‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 30 sur 59 · EXTRAITS DU KING LU YI SIANG · texte numérisé non relu

EXTRAITS DU KING LU YI SIANG

(ERA NNEXNE SD 02%)

Le Buddha se trouvait à Lo-yue (Râjagrha) dans le jardin de bambous de Jeta ; il y avait alors quatre frères, issus d'un personnage de haute caste, qui avaient perdu de bonne heure leur père et leur mère et qui se disputaient la possession de l'héritage ; ils aperçurent Chô-li-fou (Câriputra), et, tout joyeux, lui demandèrent: « Nous souhaitons que vous prononciez sur ce cas et ensuite nous ne nous disputerons plus. » Chô-li-fou (Gäriputra) leur dit: « Fort bien; j'ai un grand maître, le Buddha, qui est plus digne d'honneur que n'importe qui dans les trois mondes. Suivez-moi et revenons à l’endroit où se trouve le Buddha; certainement vous obtiendrez la solution (de votre différend). » Ils suivirent donc Chü-li-fou (Càriputra) et revinrent avec lui. Le Buddha, voyant de loin ces quatre hommes, se prit à rire en émettant un éclat des cinq couleurs. Les quatre hommes rendirent hommage au Buddha et lui dirent: « Nous sommes stupides; nous souhaitons que le Buddha prononce une parole décisive afin que nous ne nous disputions plus. » |

(1) Le Xing lu yi siang (Nanjio, Catalogue, n° 1473; est un recueil d’extraits des livres saints qui a été compilé en 516, sous la dynastie des Leang par Seng-ming, Pao-tch'ang et d’autres. Quoique Florigine de chaque texte soit indiquée, il est souvent difficile de remonter à la source, soit parce que certains livres ont disparu, soit parce que ce serait une tâche fort longue de rechercher un court récit dans Lel ou tel volumineux ouvrage où il est enfoui.

208 KING LU Yi SIANG (N° 439)

(Le Buddbha leur dit :) « Autrefois il y avait un roi nommé Wei-leou; son corps souffrant d’une maladie, il fit venir un médecin qui l’examina et (prescrivit) de composerune drogue pour laquelle il fallait employer du lait de lionne. Le roi adressa aussitôt un appel (à son peuple, en disant que), si quelqu'un se procurait (de ce lait), il lui donnerait la moitié de son territoire et lui ferait épouser sa plus jeune fille. Il y eut alors un pauvre homme qui déclara : « Je suis capable de m'en procurer. » Le roi l'ayant autovisé (à tenter l’entreprise), cet homme qui était habile et. ingénieux, commença par rechercher l'endroit où se tenait une lionne, puis, avec un mouton qu'il avait tué et plusieurs dizaines de boisseaux de vin de raisin, il se rendit dans cette montagne ; il épia le moment où la lionne était sortie et déposa dans son repaire le mouton tué ainsi que le vin de raisin. (A son retour), la lionne vit le vin et la chair ; elle se mit à boire et à manger et s’endormit complètement ivre. (Notre homme aussitôt) s’avança, lui tira du lait et s’en revint tout joyeux. Avant qu'il fût revenu dans son pays, comme le soir était venu, il s'arrêta pour la nuit dans un village. Or un arhat s’y était aussi arrêté et se trouva passer la nuit en compagnie de cet homme. Celuici, en poursuivant la lionne, avait parcouru un chemin difficile ; il s'était endormi, le corps épuisé, et il n’avait plus du tout sa connaissance. Le religieux apercçut les six organes (1) de son corps qui contestaient entre eux sur leurs mérites respectifs ; le génie des pieds disait : « C’est grâce à moi qu'on est arrivé jusqu'ici et qu’on a pris le lait. » Le génie des mains disait à son tour : « C’est grâce à nous, les mains, qu’on a tiré le lait. » Le génie des yeux disait aussi: « C’est grâce à moi qu’on a vu (la lionne). » Le génie des oreilles disait de son côté : « C’est grâce à ce que j'ai entendu le roi demander du lait que je vous ai

(1) Dans la suite du récit on ne trouve mentionnés que cinq organes.

amenés tous ici. » Le génie de la langue dit alors : « Vous contestez en invoquant de vaines raisons ; ce mérite me revient. Maintenant votre mort ou votre vie dépend de moi. » (Le lendemain), cet homme, apportant le lait, vint auprès du roi et lui dit: « Je me suis maintenant procuré du lait de lionne ; il est là-dehors. » Le roi dit: « Que c’en soit véritablement ou non, présentez-le moi. » À peine le roi avait-il vu le lait, que la langue dit : « Ceci n’est pas du lait de lionne ; c'est simplement du lait d’ânesse. » En entendant ces mots, le roi fut très irrité et dit: «Je vous avais chargé de prendre du lait de lionne et vous me rapportez du lait d’ânesse. » Il voulut donc faire périr l’homme. Cependant le religieux qui avait passé la nuit auprès de l’homme eut alors recours à ses facultés surnaturelles pour arriver aussitôt devant le roi; il lui déclara : « Ceci est vraiment du lait de lionne. J’ai passé la nuit dans un village avec cet homme au moment (où il venait de se le procurer); j'ai vu les six parties de son corps contester entre elles sur leurs efforts méritoires ; la langue a dit: « Je m'opposerai à vous. » C’est maintenant effectivement ce qu’elle a fait. Que le roi prenne seulement ce lait pour le mêler à sa médecine et il guérira certainement de sa maladie. » Le roi ajouta foi aux paroles de l’arhat et se servit du lait pour composer sa médecine ; il donna sa fille en mariage à cet homme et en même temps il lui conféra un territoire, conformément à l'engagement qu'il avait pris au début. Le religieux dit au roi: « Si (tels sont les maux qui sont produits quand) les organes du corps d’un seul homme sont en opposition entre eux, combien plus (graves seront les maux quand la dissension se produira) entre des hommes différents. » Alors celui qui s'était procuré le lait, ayant recu du religieux ce bienfait, demanda à devenir cramana ; son intelligence se dénoua etil obtint la sagesse d’arhat; le roi aussi fut alors joyeux; il recut les cinq défenses et obtint la sagesse de sortäpanna, » LUE 14

210 KING LU Y1 s1ANG (N° 439-440)

Quand les quatre hommes eurent entendu ce récit, leur intelligence se dénoua ; il implorèrent aussitôt du Buddha (la faveur) de devenir bhiksus ; le Buddha, sans rien dire, leur toucha la tête de sa main : leurs cheveux tombèérent et le käsàya revêtit leur corps ; leurs attachements mondains se rompirent et leurs souillures disparurent.

Ânanda demanda : « Quel mérite ont eu autrefois ces quatre hommes pour que maintenant ils aient entendu les livres saints, aient aussitôt été éclairés et aient obtenu promptement de devenir achat? » Le Buddha répondit : « Autrefois, au temps du Buddha Mo-wen, Chü-li-fou (Câriputra) était un bhiksu et ces quatre hommes étaient des marchands ; tous ensemble firent don d’un kâsâya à Chô-li-fou (Càriputra) ; celui-ci prononca le vœu magique de faire en sorte que, dans une vie ultérieure, ces hommes obtinssent promptement d’être sauvés ; maintenant c’est par l'entremise de Chü-li-fou (Câriputra) qu'ils ont en effet obtenu d’être sauvés. »

(Trip, XXXNVL3;p.'46v°)

Dans un royaume étranger il y avait un cramana qui, en allant mendier, arriva chez un marchand de perles. Le maître de la maison lui prépara de la nourriture à manger. Or, il possédait une grande perle valant plus de cent mille pièces de monnaie ; il la rapporta et la placa à côté du çramana ; à ce moment un perroquet apparut soudain et l'avala ; le maître de la maison ne l'avait pas vu faire; aussi interrogea-t-il le çramana qui répondit qu'il n'avait pas pris la perle; le maitre de la maison lui demanda : « Y a-t-il eu ici quelque autre homme ? — Non », dit

l’autre. Le maître de la maison reprit, irrité : «Je venais d'apporter cette perle ; puisqu'il n’y a eu ici aucun autre homme que vous et puisque vous dites que vous ne l'avez pas prise, où est maintenant la perle ? » Il se mit alors à battre le cramana dont le sang jaillit et coula à terre, mais le çramana continuait à dire : «Je n’ai pas caché la perle. » Au bout d’un instant, le perroquet vint pour boire le sang qui était à terre ; il se rencontra avec le bâton et tomba mort. Comme {le maître de maison) voulait lever la main pour donner encore des coups au çramana, celui-ci lui dit: « Arrêtez et écoutez ce que j'ai à vous dire : c'est ce perroquet qui l’a avalée. » On ouvrit alors le perroquet et on trouva la perle. Le maître de la maison demanda au çramana : « Pourquoi ne l’avez-vous pas déclaré plus tôt et avez-vous fait que les choses se soient passées ainsi? » Le çramana répondit : « J’observe les défenses du Buddha et je ne saurais tuer des êtres vivants ; malgré mon désir de vous déclarer ce qui en était, je craignais de causer la mort du perroquet. Maintenant que le perroquet est mort, je vous le dis; mais, si le perroquet vivait encore, vous m'auriez frappé jusqu'à me faire périr sans que jamais je vous eusse révélé (où était la perle). » Le maitre de la maison se fit alors des reproches, se repentit de sa faute et prononça des excuses ; le çramana ne S'APLITA pas et l'air de son visage ne changea point.

Page 1