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(Pipe RNB D 30
Autrefois, dans des temps fort lointains, un eunuque {1} étant mort, ses parents et ses voisins prirent son corps et le déposèrent parmi des arbres {ch'ou (ailante). Sur ces. entrefaites, un chacal et un corbeau vinrent pour en manger la chair ; ils se mirent alors à se décerner l’un à l’autre des éloges au milieu des arbres. Le corbeau adressa au chacal cette gâthà :
Votre corps est comme celui d'un lion ; — voire téêle est comme celle d’un ermile ; — par le luisant (de votre pelage) vous ressemblez à un rot des cerfs ; — c'est la perfection ! vous êtes comme une belle fleur. |
Le chacal, d’entre les arbres, le loua par cette gâthà :
Qui est ce personnage vénérable perché sur l'arbre ? — pour la sagesse il est de beaucoup le premier ; — son intelligence illumine les dix régions —, comme le ferail un monceau d'or pur.
Alors le corbeau répondit en chantant celte gâthà :
Vous êles un grand lion ; — c'est pour vous voir que je suis venu lout exprès ; — vous êles luisant comme un rot des cerfs ; — c'est la perfection ! je trouve (à vous voir) profit el sagesse.
(1) D'aprèsla version tibétaine (Schiefner, Mél. As. Saint-Pétersbourg, t. VIII, pp. 160-163), les gens de Râjagrha avaient décidé de faire un cimetière pour les hommes et un cimetière pour les femmes; comme
l'eunuque ne pouvait être enterré ni dans lun ni dans l'autre, on lenfouit au pied d'un ricin. Cf. notre n° 384.
Le chacal répondit encore en chantant cette gâthà : :
Sincères el loyaux sont les vrais amis ; — nous nous louons l'un l’autre avec une par faile sincérité ; — moielvous, Ô monceau d'or pur, — qu'on ne se permelle pas (1) de
demander si nous nous nourrissons de ce (cadavre).
Or, non loin de là, il y avaitun grand ermite qui demeurait dans la solitude, qui agissait d’une manière pure et pratiquait la sagesse ; en entendant les éloges alternés que se décernaient l’un à l’autre le chacal et le corbeau, il songea : « Ces êtres de cette sorte s’exclament à tort et à travers sur (leurs mérites) mutuels ; leurs paroles sont toutes dénuées de raison et il ne s’y trouve pas un mot sincère et vrai. » Il les interrogea donc par cette gâthà :
Depuis longtemps j'ai vu ce que vous faites ; — actuellement vous êles lous deux des menteurs ; — vous vous cachez parmi les arbres — pour manger tous deux de la chair humaine.
Alors le corbeau irrité répondit à l’ermite par cette gâthà :
Le lion et le paon (2) — se nourrissent tous deux de la chair des animaux — qui, auprès de ce vieillard chauve et sans passions, — tour à lour viennent demander qu'il leur sauve la vie.
L’ermite répondit par ces gâthäs :
Sous les arbres ich'ou la puanteur est extrême ; — tous les oiseaux la redoutent — el les troupes de cerfs n'y cherchent pas un abri. — On y a déposé le corps d'un eunuque mort, — el vous, vile engeance, — vous êles venus vous réunir ici — pour vous repaître de ce cadavre d’eunuque. — Cependant vous vous prélendez des personnes supérieures |
(1) Je suppose que Fff est mis ici pour Æ. Les textes du Cheng king sont très incorrects et parfois totalement incompréhensibles (2) C'est-à-dire le chacal et le corbeau.
(Trip, XIV, 5, p. 39 ve.)
Autrefois, en des temps fort lointains, dans un lieu
écarté, plusieurs hommes qui recevaient d’un divin er-
mite (rsi) l’enseignement des cinq pénétrations (abhijnâ), demeuraient là solitaires. Ils s’encourageaient entre eux et se prêtaient une aide mutuelle ; chacun d’eux à son tour allait recueillir des fruits pour en approvisionner (la communauté) et ainsi ils faisaient une économie (de temps et de peine) ; si l’un d’eux tombait malade, les autres le veillaient et le soignaient tour à tour.
Or, il y avait un étudiant (mo-na — mânavaka) qui, toutes les fois que se présentait un cas urgent, s'’esquivait en toute hâte ; si quelque étudiant était dans les embarras d’une difficulté pressante ou d’une maladie, il ne lui donnait jamais ses soins. Un jour que cet étudiant était lui-même en détresse, personne ne le secourut et il resta seul sans aucun compagnon ; une autre fois, il tomba malade et personne ne l’entoura de soins, ni ne lui apporta de fruits pour les lui donner à manger.
Alors, l'ermite doué des cinq pénétrations vit cet homme ;le Ao-chang (upädhyâya) (1) s'aperçut qu’il était dans cette situation et il songea en lui-même: « Cet homme est seul et abandonné, et personne ne le secourt ni ne le protège. » Il fut ému de pitié, alla auprès de lui et lui demanda : «O étudiant (mo-na — mânavaka), au temps où vous étiez bien portant, avez-vous demandé des nouvelles des autres et vous êtes-vous informé (de leur santé) ? N’avez-vous pas des amis intimes ou des amis ? » [l répon-
(1) C'est-à-dire l’ermite.