‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · CPPID SN NN ER DENT · texte numérisé non relu

CPPID SN NN ER DENT

Autrefois le roi Pi-sien-ni (Prasenajit) avait deux femmes ; le fils de la première femme se nommait Lieouli (Vaidürya) ; le fils de la seconde femme se nommait Tche (Jina). Le jour même de la naissance de Téhe, des offrandes précieuses apportées des quatre points cardinaux arrivèrent toutes en même temps. Le roi dit : « Lors de Ia naissance de mes autres fils, jamais rien de tel ne s’est passé; cet enfant mérite qu’on l'appelle Tche (1). » Quand il fut devenu grand, son instruction fut telle qu'il

(1) Jina signifie vainqueur.

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n’était rien qu’il n’eût pénétré. Le roi fit édifier pour lui un palais spécial qui était fait avec les sept substances précieuses ; des hommes et des femmes en or et en argent se trouvaient des deux côtés de la porte ; ils tenaient dans leurs mains des bols précieux tout remplis des sept joyaux ; on pouvait y puiser jour et nuit et les bols redevenaient pleins comme auparavant. Le prince héritier, müû par la jalousie, envoya des soldats pour piller ce palais ; mais alors cinq cents cavaliers des armées célestes protégèrent et défendirent la demeure de Tche; en les voyant, les soldats de Lieou-li furent saisis de terreur, reculèrent et s’enfuirent. Le prince héritier, fort irrité, fit mander T'che et lui demanda : « Cette nuit j'ai envoyé des soldats pour m’'enquérir de votre santé ; mais vous aviez des soldats cachés à l’intérieur de votre demeure ; seraitce que vous voulez vous révolter ? » Tche répondit: « Je ne saurais me dispenser de nourrir des sentiments pacifiques. Chez moi, iln’y a pas la moindre arme de guerre. » Lieou-li envoya faire une perquisition chez lui et on ne trouva rien ni dedans ni dehors. L'intelligence de Lieouli s’ouvrit alors et il vint exposer tout ce qui s'était passé au Buddha. Le Buddha lui dit : « La vertu que Tche a plantée a rencontré un champ ferme et solide; c'est pourquoi on ne peut le dépouiller (de son bonheur). A l’époque du Buddha Wer-wer(Vipacyin), il y eut un homme qui se rendit dans un temple pour y nourrir des religieux et qui, ensuite donna un esclave et une servante pour balayer les bâtiments du temple ; à partir de ce moment, soit qu'il vécût en haut parmi les devas, soit qu'il fût dans la condition humaine, cet homme reçut une prospérité sans limites. Il n’est autre que Tche. »

(Fri A XXNE hp: 20 N°)

Autrefois, dans un royaume étranger, il y avait une ville nommé ZJ'eou-kia-lo (Tukhâra); dans cette ville était un laïque qui, chaque jour, invitait un cramana à revenir dans sa maison. Ce cramana était un arhat; or, quand il était assis et mangeait, au moment où il mangeait, iloffrait toujours un peu de sa nourriture à un chien qui était dans la maison ; à cause de la nourriture qu'il recevait ainsi, le chien concut des sentiments affectueux à l'égard du cramana ; lors de la venue journalière du cramana, le chien avait pris l'habitude de le bien accueillir; au moment où le cramana mangeait, le chien le regardait en pensant à lui; de son côté, le cramana, dès qu’il venait, prenait un peu de nourriture et le tendait au chien; aussi le chien avait-il des sentiments affectueux envers le cramana. Au bout de plusieurs années, la vie de ce chien prit fin ; il devint alors la fille du roi de Vqan-si (Arsak, Parthie) ; dès sa naissance, cette jeune fille connut ses vies antérieures et sut qu'elle avait été autrefois un chien ; elle se dit: « J'ai quitté ce corps de chien et j'ai obtenu le corps de fille du roi; or, dans ce royaume il n’y a ni temples bouddhiques, ni cramanas. » En ce temps, le roi des Yue-tche (Indoscythes) envoya un ambassadeur auprès du roi; celui-ci, voyant que cet ambassadeur était un homme sage, voulut lui donner sa fille en mariage. L'ambassadeur partit donc en emmenant la princesse. Quand la princesse vit des çramanas, son cœur fut très joyeux ; elle se rappela qu'elle avait été auparavant un chien, qu’un çramana lui donnait à manger et qu'elle avait pour lui des sentiments allectueux ; maintenant qu'elle avait obtenu un corps humain,

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il lui fallait faire des offrandes considérables aux cramanas. Dans le royaume des Yue-lche (Indoscythes) il y avait beaucoup de çramanas ; cette femme nourrit journellement de trois à cinq cents d’entre eux; elle leur versait à boire de sa propre main et ne chargeait personne d’autre de les recevoir; quand ils avaient fini de manger, elle balayait de ses propres mains le sol. Les servantes de cette femme, qui étaient dans sa demeure, conçurent toutes de bons sentiments et dirent : « Cette femme est une fille de roi; or, depuis qu’elle est venue ici, elle balaie constamment et elle fait des offrandes aux çramanas ; il nous faut, nous aussi, nous appliquer à cette tâche. » Les servantes donc cachèrent le balai, dans l'intention de balayer ellesmêmes le sol; quand leur maîtresse chercha le balai, il lui fut impossible de savoir où il se trouvait; elle pritalors dans un coffre le vêtement qu'elle portait lors de sa venue dans ce pays, le roula et s’en servit pour balayer le sol. En la voyant balayer le sol avec un vêtement neuf, son mari lui dit: « Quoique vous honoriez la religion bouddhique, qu'est-il besoin de vous servir d’un vêtement neuf pour balayer le sol ?il vous faut aller quérir un balai. » Sa femme lui répondit: « C’est uniquement parce que j'ai eu pendant deux ans des sentiments affectueux à l'égard d’un çramana que j'ai obtenu ce vêtement ; puisque c’est précisément avec ce vêtement que je balaie, pourquoi trouveriez-vous cela mauvais? Dans mon existence antérieure je n'avais rien dont je pusse me servir pour faire des libéralités ; j'avais seulement des sentiments affectueux et je croyais à la loi bouddhique ; c’est pourquoi j'obtins le bonheur présent. D’ailleurs, ce n’est pas en travaillant pour gagner ma vie que j'ai acquis ce vêtement. » Le mari dit à sa femme: « Bien que vous croyiez à la loi bouddhique et que vous fassiez des offrandes aux çramanas, je n'ai jamais vu aucun çramana vous donner ne fût-ce qu'une ou deux pièces de monnaie ; vos vêtements vous ont tous

été procurés grâce à la force de mes muscles. » Lafemme alors expliqua à son mari quelle avait été sa destinée antérieure et lui dit: « Dans une vie antérieure je naquis en qualité de chien; mon maître invitait fréquemment un çramana et celui-ci me tendait de la nourriture; je conçus des sentiments affectueux envers ce çramana et c'est pourquoi je quittai ce corps de chien pour devenir la fille d’un roi.» En entendant ces mots, le mari, plein de joie, dit à sa femme : « C’est donc seulement pour avoir eu des sentiments affectueux envers un seul çramana que vous avez obtenu de telles bénédictions. » Après avoir entendu ce que racontait sa femme, cet homme, qui était auparavant parcimonieux et avide, se mit à faire de grandes libéralités et il n’y eut plus rien qu'il ne donnât volontiers ; observant les abstinences et les défenses, il déployait son énergie ; il élevait avec somptuosité des temples bouddhiques. Cet homme dit après réflexion : « Est-ce seulement pour avoir eu des sentiments bienveillants que vous avez obtenu un tel mérite ? » Sa femme lui répondit: « Les sentiments du cœur peuvent faire que l’homme devienne Buddha, qu'il naisse en haut parmi les devas, qu’il devienne Pratycka Buddha, qu’il devienne arhat; tout cela est un effet des sentiments du cœur ; si le cœur nourrit de mauvaises pensées, il fait tomber l’homme dans les en- Iers. »

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Autrefois, la fille d’un roi était chérie de son père etne s’éloignait jamais de ses yeux. Un jour, la pluie tomba du ciel ; et sur l’eau il y eut des bulles. En voyant ces bulles sur l’eau, la jeune fille Les trouva fort à son gré; elle dit

au roi : « Je désire avoir les bulles qui sont sur l'eau afin qu'on m'en fasse un diadème pour ma tête. » Le roi déclara à sa fille : « Les bulles qui sont maintenant sur l’eau, on ne peut les saisir ; comment les prendrait-on pour en faire un diadème ? » La jeune fillé dit : « Si ; n'ai pas cela, je me tuerai. » En entendant ces mots de sa fille, le roi appela les maîtres les plus adroits et leur dit : « Vous êtes d’une habileté à laquelle rien ne résiste. Prenez promptement des bulles de l’eau et faites-en un diadème pour ma fille; si vous n’y parvenez pas, je vous décapiterai. » Ils répondirent : « Nous sommes incapables de prendre des bulles pour en faire un diadème” » Cependant un vieil artisan dit: « Je pourrai prendre les bulles. » Le roi, tout joyeux, en informa sa fille, disant : « Il y a maintenant un homme qui se charge de vous faire un diadème. Allez vers lui pour voir vous-même de près (comment il s’y prendra). » La jeune fille, suivant le conseil de son père, alla au-dehors pour regarder ; alors le vieil artisan lui dit : « Je n’ai pas l'habitude de distin-

œuer entre les bulles de l'eau celles qui sont belles et :

celles qui sont laides ; je désire humblement que la fille du roi aille en personne prendre les bulles et moi j'en ferai un diadème. » La jeune fille chercha à prendre les bulles ; cependant celles-ci crevaient dès qu'elle en approchait la main, et elle ne parvenaitpas à les saisir; elle s’y appliqua toutle jour, mais en définitive ne put prendre les bulles. La jeune fille se lassa elle-même (de ces tentatives), y renonça et s'en alla. Elle dit à son père : « Les bulles de l’eau sont vides et fallacieuses ; elles ne sauraient se maintenir longtemps ; je désire, ô roi, que vous fassiez faire pour moi un diadème en or pur qui jour et nuit ni ne se desséchera ni ne se flétrira. Les bulles qui sont sur l’eau déçoivent les veux des hommes ; quoiqu’elles aient une forme corporelle, elle se détruisent au fur et à mesure de leurs naissances ; c’est avec la même prompti-

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tude que disparaissent les flammes ardentes et les buées de la campagne (1). Après avoir aimé (ces bulles), on s’en lasse et on les laisse périr. »

Le corps de l’homme (aussi) est une apparence trompeuse ; il a peu de joies et beaucoup de peines ; les lois (dharmas) sujettes à la destruction ne peuvent subsister longtemps ; elles transmigrent et se transforment et ne restent qu’un instant dans ce monde.

(Trip., XXXVI, 4, p. 28 v°.)

Autrefois il y avait un maître de maison kia-lo-yue (grhapati) qui était intelligent et très perspicace et qui

(1) L'expression FF E (litt. : les chevaux de la campagne) se trouve associée dans Tchouang tseu (chap. I; trad. Legge, S. B.E., vol. XXXIX p. 165) à l'expression FE J£ et on a cru parfois que les deux termes

étaient synonymes; on a donc employé la locution H$ Æ pour signifier simplement des grains de poussière. C’est ainsi que Wou Yong DL. EN

écrit : #} ZE [4 2 #ÿ Æ pour dire : « J'ai secoué la poussière qui est entre les poutres du plafond »; Han Yo ÉE }& écrit aussi : & # H À + Æ ; ce qui revient à dire: « les grains de poussière qui volent dans le rayon de lumière de la fenêtre ». Mais le Mong ki pi l'an (chap. III, p. 10 ve), qui cite ces deux exemples, déclare que cet emploi de l'expression HF Æ, est fautif, car, en réalité, les ye ma sont les vapeurs qui flottent sur les champs; à les voir de loin, il semble que ce soient des troupeaux de moutons ou des flots E$ Æ 7% FH Æ Hi 1?

K& Ho x 2 mn À 2 À An 7K JK. Les livres bouddhiquesse servent donc avec raison de cette métaphore pour désigner quelque chose d'irréel et de fugitif. — Schlegel (T'oung pao, l"° série, vol. VIT, 1896, pp. 47-53) a cherché à concilier les deux interprétations — « poussière flottante » et « buées » — de l'expression ye-ma en disant qu'on désigne par ce terme les nuages de poussière légère qui flottent à la surface du désert et qui produisent les mirages. Mais cette explication, pour ingénieuse qu'elle soit, ne me parait pas être justifiée par les textes chinois.

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