezvous résolu de demander quelque chose qui est difficile à oblenir ; — la conduile que vous avez tenue est éhontée; — partez au plus vile el éloignez-vous prompiement de ma demeure.

Elle chassa donc le bhiksu et le poursuivit jusqu'à la porte du Jetavana. Les bhiksus se rendirent alors tous auprès du Buddha et, s'adressant à l’'Honoré du Monde, lui racontèrent ce qui s'était passé. Le Buddha leur dit :

« Ce bhiksu, dans une existence antérieure a été une tortue d’eau, tandis que la courtisane était autrefois un singe ; alors aussi il fut l’ami (de la courtisane), mais, comme sa volonté n'avait pas obtenu le fruit (de la sagesse), il en est venu au contraire à la tromper peu à peu; iln’est pas entré dans la vraie doctrine et n’a fait qu’augménter ses tourments. Maintenant il en a été de même ; son âme a désiré la courtisane; mais son désir n'a pas été satisfait; au contraire il a subi un affront et s’en est allé couvertde honte.» Le Buddha dit : « Autrefois, il y a de cela des générations innombrables, dans l’eau d’un grand fleuve demeurait et voguait une tortue ; sur la rive de ce fleuve des arbres poussaient à foison ; parmi ces fourrés de bois, il y avait un singe qui habitait sur les arbres. Or la tortue étant sortie du fleuve aperçut de loin qu'il y avait un singe dans les arbres et se mit à converser avec lui ; petit à petit elle allait toujours plus avant et désirait se rapprocher de lui ; à plusieurs reprises elle avançait puis reculait; elle Le vit pendant plusieurs jours et chaque jour elle répétait ce manège. Comme elle ne se lassait pas de voir le singe, elle conçut des pensées de débauche ; son cœur en fut obseurci et fut troublé; elle fut envahie par l’impureté et ne put reprendre son bon sens ; alors elle prononça cette gâthâ en soupirant :

Votre visage est rouge et jaune el vos yeux sont verts ; — vous errez parmi les fourrés d'arbres el vos jouez sur les branches ; — je voudrais maintenant vous demander, à vous dont le pelage est luisant, (si vous voulez savoir) — avec quelles intentions je désire vous rechercher el quels sont les sentiments que je conserve.

Le singe répondit par cette gâthà :

O lorlue, je sais maintenant loule votre histoire ; — vous avez élé le fils d'un roi el vous aviez de l'intelligence ; — maintenant pourquoi m'interrogez-vous? — en entendant vos paroles, je conçois quelques doules.

Alors la tortue répliqua par cette gâthà :

Mon cœur conserve toujours des intentions dont vous êles l'objel; — mon cœur éprouve pour vous des sentimenls d'affection el de sympathie ; — c’est pourquoi je vous demande — par quel moyen nous pourrons nous unir.

Le singe répondit en chantant cette gâthà :

O tortue, il vous faut savoir que je demeure dans les arbres — et que je ne saurais munir à vous. — À supposer que vous vouliez arriver à être avec mot, — apportezmoi des offrandes dans les fourrés d'arbres.

La tortue répondit à son tour par cette gâthà :

Ce qui conslilue ma nourriture, ce sont des êtres de chair vivante — qui sont plus tendres et plus exquis que les fruits el les graines. — Il ne vous faut pas exiger de moi ce que Je ne saurais me procurer — en voulant que je vous apporte des prunes de loules sortes.

Le singe répliqua alors par cette gâthà :

Sivous ne demeurez pas sur les arbres — pourquoi me demander ce que vous ne sauriez obtenir ? — Maintenant vous m'avez considéré d'une manière éhonlée ; — partez donc de vous-même et au plus vile ; je ne supporterais plus de vous voir.

Le Buddha dit aux bhiksus : « Celui qui était en ce temps le singe, c’est aujourd’hui la courtisane ; la tortue, c’est le bhiksu chargé de faire la quête ; autrefois (la tortue) se laissa aller à ses passions et adressa une requête (au singe); mais elle ne put satisfaire son désir. Aujourd’hui aussi il en a été de même.» Quand le Buddha eut ainsi parlé, il n y eut personne qui n'éprouvât de la joie.

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(PIS AIN 6; pp: 20 1-27 r°)

Autrefois, il y a de cela des générations innombrables, il y avait un grand bois ; parmi les arbres de ce bois, une chatte sauvage rôdait ou demeurait immobile et se livrait à ses occupations. Étant restée tout un jour sans manger, elle avait faim et avait un désir extrême de nourriture ; elle aperçut au sommet d’un arbre superbe un coq sauvage ; (ce coq sauvage) était d’une beauté remarquable ; il agissait avec un cœur bienveillant et témoignait sa compassion à toutes les sortes d'êtres, à ceux qui rampent et à

ceux qui marchent, à ceux qui respirent, aux hommes et

aux bêtes. Alors la chatte sauvage conçut dans son cœur des intentions funestes et voulut mettre en péril la vie du coq ; tout doucement elle s’approcha jusqu'à ce qu’elle füt sous l’arbre, puis, se servant d’expressions insinuantes, elle prononça cette gâthà :

Nos pensées restent solitaires el nous sommes séparés l’un de l'autre ; — je mange du poisson et vous avez un beau vélement ; — descendez de cet arbre jusqu'à terre — el je serai voire femme.

Le coq sauvage répondit par cette gâthà :

Vous avez quatre pieds — el moi j'ai deux palles ; — je considère qu'un oiseau el une challe sauvage — ne sauraient être mari et femme.

La chatte sauvage répliqua par ces gâthäs :

Nombreux sonl les lieux que j'ai parcourus, — royaumes el villes, provinces el districts ; — mais je ne désire personne d'autre — el toules mes pensées prennent leur plaisir en vous. — Volre corps apparaît beau el bien fail ; — votre visage est le premier de lous ; — mot aussi, j ai quel-

que agrément ; — j'agis en vierge pure el chasle ; — il nous

faut ensemble nous livrer à la joie — comme des gallinacés

qui se promènent en liberté ; — tous deux ayant l’un pour l'autre le même amour, — ne serons-nous pas fort heureux ?

Alors le coq sauvage répondit par cette gâthà :

Est-ce que je ne vous connais pas ? — est-ce que je ne sais pas pourquoi vous m'adressez celle demande ? — Quand une affaire n'estpas encore arrangée dans tous ses délails, — celui qui est sage n’en fait pas l'éloge.

La chatte sauvage répliqua de nouveau par ces gâthâs :

Au moment où vous oblenez une épouse si parfaile, — au lieu (d'en êlre satisfait), vous lui frappez sur la lêle avec un bâlon. — En ce moment la pauvrelé vous tourmente ;

— (si vous m'épousez), votre richesse sera comme s'il y avait eu une pluie de joyaux ; — vous serez aimé de mes:

parents; — vous aurez une opulence illimilée ; — grâce à une épouse chérie, — le cœur calmé trouve un ferme appuu.

Le coq sauvage répondit par cette gâthà :

Si je me décidais à vous suivre, — 6 vous dont les yeux verts sont comme de vilaines plaies, — je me verrais alors chargé de chaînes — et je serais comme enfermé dans une prison.

La chatte sauvage répliqua par ces gâthàs :

Vous n'avez pas de sympathie pour moi — et vos paroles sont comme des épines acérées ; — dans ces conjonclures, à quel moyen recourir pour vous atlirer ? — dans ma trislesse, il faul que j'y réfléchisse. — Mon corps n'est ni puant ni sale ; — il exhale un parfum de vertu conforme aux défenses ; — pourquoi voulez-vous m'abandonner — el vous en aller au loin dans d'autres lieux ?

Le coq sauvage répondit par cette gâthà :

Vous voulez m'entraîner au loin ; — méchante el perverse comme un serpent, — vous en assouplissez la peau flexi-

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ble (1), — et c'est ainsi que vous failes des discours ?

La chatte sauvage répondit par cette gâthà :

Descendez vile et venez ici ; — je voudrais vous témotigner quelque amitié; — je dois aussi averlir (de notre mariage) mes parents el mes voisins — el en informer mon père el ma mère. | |

Le coq sauvage répondit par cette gâthà :

Je possède une (future) épouse qui est une jeune vierge — son visage est beau etses sentiments sont excellents ; — elle se conforme aux défenses et obéil à la Loi; — je lui conserve mon affection el ne veux pas me délourner d’elle.

La chatte sauvage répondit par ces gâthàs :

Ainsivous me frappez avec un bâlon épineux (2)! — Dans ma famille on suit la vraie religion ;.— chez moi il y a un vénérable supérieur — qui nous améliore au moyen des défenses prescrites par la Loi. — Au dehors (de la maison) sont des saules — qui tous sont verdoyants el prospères en leur saison. — Tous nous prosternerons notre têle devant vous, — comme des brahmanes rendant un culte au feu. — Ma fanulle, par sa puissance, — honore et sert les brahmanes ; — grâce à (leurinfluence) propice, nous mettrons au monde beaucoup de fils — et ils nous feront étre fortriches.

Le coq sauvage répondit par cette gâthà :

Le ciel vous accordera voire souhait — el c’est par un bâlon de brahmane qu'il vous frappera. — Dans le monde ny a-t-ul pas la Lot ? — pourquoi voulez-vous manger un coq ?

La chatte sauvage répliqua par cette gâthà :

Je ne mangerai plus de chair ; — exposée au soleil el à la rosée, je liendraiune conduite pure el chaste ; — j'hono-

(1) Cette phrase me paraît signifier : Vos paroles sontdouces et flexibles comme la peau d'un serpent, mais votre naturel est aussi pervers que celui d'un serpent.

(2) Plus haut, la chatte à dit que les paroles que lui adressait le coq étaient comme des épines acérées; elle reprend ici la même image.

rerai el je servirai lous les devas ; — je ferai cela pour oblenir celle sagesse (que vous recommandez),

Le coq sauvage répondit par ces gâthàs :

Jamais on ne vil ni n’enltendil chose pareille : — une challe sauvage tenant une conduile chaste. — Vous désirez détruire quelque être — el vous éles un brigand qui veut dévorer un cog. — L'arbre et le fruit sont différents l'un de l'autre (1) ; — malgré vos belles phrases el votre badinage apparent, — je ne vous croirai jamais. — Comment pourriez-vous, Si vous aviez un coq en votre possession, ne pas le dévorer? — Un mauvais caractère finit toujours par être cruel. — Je considère votre visage qui est rouge comme le sang — el vos yeux qui sont verts comme la plante lan. — IT vous fault manger des rats et des insectes, — car vous n'aurez Jamais Un COQ À MANGET ; — pourquoi n'allez-vous pas prendre des rats ? — Avec votre visage rouge el vos yeux d'un verl franc, — quand vous criez en

faisant miao, — foules les plumes dont je suis revêtu se hérissent; — je m'enfuis au plus vile et je cherche à me cacher ; — de génération en génération (moi el mes sem-

blables) nous nous sommes éloignés de vous ; — pourquoi maintenant me rencontrer avec vous ?

Alors la chatte sauvage répondit par ces gâthàs :

Les visages sont-ils tous agréables à voir ? — les femmes qui sont belles sont-elles loules vierges ? — II importe de s'informer si l'attitude (de la femme qu'on veut prendre pour épouse) est digne — et quels sont ses autres mériles ; — tous les actes de bonne conduile doivent se trouver chez elle au complet ; — sa prudence et sa perspicacilé doiventétre ingénieuses ; — quand vous connaîtrez la manière dont je me comporte dans ma famille, — (vous verrez que) nulle ne peut m'être comparée. — Je vais me bien laver ; — maintenant j'ai revêtu de beaux habits ; —

(1) Vos actes ne sont pas d'accord avec vos paroles.

Je me mettrai à danser et à chanter des airs — pour qu'ainsi vous m'aimiez el m'estlimiez. — En outre, je vous laverai les pieds, — je peignerai le chignon de votre lêle — et je ferai des plaisanteries agréables ; — alors vous m'aimerez el vous m'eslimerez.

Le coq sauvage répondit par cette gâthà :

Je ne liendrais quère à la vie — si je permettais à un ennemi de peigner ma têle ; — si je faisais amitié avec vous, — je ne parviendrais jamais à un âge avancé.

ÉÉRIpERR IN ES pen ve)

Autrefois, il ya de cela des kalpas innombrables, il y avait un roi des singes qui demeurait sur les arbres d’une forêt. Il mangeait des fruits et buvait de l’eau ; il songeait avec compassion aux êtres de toutes sortes, à ceux qui rampent et à ceux qui marchent, à ceux qui respirent, aux hommes et aux animaux ; ilaurait voulu faire qu’ils fussent tous sauvés etles amener à l’état de non-composition. En ce temps, il avait contracté amitié avec une tortue; très intimes, il se respectaient l’un l’autre et au début ils n'étaient point en opposition l’un contre l’autre ; la tortue serendait fréquemment à l'endroit où se trouvait le singe; ils buvaient, mangeaient et causaient ensemble ; ils discouraient sur la droite justice et la raison.

La femme (de la tortue), voyant qu’elle sortait souvent et ne restait pas chez elle, se dit qu'elle devait aller au dehors pour se livrer à la débauche et à des actes illicites; elle demanda doncà son mari : « Vous sortez souvent ; où allez-vous vous réunir (à d'autres personnes) ? Je crains que ce ne soit pour vous livrer à la débauche au dehors

et mener une conduite déréglée. » Son mari lui répondit? « J'ai contracté amitié avec un singe ; il est intelligent et sage ; en outre il comprend la justice et la raison. Quand je sors, c’est pour me rendre chez lui et ensemble nous discutons sur la doctrine des livres saints ; nous ne parlons que de sujets agréables et je ne me livre d’ailleurs à aucune débauche. »

Sa femme ne le crut pas et pensa que les choses ne se passaient point ainsi ; en outre, elle était irritée contre le singe (et se disait) : « Il attire mon mari et le fait souvent aller et venir ; il faut que je trouve un moyen de le tuer. Mon mari alors cessera (ses sorties). » Elle feignit donc d’être malade ; épuisée et faible, elle gisait sur un lit; son mari veillait sur elle avec beaucoup de sollicitude ; il lui donnait des médicaments pour la soigner ; mais en définitive elle se refusait à guérir. Elle dit à son mari : « À quoi bon vous donner tant de peine et gaspiller ces médicaments ? ma maladie est fort grave. Il faut que j'obtienne le foie du singe avec lequel vous êtes lié d'amitié ; à cette condition je conserverai la vie. » Son mari lui répondit : « Ce (singe) est mon ami ; il m'a remis sa personne et m'a confié sa vie ; nous ne nous sommes jamais soupçonnés l’un l’autre ; comment pourrais-je comploter contre lui, afin de vous sauver la vie ? » Sa femme lui répondit : « Maintenant nous sommes mari et femme et nous ne faisons ensemble qu’un seul corps ; mais vous ne pensez pas à me sauver etau contraire vous agissez en faveur du singe. En vérité cela n'est pas juste et raisonnable. »

Le mari, poussé à bout par son épouse et ayant d’ailleurs pour elle beaucoup d'estime, alla donc adresser cette requête au singe: « Je suis venu à plusieurs reprises et j'ai été auprès de vous ; ayez la bonté de ne pas considérer comme injuste de vous rendre dans ma maison; maintenant, je désire vous inviter à venir dans ma de-

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meure pour y prendre un pêétit repas. » Le singe lui répondit : « J'habite sur la terre ferme, etvous dans l'eau; comment pourrais-je vous suivre ? » Cette tortue répondit : «Je vous porterai sur mon dos ; nous pourrons d’ailleurs considérer comme vaine toute cérémonie. » Le singe la suivit donc ; quand la tortue qui le portait sur son dos fut arrivée à mi-chemin, elle dit au singe : « Désirez-vous savoir ce que j'ai à vous demander ? Ma femme est épuisée par la maladie ; elle voudrait obtenir votre foie pour le manger et être délivrée de sa maladie. » Le singe lui répondit : « Pourquoi ne m'en avez-vous pas parlé plus tôt? Mon foie est resté penduà l’arbre; revenez en toute hâte pourque j'aille le prendre. » Ils retournèrent donc l’un à la suite de l'autre. Dès que (le singe) fut revenu en haut de l'arbre, il se mit à bondir en témoignant sa joie. La tortue lui demanda alors : « Vous deviez prendre avec vous votre foie pour venir dans ma demeure ; voici qu'au contraire vous montez en haut de l'arbre; vous sautez et gambadez ; que prétendez-vous faire ainsi ? » Le singe lui répondit : « Il n’y a pas dans le monde d’être plus sot que vous : comment se pourrait-il qu'ayant un foie je l’aie suspendu à un arbre ? Nous étions amis ; je vous avais remis ma personne et confié ma vie; vous cependant vous avez comploté contre moi et avez voulu mettre ma vie en péril. Dorénavant, nous

irons chacun de notre côté. »

CAD RER IN ED DD 28 NEO) Dans un passé fort lointain, il y a de cela des kalpas

innombrables, il y avait cinq ermites qui demeuraient parmi les montagnes et les marais; quatre d’entre eux

étaient les maitres ; le cinquième les servait; il leur fournissait ce dont ils avaient besoin et s'acquittait de sa tâche sans jamais faire aucun manquement; il recueillait des fruits et puisait de l’eau qu’il leur apportait à l’heure prescrite; un jour qu'il était allé loin pour chercher des fruits et de l’eau potable, il s'endormit de fatigue et ne revint pas au temps voulu; comme l'heure de midi était passée, les quatre autres hommes furent privés de leur repas ; ils

en conçurent du déplaisir et, irrités par la faim, ils dirent

à leur serviteur : « Comment pouvez-vous vous acquitter ainsi de vos fonctions ? Puisque telle est votre conduite vous devez devenir un magicien de malheur et appartenir à une famille indigne. »

En entendant ces paroles, le serviteur en ressentit un chagrin inexprimable ; il se retira sous les arbres et s'assitau bord d’une rivière en tenant un de ses pieds élevé (au-dessus de l’eau); plongé dans ses réflexions, il se faisait des reproches (disant) : « Après m'être donné de la peine constamment, pendant fort longtemps, voici que j'ai négligé d'offrir le repas à l'heure prescrite aux quatre ermites ; j'ai manqué aux enseignements de la sagesse et jé ne me suis plus conformé aux quatre sortes de bienfaisance.» En proie alors à une vive émotion, 1l mourut. Ses pieds étaient toujours chaussés de socques faites des sept substances précieuses ; comme il était assis en tenant un de ses pieds relevé, il perdit une de ses socques précieuses qui tomba dans l'eau.

Après que sa vie fut terminée, il naquit chez des hérétiques, comme fils d’un magicien de malheur. Quand il fut âgé d'une dizaine d'années, il se trouvait jouer avec des camarades sur le bord de la route, lorsqu'un brahmane qui passait vit les enfants en train de jouer ; quoique leur multitude füt fort nombreuse, il les observa tous et saperçcut que le fils du magicien de malheur avait des indices de haute dignité et qu'il devait devenir roi; sa

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