‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 29 sur 59 · IE · texte numérisé non relu

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tretenir des relations avec lui, car on craignait d’être misen péril et d’être tué ; aussi tout le monde le tenait-il à distance.

Quand ïilse mit à chercher une femme pour son fils, personne ne voulut lui donner (sa fille), car les gens s'avertissaient l’un l’autre disant: « Cet empoisonneur est le plus haïssable des hommes ; il ne se conforme pas à la justice et à la raison et il désire faire perdre la vie aux autres. Si nous nous allions à lui par mariage, comme il ne sait plus sur qui pratiquer ses empoisonnements, c'est nous qu'il viendra donc mettre en péril. C’est pourquoi tenonsnous éloignés de lui comme nous nous écarterions de brigands redoutables. Encore quand les brigands se battent avec nous, on s'applique réciproquement des coups de poing et il y a un vainqueur et un vaincu; tandis qu’un empoisonneur nous donne silencieusement (son poison) et brusquement nous sommes en proie à ce mal sans que notre vie puisse être sauvée. » Ainsi tous se faisaient savoir cela l’un à l’autre ets’éloignaient de cet homme pour n'avoir aucun rapport avec lui.

Cet homme se trouva dans un embarras extrême; il avait cherché partout une femme pour son fils, mais nul n'avait voulu lui en fournir une ; il se rendit donc à plus de mille /: de là dans un royaume étranger afin de demander une femme pour son fils; comme il était riche et qu’en outre il occupait une haute situation, alors que le père de la future jeune femme était pauvre et qu’en outre il était dans une humble condition, celui-ci, par avidité, lui donna sa fille, comme s’iln'eüt pas été un empoisonneur ; (empoisonneur) lui donna des richesses en quantité plus considérable (qu'il n'était tenu de le faire); puis il vint chercher la femme; quand celle-ci fut dans sa nouvelle famille, elle accomplit les rites en observant toujours toutes les cérémonies ; elle ne manquait point aux obligations d'une épouse, et, tant dans la maison qu’au dehors, observait son devoir.

En ce temps, dans la famille (de l’empoisonneur), on éprouva des pertes qu'on ne put compenser ; il fallut recourir au mal de l'empoisonnement pour obtenir la richesse. Le beau-père et la belle-mère dirent à la jeune épouse : « Nous vous ordonnons de tuer en l’empoisonnant telle personne ; c’est là une pratique ancienne de notre famille ; il faut vous y conformer. » En entendant ces paroles, la jeune femme fut saisie de chagrin et dit à son beau-père et à sa belle-mère : « Ma famille pratique la bienveillance et n’a jamais fait de mal aux autres ; je ne me charge point d’empoisonner et subirais plusieurs morts plutôt que de commettre un tel crime, » Son beaupère et sa belle-mère lui reprochèrent en l’injuriant de se refuser à recevoir leurs instructions ; ils dirent alors au dieu du poison: « Maintenant nous avons pris chez nous cette épouse ; mais elle n’applique pas les drogues empoisonnées pour faire le mal aux hommes et elle se refuse à nous obéir ; que faut-il faire ? » Le dieu du poison leur répondit: «Je saurai bien la changer et faire en sorte qu’elle ne s'oppose plus à vos instructions. » Le dieu du poison alla donc sous la forme d’un serpent venimeux et accourut auprès de la jeune épouse; celle-ci eut peur et ne sut où aller ; parfois il se montrait sur sa tête ; quand elle mangeait, il se montrait devantelle; quand elle buvait, il apparaissait dans la tasse; quand elle se couchait, il apparaissait sur le lit; quand elle marchait, il la poursuivait. Saisie de frayeur, la jeune épouse ne savait où aller; elle maigrit au point de n être plus qu'un squelette ; elle ne pouvait plus boire ni manger. Le dieu du poison lui intima l'ordre de se livrer aux pratiques d'empoisonnement en lui promettant (si elle obéissait) de la laisser tranquille. Comme elle était à bout de forces et ne savait que faire, elle consentit à suivre son avis.

Sur ces entrefaites, un homme qui avait été son voisin dans son pays d'origine arriva dans cette ville ; il vit que

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la jeune femme avait maigri et était inquiète ; il en fut effrayé et lui en demanda la cause. La jeune femme lui exposa toute l'affaire en lui disant: « Quand vous serez retourné auprès de ma famille, racontez mon cas à mon père et à ma mère en les invitant à venir promptement me chercher ; sinon, ma mort est certaine. »

A son retour, l’homme fit un récit complet ; en l’entendant, le père et la mère furent saisis de chagrin et tout troublés. Le père prépara son char, attela ses chevaux et alla en toute hâte chercher sa fille. Quand il fut arrivé dans ce pays, il dit aux beaux-parents de sa fille : « La mère de notre fille se lamente en songeant à elle jour et nuit; elle m'a donc envoyé la chercher; permettez-leur de se revoir ; avant qu'ilsoit longtemps je vous ramènerai (votre bru). » Les beaux-parents ayant autorisé le départ, le père s’en retourna en emmenant sa fille avec lui et dit alors aux beaux-parents : « Votre famille se livre à des pratiques d'empoisonnement; je vous enlève votre bru et ne vous la rendrai plus. Si vous entrez en contestation avec moi, il ya des magistrats et des lois pour déterminer si vous devez obtenir gain de cause ou non, et cela attirera sur vous le malheur de l’extermination de toute votre famille ; si vous ne voulez pas qu'il en soit ainsi, renoncez à pratiquer l’empoisonnement et je vous rendrai la jeune épouse. »

Le beau-père et sa femme délibérèrent entre eux, en disant: « Cette jeune épouse est si belle qu'on en voit rarement de telles dans le monde ; il ne faut pas l’abandonner ; mieux vaut renoncer aux pratiques d’empoisonnement. D'ailleurs, si les magistrats venaient à en être informés, nous serions en danger mortel. » Ils cessèrent donc de pratiquer l’'empoisonnement et firent (avec le père de la jeune femme) une convention jurée pour s'engager à ne plus être en faute ; ils renvoyèrent le dieu du poison et leur famille jouit alors du calme.

(Suit l'explication de ce conte comme une allégorie dont le sens est fourni par la religion bouddhique.)

(Trip., XIV,5, pp. 45 vo-A6 v°.)

Autrefois il y avait un homme dont le père était mort prématurément ; il était donc devenu orphelin dès son jeune âge et demeurait seul avec sa mère. Il ne reçut pas une bonne éducation ; chez lui et au dehors il n’observait pas les règles ; il ne s’attachait pas aux principes de convenances ; il violait les enseignements consignés dans les écrits des anciens sages et ne voulait ni s’instruire nifaire des recherches pour recevoir la doctrine des livres saints; mais avec une foule de gens ignorants et stupides dont il faisait ses compagnons, il buvait et jouait, se conduisait avec arrogance et ostentation et avait des dehors sous lesquels ne se cachait aucune qualité intérieure ; se laissant aller à ses passions, il avait une conduite perverse qui insultait le ciel ; sans piété filiale et sans obéissance, il ne pratiquait pas la vertu et ne rectifiait pas son cœur ; il ne faisait pas son devoir et ne maintenait pas sa dignité ; dans ses actes, il commettait toutes sortes de péchés ; dans ses paroles, il prononçait des grossièretés et des violences ; dans ses pensées, il songeait à nuire. Il ne se préoccupait pas des instructions que lui avait laissées son père qui l’avait engendré; il ne s’occupait que d’actions mauvaises et perverses. Sa mère en était désolée ; aussi voulut-elle le morigéner et lui montrer les plus profonds principes de la convenance et de la morale pour qu'il changeât de sentiments et de conduite, pour qu'il veillât sur ses actes et fût attentif à ses paroles, pour qu'il obser-

vât les précéptes des anciens sages, pour qu’il mit en pratique les règles instituées par son grand-père et son père à qui il devait le jour, pour qu'il reçût avec respect la doctrine sublime de l’Honoré du monde. Alors donc, avec des intentions bienveillantes, elle lui exposa les merveilleux oo puis elle s’adressa à son fils en ces termes :

O mon fils, agissez ae avec affabililé ; — prenez pour amis des gens de bien; — pratiquez sans cesse la concilialion ; — observez constamment la conversion produite par la vraie Lou.

Le fils demanda à sa mère :

Si j'agis toujours avec affabililé, — à quoi cela me serviratul? — Si je prends pour amis des gens de bien, — quel avantage en relirerai-je ? — Si je pratique sans cesse la conciliation, — pourquoi le ferai-je? — Si j observe constamment la conversion produite par la vraie Loi, — quel bienfail en éprouverai-je ?

La mère répondit à son fils :

Si vous agissez toujours avec affabilité, — tous les hommes vous aimeront et vous honoreront. — Si vous vous liez avec des amis qui soient des gens de bien, — vous serez. ferme el rien ne pourra vous ébranler. — Sivous pratiquez sans cesse la conciliation, — vous vous procurerez de grandes richesses. — Si vous observez constamment la conversion produile par la vraie Loi, — quand votre vie sera lerminée, vous naïtrez dans les cieux.

Le fils dit alors à sa mère : « Excellentes sont vos instructions, Ô ma mère ; vos enseignements sont supérieurs à tout; vos préceptes sont sans limites ; sublimes et immenses, on ne saurait les louer suffisamment. Je vivais depuis longtemps dans la stupidité et dans lés ténèbres;

tournant le dos à votre bonté, je me dirigeais vers Ferreur;

mon inintelligence était extrênie. Je me laissais décevoir

par les formes extérieures et j'étais influencé par diverses.

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personnes. Je me croyais habile ét sage; j'appélais clair ce qui n’était pas clair ét exact ce qui n’était pas exact. Je ne distinguais pas ce qui a de la valeur dé ce quin’ena pas. Malgré les sages lecons de ma mère, je méprisais le bien et estimais le mal et je n’avais aucune piété filiale et aucun Soin pour vous ; malgré la vertu de ma tendre mère, je rejetais ce qui est réellement bon pour rechercher les choses vaines et je prenais pour compagnons des gens stupides. Ainsi je suis arrivé à ce degré de folie dont j'étais affecté chaque jour davantage. Mais, grâce à la conversion que vous m'avez fait opérer, vous m'avez rendu manifestes la douceur et la bonté; vous avez répandu sur moi une bienfaisante influence de commisération ; ce principe fécond, je le ferai prospérer et grandir de manière à ce qu’il pénètre les dix régions du monde. Le peu que vous m'avez appris, je le recoiset je l’accepte en me prosternant ; je ne me permettrai point de le négliger ou de l’oublier. » Le fils remercia en se prosternant le front contre terre et se mit à suivre les ordres de sa mère sans jamais s'en écarter.

Ce fils, agissant suivant la Loi, se conduisit toujours avec affabilité et tous les habitants du royaume l’honorèrent ; 1l choisit des gens de bien pour ses amis et personne ne put lui faire de tort; il pratiqua sans cesse la conciliation, réunissant ceux qui était désunis et mettant d'accord ceux qui se querellaient ; c’est pourquoi il reçut des présents considérables et eut des richesses immenses ; il se soumit au Buddha en se prosternant, observa les cinq défenses et accomplit les dix actions excellentes ; c’est pourquoi les devas le protégèrent. oh

Le souverain du pays en fut informé et l'appela pour qu'il fût son premier ministre. Le roi lui dit: « J'ai entendu parler de votre conduite vertueuse dont tout le royaume est enchanté. C’est pourquoi je vous nomme à une fonction officielle ; dans le royaume il n’y a pas de

bon ministre; soyez donc mon excellent conseiller afin que le pays soit tranquille et que les royaumes étrangers des quatre points cardinaux viennent se soumettre à notre vertu. Vous, de votre côté, vous serez couvert de gloire. »

Cet homme répondit : « Je consentirais bien, car je ne me permettrais pas de vous résister, à saint roi; mais je crains que ma faible vertu ne puisse pas vous assister dans vos actes illustres, ce dont je serais plein de honte ; si je viole vos sages instructions, le peuple en aura du ressentiment; voilà pourquoi je me fais des objections et je n'ose pas accepter le poste que vous me proposez. »

Le roi lui dit : «J'ai vu par vos paroles et vos actes, par vos manières et par votre démarche que vous pourrez réellement vous acquitter de cette tâche et c’est pourquoi je vous ai mandé. » Cet homme ayant alors gardé le silence, al fut nommé premier ministre.

Le roi lui dit ensuite : « Le roi de tel ou tel pays était à l’origine mon ami ; nous étions si amis que nous n’étions plus deux, mais que nous formions comme une seule personne. Cependant, à cause de racontars, nos deux têtes se sont disputées, ce qui a amené la désunion de nos corps. Les années, les mois et les saisons se sont accumulés, chacun de nous restant abandonné et embarrassé sans que personne püt résoudre la difficulté. Je désire que vous alliez en personne pour rétablir l'harmonie comme auparavant. Je vous donnerai de grandes richesses et de hautes dignités. »

Cet homme déclara qu’il y consentait. Il prit alors toute sa fortune pour préparer des aliments exquis et pour emporter avec lui des objets précieux, puis il se rendit dans ce royaume. Il s’agenouilla devant le roi et lui présenta des excuses en ces termes : « Quoique je sois d’une condition obscure, la faveur céleste a fait que mon roi m'a envoyé comme ambassadeur pour apporter ces boissons et ces aliments, cet or et cet argent et ces objets

précieux dont il vous fait présent. Précédemment, par erreur il a agi comme iln'aurait pas dû le faire et a perdu vôtre amitié ; la séparation qui en est provenue a duré plusieurs années ; il en est couvert de honte et de confusion \; il marche lentemént et n’a plus de contenance. C’est pourquoi:il vous envoie ces présents en vous priant de lui pardonner son offense et d’excuser sa faute. »

En entendant ces paroles, l’autre roi éprouva de la joie dans son cœur et, à son tour, il s’accusa lui-même, disant : « Depuis longtemps j'avais le désir d'arriver à une réconciliation ; mais je n’avais personne à envoyer. Cela a été cause que votre roi a conçu l'idée de venir le premier s’excuser. C’est là un effet de ma négligence, » Il prit alors en main un pinceau et écrivit cette lettre pour répondre : « Comme notre séparation durait depuis plusieurs années, je ne pouvais vous parler face à face ; constamment je songeais à notre ancienne amitié; au jour où nous avons renoncé à notre affection et où la désunion s'est mise entre . nous, je ne pouvais vous atteindre là où vous étiez allé ; je ne pouvais vous voir puisque nous nous étions brusquement délaissés. Mais vous m'avez envoyé un sage ministre qui m’a fait de magnifiques présents pour m'offrir vos excuses; puisque vous avez pu concevoir cette idée de venir à moi, je ne saurais jamais l'oublier ; je désire que nous ayons une entrevue pour dissiper nos anciens dissentiments. Maintenant, je vous envoie tous les joyaux que je possède afin que leur valeur vous apporte les humbles sentiments que je vous exprimerai lorsque nous nous parlerons face à face. »

Quand l’autre roi reçut cette réponse, il en eut une joie immense ; au jour fixé pour la réunion, les deux rois tout joyeux prirent grand plaisir à être ensemble ; ils considérèrent que les torts qu'ils avaient eus à l’origine l'un contre l’autre ne valaient pas la peine qu'on en parlât, et que les fautes qui en étaient résultées avaient produit de

grand maux. Ils se traitèrent donc'en princes amis; ils eurent l'un pour l’autre une affection sincère et des senti: ments dévoués ; ils s'aidèrent avec empressement et Se secoururent mutuellement; quant au ministre qui Héur avait servi d’ambassadeur, sa gloire fut d’üuité réalité (1) qu'on ñe saurait évaluer etses dignités furent auügmentées.

Ro | .

(Trip., XIV, 5, p. 53 v°.)

Autrefois, dans un temps fort lointain, il y avait un homme nommé A-yi-chan-ich'e (Âhitundika) qui était un dresseur de singes; il enseignait à son singe des façons de se mouvoir, des tours d’adresse et des bouffonneries ; cela réjouissait fort la populace ; à cause de ces tours d'adresse, des gens innombrables étaient tous charmés et admiratifs ; de loin et de près ils accouraient pour voir ces tours d'adresse, et, grâce à leur générosité, (le maître du singe) empochait beaucoup d'argent. Cet A-yi-chan-tch'e, par les singes qu'ilavait eus les uns après les autres, obtenait ainsi des dons nombreux; cependant il battait (ces animaux) et les frappait de la main et du pied. Un jour, cet homme étant entré dans la ville avec son singe, l’attacha à un pieu. et le battit fort cruellement en l’injuriant et en l’humiliant ; en cette occasion, le singe parvint secrètement à s'échapper par ruse et courut se réfugier dans la montagne où il s'établit solitaire dans un endroit écarté ; non loin de là était un ermite en qui il chercha un appui et il se fixa là ; il allait récolter des fruits et des graines qu'il offrait à l’ermite, après quoi il s’en nourrissait lui-même. (1) J'adopte la leçon qui est celle des éditions des Song, des Yuan

et dés Ming.

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A-yi-chan-tch'e, apprenant qu'il s'était sauvé dans tel endroit désert de la montagne, envoya des gens en les chargeant de l'appeler pour qu'il revint. Le singe refusa (de

venir) et, se tenant à distance il fit cette réponse : « Main-

tenant je songe encore qu'on m'a auparavant fort maltraité et qu’on m'a fait subir toutes sortes de souffrances qu'il serait difficile de mesurer ; dans la génération précédente, mon père qui n'avait jamais commis aucune faute s’est vu tourmenter ; ila été insulté d’une manière inexprimable ; c'est pourquoi maintenant j'ai couru me réfugier dans la montagne. » Alors A-yi-chan-tch'e alla lui-même dire au singe : « Revenez chez moi. » Mais le singe ne soufflait mot et se refusait (à venir). L’ermite répondit (à A-yi-chanich'e « Vous devriez de votre côté lui pardonner et le laisser tranquille. » (A-yi-chan-lch'e) répliqua à l’ermite: « Je le laisserai tranquille. » L’ermite répondit : « Comment pourriez-vous le faire venir de force ? Adressez-lui des exhortations en l’encourageant peu à peu, etalorsil ira ; si vous prétendezlefaire venir deforce, peut-êtreneréussirez-vous pas. » Cethomme répondit : « Si vous aviez un moyen par lequel vous vous proposeriez dele faire venir, je m'enirais; mais puisqu'ilrefuse d’aller (vers vous), j'aviserai moi-même à un procédé (pour l’attirer). » Alors il chanta cette gâthà (en s'adressant au singe):

Vous êles sage, doux etbon,— comme le cerf quand ilest dans sa retraite cachée ; — si vous descendez des branches de cet arbre, — vous pourrez ne pas mourir de faim et de soif.

Le singe répliqua par ces gâthâs :

Vous n'avez pas élé bon pour celui qui m'a engendré. — Je connais mon propre caractère ; — d'où vient celle opinion — qu'un singe est doux el sage? — Je vais de tous côlés — el je n'ai point encore de pensées régulières el tranquilles. — Si j'ai un maitre pervers, — il ne pourra jamais corriger mon esprit. — Maintenant je me remémore —

que vous, maîlre A-yi-chan-lch'e, — vous m'avez amené dans la ville, — que vous m'avez attaché à un pieu et que vous m'avez infligé de cruels tourments. — Mainlenant encore je ne l'ai point oublié, car vous m'avez battu fort douloureusement. — Puisque j'ai oblenu mon indépendance, — je ne saurais plus aller me soumettre à vos tortures.

CPrbAXINS 6 pre)

Autrefois, il y a de cela des générations innombrables, il y avait un brahmane ; son épouse se nommait Fleur de lotus (Utpalâ) ; elle était d’une beauté fort remarquable et son visage était merveilleux ; elle était la première des femmes par ses formes ; rarement on en voit de telles dans le monde; on aurait difficilement égalé sa renommée et sa vertu. Ce brahmane avait une servante qu'il introduisit dans son intimité; il était plein de prévenances pour elle et ne témoignait aucun respect à son épouse Fleur de lotus qu'il ne prenait point plaisir à voir; il suivait au contraire les avis de la servante.

Il emmena son épouse hors de sa demeure et alla avec elle dans la montagne ; il monta sur un arbre yeou-l’an-po (udumbara), et se mit à cueillir tous les fruits mûrs, qu’il prenait et mangeait ; il rejetait tous les fruits verts pour les donner à son épouse ; celle-ci lui demanda: « Pourquoi mangez-vous seul les fruits mürs et jetez vous en bas ceux qui sont verts pour me les donner ? » Son mari lui répondit: « Si vous désirez avoir des fruits mürs, pourquoi ne montez-vous pas sur l’arbre pour les prendre vousmême ? » Son épouse répliqua : « Puisque vous ne m'en donnez pas, je ne pourrai pas en avoir (autrement) ; j'obéi-

rai à votre ordre. » Elle monta donc sur l'arbre. Quand son mari la vit sur l’arbre, il en descendit aussitôt et accumula tout autour de l’arbre toutes sortes de broussailles épineuses pour l'empêcher de descendre et la faire rester sur l'arbre ; ill'abandonna et s’en alla, voulant ainsi causer sa mort. |

Sur ces entrefaites, le roi du pays, qui était sorti accompagné de tous ses ministres pour aller à la chasse, vint à passer au pied de cet arbre ; il apercut cette femme d'une beauté si remarquable et d’un visage si merveilleux qu'on en voit rarement de tels dans le monde ; il lui demanda qui elle était et d’où elle venait; elle raconta donc en détail à ce roi toute son aventure ; le roi, voyant que cette femme avait toutes les qualités féminines sans présenter la moindre tare, se dit que ce brahmane était un imbécile et un sotet qu’il n’était pas digne du nom d’homme puisqu'il ne savait pas honorer une telle femme et trouver en elle son plaisir; il écarta les épines et emmena (cette femme) dans son char ; quand il fut arrivé dans son palais, il la nomma reine. Cette reine était sage et intelligente ; elle avait une habileté de parole qu'il eût été difficile d'égaler ; elle employait constamment le damier et les six tablettes pour faire des dessins et des combinaisons qui gagnaient à coup sûr ; toutes les femmes qui, de loin ou de près, venaient jouer aux dames avec elle étaient aussitôt vaincues par elle et nulle ne pouvait lui tenir tête.

Or, le brahmane, ayant appris que ce roi avaitune reine fort belle et habile au jeu de dames, que tous ceux qui venaient étaient battus par elle et devaient s’avouer vaincus sans qu'aucun d'eux püût triompher, se dit en luimême : « Ce doit être mon ancienne épouse et personne autre. En effet, mon ancienne épouse était de première force au jeu de dames. » Le brahmane était d’ailleurs luimême fort habile au jeu de dames ; il voulut se rendre auprès du roi pour montrer son talent. En ce temps, la

reine apprenant la venue d’un brahmane fait de telle et telle façon, ayant tel visage, telle taille et telle figure, se dit en elle-même: « C’est mon ancien mari. » Le brahmane, étant arrivé à la porte du palais, le roi le fit venir en sa présence et on le mit à l'épreuve en le faisant jouer aux dames (avec la reine) à distance, un homme étant chargé de nommer les pièces d'ivoire (1). Alors le brahmane chanta cette stance :

Ses cheveux sont beaux el longs de huit pieds ; — son visage est comme s’il était peint ; — pour la douceur elle est la première ; — doit-elle encore se souvenir des fruits mars ?

La reine répondit par cette gâthà :

Autrefois une servante élait la maîtresse ; — en elle il plaçait son affection ; — pour les honneurs qu'on lui rendait, elle était la première ; — pour ravir (à une autre ce qui lui élait dû), elle était la première.

Le brahmane répliqua derechef à la reine par cette gâthà :

Allons demeurer à l'écart dans le séjour des nâgas, — là où les nägas et les éléphants prennent constamment leurs ébats, — et en ce lieu livrons-nous ensemble au plaisir. — Devez-vous encore vous souvenir des fruits mürs ?

La reine répondit au brahmane par cette gâthà :

Vous mangiez seul les fruits mûrs, — el vous me jeliez les fruits verts ; — c'est pour quelque cause provenant d'une existence antérieure, — que j ai élé ainsi dépouillée par vous, Ô brahmane.

Alors le brahmane concut des regrets dans son cœur ; il se fit d'amers reproches, mais son repentir ne servit à rien. j

(1) Le brahmane et la reine étaient éloignés l’un de l’autre; un person-

nage intermédiaire les mettait en relations en annonçant les mouvements que chacun d’eux faisait sur le damier avec les tablettes en ivoire.

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