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physionomie était très remarquable et était supérieure à celle des autres personnes ; le brahmane lui donna cet ordre : « Vous portez des indices qui marquent que vous serez roi ; il ne vous faut pas vous mêler aux jeux turbulents de la foule. » Le jeune garçon répondit : « Je suis le fils d’un magicien de malheur; comment aurais-je les indices qui marquent que je serai roi ? » Le brahmane reprit : « D’après nos règles saintes, votre visage et votre extérieur s'accordent exactement avec les diagrammes de nos livres de prédictions et par conséquent vous devez (être roi). Réfléchissez bien à mes paroles ; elles sont véridiques et non trompeuses ; en tel mois et en tel jour le roi de ce pays mourra et certainement il vous cédera sa dignité. » Le jeune garçon répliqua : « Ne divulguez point cela et soyez d'accord avec moi pour garder le secret ; si les choses se passent comme vous me le dites, je saurai grandement reconnaître votre bienfait etje ne me permettrai pas d’être arrogant. » Après que le brahmane eut fini de parler, il partit de là et s’en alla, en sortant du pays, dans un autre royaume.
Quelques jours plus tard, le roi mourut sans laisser d'héritier. On invita à venir les hommes sages afin de faire de l’un d’eux le chef du royaume ; les ministres rassemblés délibérèrent en disant : « Un royaume sans souverain est comme un homme sans tête ; il faut promptement envoyer des émissaires pour rechercher avec soin quelque personne vertueuse que nous mettrons aussitôt sur le trône. » Les émissaires se répandirent dans les quatre directions; ils aperçurent de loin ce jeune garçon qui avait toute l'apparence d’un homme extraordinaire ; ils envoyèrent donc immédiatement des gens pour revenir dire aux ministres assemblés de bien vouloir venir chercher (le jeune homme) avec tout le cérémonial imposant dû à un roi et avec l'équipage d'apparat prescrit par la loi ; les ministres assemblés et tous les fonctionnaires sau-
térent de joie, et, conformément à ce qu’avaient dit les envoyés, ils vinrent chercher (le jeune homme) avec un équipage imposant ; on le baigna dans de l’eau parfumée ; on lui donna les vêtements de cour des cinq saisons (1); on le coiffa du bonnet précieux et on lui remit l'épée et la ceinture conformément à ce qui était en usage sous le roi précédent; par-devant et par-derrière des gardes le précédaient et l'escortaient, et on ne s’écarta en rien des statuts du royaume. (Le jeune homme) monta donc sur le trône, se tint dans la salle principale et, tourné vers le sud, rendit des décrets. Tout le pays jouit de la tranquillité et la population exultait de joie.
Sur ces entrefaites, le brahmane, en observant en haut les signes célestes, et, en considérant en bas la disposition de la terre, reconnut que le (jeune homme) avait obtenu la succession au trône. Il se rendit donc à la porte du palais et demanda à le voir; le surveillant de la porte vint annoncer : « Il y a dehors un brahmane qui demande à voir Votre Majesté. » Le roi donna l’ordre qu'on l’admiît en sa présence ; le brahmane entra, et après avoir remercié par des prédictions et exprimé des vœux par des formules magiques, il dit au roi : « Maintenant que (ce que je vous avais dit) s'est réalisé, êtes-vous diposé à observer véritablement le serment que vous avez fait autrefois ?» Le roi lui dit: « En vérité, Ô religieux, vous avez une perspicacité surnaturelle; c'est grâce à votre bienfait que j'ai obtenu cette félicité. » Le roi ajouta : « O religieux, désirez-Vous que je vous donne la moitié de mon royaume et que je partage avec vous mes trésors d'objets précieux ? Une épouse, des concubines, des chars, des chevaux, des serviteurs, vous aurez tout ce que vous désirerez. » Le brahmane répondit : « Je ne désire rien de tout cela. Je vous exprime seulement deux désirs ; le premier est que
(1) Les quatre saisons et la saison des pluies.
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pour manger et pour boire, pour marcher et pour s'arrêter, pour se vêtir, pour se coucher et pour se lever, moi et vous, Ô roi, fassions tout cela ensemble et en nous attendant l’un l’autre; mon second désir est que je participe avec vous aux délibérations sur les affaires du royaume, que toute décision soit prise d’un commun accord entre vous et moi et qu'aucun de nous deux n’agisse de sa seule autorité. » Le roi dit : « Fort bien. Tenir compte de ces deux désirs et m'y conformer, n’est-ce pas chose facile ? »
Le roi se mit à gouverner son royaume ; il observait toujours la droite règle et ne faisait aucun tort à la foule du peuple. Le brahmane, qui recevait ses bienfaits, en conçut de l’arrogance ; il traitait avec mépris les plus hauts fonctionnaires. Les ministres en furent irrités et vinrent présenter des remontrances (au roi) en lui disant: « 0 roi, votre majestueuse dignité est fort élevée ; il vous faut délibérer avec les plus vieux et les plus expérimentés des ministres d'état ; or, vous ne vous confiez qu’en un mendiant et vous faites ainsi qu’il méprise et outrage tous vos officiers. Quand les royaumes voisins l’apprendront, vous leur prêterez à rire et cela causera tous les maux des attaques à main armée. » Le roi leur dit : « Quand j'étais jeune, j'ai faità cet homme un ancien serment ; comment pourrais-je le violer ? » Ses ministres continuèrent à lui adresser des remontrances en lui disant: « Quand, 6 roi, vous prenez vos repas, il suffirait qu'un beau jour vous ne l’attendiez pas pour que certainement il change (de conduite). » Le roi y consentit donc; il épia le moment où le brahmane était sorti, et, sans attendre son retour, il se mit à manger avant lui. Le brahmane {étant revenu) lui dit avec colère : « Que signifie notre ancienne convention pour que vous mangiez maintenant seul avant moi? » Le roi répliqua : « Je mange, il est vrai, avant vous ; comme vous étiez sorti et n'éliez pas encore de retour; j'ai préparé pour vous une autre table pour que vous ÿ mangiez ;