‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 28 sur 59 · CRISE EN 0 DAC NS · texte numérisé non relu

CRISE EN 0 DAC NS

Autrefois, dans un royaume, il y avait un grand bois dont les arbres atteignaient jusqu’au ciel; personne ne les cassait et ne leur faisait de mal; parmi eux était un dieu des arbres qui comprenait bien la justice et la raison et qui, dans ses actes et sa conduite, était fort différent du vulgaire ; quand des gens accourus de tous côtés, passaient par l'endroit où étaient ces arbres, le dieu des arbres se plaisait à satisfaire leurs désirs ; qu'il s’agit de légumes, de fruits, de bois de chauffage ou d'herbes, il ne regrettait pas (d'en donner); ilabritait et rafraichissait une source qui procurait un grand réconfort à ceux qui y buvaient.

Or, il y eut un oiseau qui vint d’un pays étranger en tenant dans son bec une plante vénéneuse fort pernicieuse ; il passa en volant au-dessus d’un de ces arbres et en profita pour jeter sur lui (cette plante) qui tomba précisément sur les branches supérieures ; le poison envahit peu à peu cet arbre dont une moitié se trouva bientôt desséchée ; alors le dieu de ce bois fit cette réflexion: « Le poison est fort malfaisant ; étant venu tomber sur un arbre, voici que, en un instant, la moitié de cet arbre estdesséchée et

ce n'est pas encore midi; avant que la nuit soit arrivée cela continuera et il sera entièrement desséché; avant que dix jours soient écoulés, je crains que les autres arbres de ce bois ne soient tous détruits. Que faut-il faire pour écarter ce fléau venimeux ? »

Dans l’espace, il y eut une divinité qui lui dit: « Avant que cet état de choses ait duré longtemps, viendra un homme intelligent qui, en allant son chemin, passera par ce bois; vous, prenez l’or qui est caché parmi les arbres et assurez-vous (par ce moyen) les services (de cet homme) pour qu’il arrache cet arbre empoisonné et qu’il en supprime entièrement les racines et la souche de manière à ce qu'il n’en reste rien ; ainsi, vous vous procurerez une tranquillité perpétuelle ; mais si vous n'agissez pas ainsi, avant qu'il fasse nuit l'arbre empoisonné sera complètement desséché, (et le mal) s’étendra à tous les autres arbres du bois. »

Quand le dieu des arbres eutentendu ce conseil, il prit la forme humaine et se tint sur le bord de la route pour attendre (celui qui devait venir); quand cet homme fut arrivé, il lui dit: «J'ai de l'or caché que je vous donnerai, mais je désire que vous arrachiez cet arbre empoisonné et que vous en extirpiez à fond les racines. »

En apprenant qu'il pourrait gagner le trésor de l’importante somme d'or qui était cachée, cet homme donna son consentement et se mit aussitôt à arracher cet arbre et à en supprimer toutes les racines. Le dieu des arbres, fort joyeux, lui donna ensuite l’or qu'il tenait caché ; cet homme l’emporta et sa maison en devint riche. Le dieu des arbres constata avec satisfaction qu'il était parvenu à écarter la calamité du poison, que tous les arbres jouissaient d’une tranquillité constante, que les fleurs et les fruits étaient vigoureux et abondants ; il n’eut plus à se préoccuper desravages du poison et toutes les souffrances (dont il était menacé auparavant) se dissipèrent.

Le Buddha dit: « Le bois représente les trois mondes ; le dieu des arbres représente le Bodhisattva, quand il a concu la pensée de la Bodhi (tittotpâda) ; l'oiseau qui est venu d’un pays étranger en apportant le poison, représente toutes les illusions des choses de Mâra, illusions qui sont produites par le défaut d'intelligence ; le deva dans les airs représente la sagesse parfaite, vraie et équitable du Tathägata. Cela enseigne à tous ceux qui étudient à ne pas suivre les lois de Mâra, mais à se conformer à ceux qui aiment les Bodhisattvas mahäâsattvas et qui agissent avec la même volonté qu'eux ; ainsi on enlève les difficultés qui proviennent de toutes Les peines issues des trois souillures. L’arrachement de l’arbre et la suppression de ses racines symbolise la destruction des ténèbres produits par l'impudicité, la colère et la sottise ; si on n’accomplit pas (cette destruction), on s’enlise dans les trois mondes ; quand on abat soi-même le péché, il n’a plus aucune puissance et alors on sauve tous les êtres des tourments de la naissance et de la mort. Le trésor caché dont un homme a pu être gratifié symbolise le trésor caché de la religion ; les Bodhisattvas mahâsattvas les uns après les autres s’entraident pour le former, de même que les dix mille cours d’eau coulent pour se réunir dans la grande mer. Quand le dieu des arbres se montre joyeux de n'avoir plus aucune inquiétude et retourne demeurer dans les arbres, cela signifie qu’on a pu atteindre à la patience religieuse qui ne nait de rien et qui est grandement miséricordieuse ; grâce à elle, on demeure dans les trois mondes en sauvant universellement tous les êtres. Quant à l’homme qui a obtenu des richesses, qui se réjouit et dont la maison devient opulente cela signifie que lorsqu'on a obtenu les prières magiques (dhârani), les six pâramitäs, le groupe des trentesept (auxiliaires de la Bodhi [Bodhipaksa}), la pratique des sentiments des quatre bienfaisances, les dix forces, les marques distinctes primaires et secondaires, les quatre

choses qui ne sont pas à craindre (vaiçàradya), (en un mot) le calme et la fixité issus de tous les divers principes, constituent alors des trésors sans fin, car la richesse religieuse est illimitée. Quant à celui qui s’en retourne dans sa maison, cela signifie que, lorsqu'on s’est délivré, on retourne dans la région de la pureté primordiale et de la vraie sagesse. Le corps du Buddha, quand il se manifeste, répand universellement la conversion religieuse, éclaire et sauve les êtres dans les dix régions, et il n’est personne qui ne soit touché par ses bienfaits. »

CRD, XIV SD 19 rt)

Autrefois il y avait une tortue royale qui se promenait dans la grande mer et qui allait et venait partout à la ronde pour se divertir. Un jour elle sortit du milieu des eaux qui sont sur le bord de la mer et s’endormit. Son corps était large et long et mesurait soixante /1 sur chaque côté ; or, elle resta là pendant plusieurs jours consécutifs ; elle se reposait sur la terre ferme sans remuer.

Il y eut alors des marchands venus de contrées lointaines qui l’apercurent et qui pensèrent que c'était là un endroit élevé et sec, propice pour s’y établir sur le bord de l’eau. Ces cinq cents marchands, avec leurs chars, leurs chevaux et leurs animaux domestiques qui se comptaient par plusieurs milliers de têtes de bétail, s'arrétèrent tous sur (la tortue) ; pour préparer leur repas en le faisant cuire, ils cassèrent du bois sec et allumérent du feu: ils donnèrent à manger à leurs bœufs et à leurs chevaux, à leurs mules, à leurs ânes et à leurs chameaux; ils allaient de-ci et de-là, se couchaient ou se levaient.

Cependant, la tortue royale, sentant tout à coup sur son

corps la brûlure du feu, se mit soudain à s'agiter ; elle se déplaça donc pour entrer en toute hâte dans la grande mer ; elle allait tantôt à l'Est, tantôt à l'Ouest, sans que la douleur que lui causait le feu prit fin. En voyant cela, les marchands pensèrent que la terre se déplaçait et que

l'eau de la mer débordait ; ils se désolaient et gémissaient

sur leur mort qui était maintenant certaine sans qu'ils sussent à quel moyen recourir. La tortue, éprouvant des souffrances intolérables, enfonça son corps au milieu de l’eau profonde et fit périr en les noyant cette multitude: d'hommes, dont les bœufs, les chevaux et les autres animaux domestiques périrent en même temps qu'eux.

(Le Bodhisattva développe longuement devant ses disciples le sens caché de cette parabole : les marchands, ce sont les hommes qui se trouvent dans les trois mondes; les deux côtés de la tortue, qui ont chacun soixante !r, symbolisent les deux séries de six sortes de concaténations dont l’ensemble forme les douze causes ; etc.

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Autrefois il y avait un chef de famille qui se plaisait à empoisonner les gens; quand il avait empoisonné quelqu'un, la richesse affluait chez lui ; c'était là un effet produit par les rétributions de ses existences antérieures. Tout le royaume le détestait et nul n’osait venir pour en-

(1) A la suite de cette histoire on en lit une autre toute semblable, & cette différence près que la tortue, qui a un cœur compatissant, à soir de ne s’enfoncer dans l'eau que juste autant que cela est nécessaire pour éteindre le feu; elle ramène ensuite les marchands sains et saufs sur le rivage.

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