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CÉRIDRNDERN I De Sr) En ce temps, dans la ville de Chôü-wei (Grävasti), il y
avait un brahmane de grande famille nommé Ye-Jo-la (Yajñadatta) qui était extrémement riche. Une de ses ser-
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vantes esclaves était nommée ÆJouang-leou (Tête jaune) ; elle avait constamment la garde du jardin des mo-lo (mälà, guirlandes). En ce temps, cette servante s’affligeait toujours et disait : « Quand échapperai-je à cette condition d’'esclave ? » Un jour, cette servante, après le lever du soleil, avait reçu sa part de nourriture en aliments secs et l'avait emportée pour se rendre dans le jardin. Au même moment, l'Honoré du monde entrait dans la ville pour mendier sa nourriture. La servante Houang-l'eou aperçut de loin le Tathâgata et elle pensa dans son cœur : « Ne vaudrait-il pas mieux que je prenne ces aliments secs pour les donner à ce çramana ? peut-être pourrais-je être délivrée de cette condition d’esclave. » Elle donna donc ses aliments en présent au Buddha ; l’'Honoré du monde les accepta avec bonté et compassion, puis il revint dans son ermitage. Alors la servante Houang-l'eou continua sa route et entra dans le jardin des mo-lo. Or, le roi Po-sseu-ni (Prasenaijit), avec un cortège imposant de soldats des quatre sortes, était sorti pour chasser; les gens de sa suite s’éparpillèrent en galopant à la poursuite de troupeaux de cerfs; il faisait fort chaud; (le roi) aperçut de loin le jardin des mo-lo ; il renvoya donc son char et entra à pied dans le jardin. Houang-leou vit venir de loin Po-sseu-nt (Prasenajit), qui, par sa démarche etses mouvements, ne paraissait pas être un homme ordinaire; elle s’avança aussitôt pour l’accueillir en lui disant : « Soyez le bienvenu, grand homme et veuillez vous asseoir ici. » Elle ôta alors un de ses vêtements qu’elle étendit à terre pour faire asseoir le roi. Aouang-Feou lui demanda : « Peut-être avez-vous besoin d’eau pour laver vos pieds? » Le roi ayant donné son assentiment, elle prit de l’eau qu’elle présenta au roi, puis elle lui essuya les pieds. Elle lui demanda encore: « Désirez-vous vous laver le visage? » Elle offrit donc pour la seconde fois de l’eau au roi pour qu'il se lavât le visage. Elle lui demanda encore : « Voulez-vous boire ? »
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Puis elle alla vers l’étang, se lava les mains, prit une belle feuille de nénufar, la remplit d’eau et l’apporta au roi. Elle lui demanda encore : « Peut-être voudriez-vous vous coucher et vous reposer ? » Elle ôta encore un de ses vêtements et l’étendit à terre pour le roi; puis, quand elle vit qu’il s'était couché, elle se tint à deux genoux devant lui et lui massa les pieds et les articulations des autres membres pour dissiper sa fatigue. Houang-leou avait un corps de déesse, fin, souple et beau; quant au roi, qui était subtil, il fit cette réflexion : « Je n’ai jamais trouvé une femme aussi intelligente que cette fille ; avant même que je lui aie donné des ordres, elle les exécute. » Il lui demanda donc : « À quelle famille appartenez vous ? » Elle répondit : « Je suis une esclave de Ye-jo-la (Yajñadatta); on m'a chargée de garder ce jardin. » Quand ils eurent conversé ainsi pendant quelque temps, la foule des grands officiers du roi, en suivant les traces laissées par le char, arriva dans le jardin ; ils se prosternèrent aux pieds du , puis se tinrent debout sur un rang. Le roi ordonna à un ME ces hommes : « Appelez le brahmane Ye-Jo-ta (Yajñadatta) pour qu’il vienne. » Ÿe-7o-la (Yajñadatta) étant venu auprès du roi, celui-ci lui demanda : « Cette fille estelle votre esclave ? » Comme il répondait affirmativement, le roi reprit : « Maintenant je désire en faire mon épouse. Qu'en pensez-vous ? » Il répliqua : « Elle est mon esclave; comment pourriez-vous la prendre pour épouse ? » Le roi dit: « Ce n’est pas là la question ; ne parlez que du prix auquel vous l’évaluez. » Le brahmane répondit : « Si je voulais parler du prix, il serait de cent mille onces d’or ; mais comment réclamerais-je un prix au roi? Maintenant j'offre (cette fille) à Votre Majesté. » Le roi dit : « Non pas. Je la prends pour épouse ; comment ne vous en donnerais-je pas le prix? » Aussitôt il paya au brahmane cent mille onces d’or, puis il fit monter en char (Jouang-l'eou) et entra dans son palais escorté de tous ses ministres.
C'est parce qu'il avait pris cette femme dans le jardin des mo-lo qu'on la distingua par le surnom de : la fou-jen mo-li (Mallika devi). Le roi l’aima et l’honora fort.
A quelque temps de là, le roi était avec ses cinq cents femmes et elle se trouvait la première d’entre elles, au haut de la salle élevée; elle pénsa alors : « De quelle action suis-je récompensée pour avoir pu échapper à la condition d’esclave et recevoir une félicité pareille ? » Elle fit encore cette réflexion : « C’est que j'ai autrefois donné à un çramana ma part d'aliments secs mêlés à du miel, et c'est pour cette cause que maintenant j'ai échappé à la condition d’esclave et que je reçois une telle félicité. »
(TP. XXXNT 8. D. 08 LP)
Dans le royaume des Yue-fche, 1l y avait un roi nommé Wou-cha ; il n’était personne dans le monde qu'il n’eût terrassé et soumis. Sa mère avait donné à ce roi l'avis suivant : « Si vous êtes en péril de mort, ayez soin de ne pas tourner par la gauche autour d’un temple du Buddha, mais pensez à tourner par la droite. Veillez à ne pas contrevenir à ces instructions. » En ce temps, le roi Wou-cha mit en campagne une grande armée pour attaquer la ville de Chouen-hiue (sang pur) ; il prit lui-même en main son épée et tua trois cent mille hommes. Mais ensuite le combat tourna à son désavantage ; monté sur un éléphant, il s'enfuyait lorsqu'il remarqua un stüpa ; il se souvint de l’avertissement que lui avait donné sa mère et fit aussitôt revenir son éléphant pour qu'il tournât par la droite. Voyant cela, les ennemis se dispersèrent et se soumirent ; le roi, s'apercevant que les ennemis reculaient, leur donna la poursuite et fit avancer ses soldats ; il
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s'empara de leur ville et fit prisonnier leur roi lui-méme. Alors il se rappela la parole du Buddha, à savoir que celui qui prend son refuge en Buddha est vénéré, qu'il est grand et que nul ne peut l’égaler : « Si, se disait-il, je n'avais pas tourné par la droite, comment aurais-je pu défaire ces ennemis ? »
(Trip., XXXVI, 3, pp. 91 v°-92 r°.)
Autrefois, l'épouse du roi du royaume de Po-lo-nai (Vârànasi, Bénarès) devin& enceinte. Cette femme reconnut qu’elle était enceinte et elle en avertit le roi; celui-ci lui fit donner de la nourriture et des soins à son entier contentement. Quand le terme fut venu, elle accoucha d’une masse de chair rouge comme la fleur de l’hibiscus. (Elle se dit :) « Toutes les autres femmes ont mis au monde des enfants beaux et bien faits ; moi, j'ai enfanté cette masse de chair qui n’a ni mains ni pieds. Mon cœur en conçoit de la honte. Si le roi sait cela, il aura certainement de la haine et du mépris pour moi. » Elle placa donc (cette masse de chair) dans un vase ; elle battit de l'or pour en faire une feuille sur laquelle elle écrivit avec du sable rouge (cinabre) : « Ceci est ce que la femme du royaume de Po-lo-nai a mis au monde. » Elle placa un couvercle sur l’orifice du vase et le scella avec Le sceau royal puis, après avoir fixé à l’intérieur du vase la feuille d’or sur laquelle elle avait écrit, elle envoya quelqu'un abandonner le tout dans le fleuve. Quand l’envoyé eut lâché le vase, les génies et les dieux prirent des mesures pour le protéger et firent qu’il n’y eut ni vent ni vagues.
Or, un religieux demeurait avec des gardiens de bœufs au bord du fleuve ; de bon matin il se baignait lorsqu'il
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aperçut de loin ce vase ; il le recueillit et vit les mots tracés sur la feuille d'or ; il remarqua en outre le sceau royal qui le scellait ; il ouvrit alors le vase et regarda ce qu'il y avait dedans, mais il n'aperçut qu'une masse de chair. Il fit cependant cette réflexion : « Si c'était là de la chair morte, elle devrait être depuis longtemps en putréfaction ; celle-ci doit avoir quelques qualités extraordinaires, » Il la rapporta donc dans l'endroit où il demeurait et l’installa avec soin dans un endroit. Au bout d’un demi-mois, la masse de chair se divisa en deux fragments ; puis, de nouveau après un demi-mois, chacun des fragments produisit cinq fragments ; enfin, après un nouveau demi-mois, de l’un des placentas naquit un garçon, et de l’autre fragment naquit une fille. Le garcon avait la couleur de l'or jaune; la fille avait la couleur de l'argent blanc. Quand le religieux les vit, il conçut pour eux un vif amour comme si ç'eût été lui-même qui eût eu ces enfants ; des pouces de ses deux mains du lait sortit spontanément ; un de ses pouces nourrissait le garçon ; l’autre pouce nourrissait la fille; quand le lait entrait dans le ventre des enfants, il était semblable à de l’eau claire et c'était comme une perle mani dont l'éclat se répandait au dedans et au dehors. Le religieux donna aux enfants le nom de li-ich'ü tseu (1); il les nourrit et prit pour eux beaucoup de peine ; chaque matin il se rendait dans les villages pour mendier sa nourriture et en même temps celle des deux enfants; le soir, il revenait. Cependant, un gardien de bœufs, voyant la peine que le religieux se donnait pour ces deux enfants, lui dit : « O homme de grande vertu (bhadanta), celui qui sort du monde a pour principale obligation d'accomplir ses devoirs religieux ; comment pourriez-vous, à cause de ces deux
(1) Ce qui signifie, ditune note, « minceur de peau » ou « ayant la même peau ». En réalité, c'est une étymologie populaire qui rapporte le nom des Litthavis au mot thavi qui signifie « peau ».
enfants, négliger vos occupations religieuses ? 1l faut que vous me les donniez et c’est nous qui les nourrirons et les ferons vivre. » Le religieux approuva ce discours, puis le gardien de bœufs et lui retournèrent chacun dans leurs demeures respectives. |
Le lendemain, le gardien de bœufs et ses compagnons aplanirent et arrangèrent la route; ils y plantèrent des bannières et des oriflammes; ils y répandirent des fleurs de toutes sortes de couleurs ; puis, en faisant résonner les tambours, ils vinrent chercher les deux enfants. Quand ils furent arrivés à l’endroit où habitait Le religieux, ils lui dirent : « Maintenant, vous pouvez renvoyer les deux enfants. » Le religieux les leur remit en leur faisant cette recommandation : « Ces deux enfants sont doués d’une grande vertu bienheureuse dont on ne pourrait estimer la mesure. Prenez grand soin d’eux; offrez-leur pour les nour-
rir du lait, du beurre, etles cinq sortes de caillé cru et cuit.
Quand ces deux enfants seront devenus grands, ils feront un couple ; choisissez alors un endroit excellent, uni et étendu et placez-les 1à pour qu'ils y résident; vous devrez nommer roile garcon et la fille sera son épouse. » Les gardiens de bœufs reçurent cesinstructions, puis seretirérent.
Quand les deux enfants eurent atteint l’âge de seize ans,
on leur donna un territoire uni et vaste ayant une étendue
de cent yojanas ; au centre on éleva une habitation ; on maria la fille au garcon en sorte qu’ils furent mari et femme. Par la suite, ils donnèrent naissance simultanément à deux enfants, un garcon et une fille et il y eut
seize doubles naissances de cette sorte Voyant que les
enfants du roi devenaient de plus en plus nombreux, les gardiens de bœufs ouvrirent de nouvelles habitations et aménagèrent des parcs pour y rassembler les maisons de ces trente-deux personnes ; les constructions et le territoire se trouvèrent alors trois fois plus vastes et c’estpourquoi le nom de cet endroit fut P’i-chü-li (Vaicâli).
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Il était une fois un fils de roi qui désirait connaître ses existences antérieures et qui interrogea le Buddha à ce sujet. Le Buddha lui répondit : « Cette connaissance n’est point une chose utile, car elle rend les hommes tristes. » Le fils de roi ayant cependant exprimé instamment et jusqu'à trois reprises son désir d’avoir cette connaissance, le Buddha lui conféra les défenses, puis fit en sorte qu’il connuüt ses existences antérieures ; alors donc le fils de roi aperçut tout ce qui lui était arrivé; il vit que (dans une vie antérieure), il devait mourir à quinze ans et il en concut une affliction indicible ; à l’âge de quinze ans donc, 1l mourut ; la famille royale l’enterra et planta un pin sur sa sépulture ; quand cet arbre devint grand, sa racine pénétra profondément la terre et atteignit juste son cœur ; son âme douée de connaissance était encore dans son corps, et, voyant pousser cette racine, elle se dit: « Elle me traverse juste le cœur » ; car elle pensait qu’elle lui percerait le cœur comme si celui-ci eût éncore été vivant. Puis son âme monta le long de cette racine et se logea parmi les feuilles du pin; elle vit un mouton venir et songea : « Si ce mouton broute le pin, il va derechef me mettre à mal, » Sur ces entrefaites, le mouton vint et la mangea ; elle se trouva donc dans le ventre du mouton. Elle sortit avec les excréments du mouton et se trouva collée à eux. Un jardinier recueillit ceux-ci pour fumer des poireaux et (l'âme) se trouva alors dans les feuilles ‘de poireaux. Or la reine vint à avoir envie de poireaux et donna des ordres pour qu'on lui en apportât du dehors. Le chef jardinier prit en main son couteau pour
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cueillir des poireaux en les coupant; à ce moment, (l’âme) eut peur que le couteau ne lui fit du mal ; c’est ainsi que, en chaque circonstance, elle éprouvait une affliction si profonde qu’on ne saurait la décrire. Après avoir coupé les poireaux, le jardinier les lia et les envoya chez le roi; (l’âme) se trouva alors dans son ventre et y devint un fils. Quand le terme fut arrivé, ce fils naquit ; puis il devint grand et il connut de nouveau quelles avaient été ses existences antérieures. Le fils du roi se rendit aussitôt auprès du Buddha et lui dit : « Je n'ai plus aucun besoin de connaître mes existences antérieures, car cela me plonge dans l’affliction. Maintenant donc, & Buddha, je vous rapporte cette connaissance de mes existences antérieures. » Le Buddha répondit au prince héritier : « Moi-
même, naguère, je ne voulais pas vous accorder cette
connaissance, mais c’est parce que vous désiriez l'avoir que je me suis ravisé et que je vous l’ai accordée. »