‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 33 sur 59 · LIT · texte numérisé non relu

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possédait d'immenses richesses; il demeurait sur le bord de la mer et avait planté beaucoup d'arbres dont la splendide frondaison atteignait jusqu'au ciel. En ce temps, sur une ile de la mer, il y avait en grande quantité des joyaux précieux dont la valeur se chiffrait par milliers et centaines de mille (de pièces de monnaie) ; mais les hommes ne pouvaient pas en approcher ; seuls, les oiseaux qui y allaient et qui en revenaient avalaient des perles claires comme la lune ; le matin, ils se rendaient (dans l’île) ; le soir, ils en sortaient et venaient se percher, pour passer la nuit, sur le bois touffu du maître de maison ; ce dernier, qui était fort avisé, imagina un stratagème ; il prépara donc un aliment exquis et le présenta aux oiseaux ; ceux-ci en mangèrent jusqu'à satiété, puis ils vomirent ; les perles couvrirent alors le sol ; le maître de maison les recueillit et devint ainsi fort riche.

(Trip, XXXVI, 4, p.33 ve.)

Il y avait autrefois un upâsaka qui résidait provisoirement dans le royaume de Chü-wei (Grâvasti) ; sa femme était d’une telle beauté que la renommée s’en était répandue dans le royaume ; les amis de cet homme auraient voulu voir sa femme, mais il se refusait toujours à la leur montrer. Quelqu'un ayant parlé de la chose au roi, celui-ci désira voir cette femme, mais il ne savait comment s’y prendre ; un de ses sujets lui dit alors : « Cet homme et sa femme observent tous deux les cinq défenses ; ils font des offrandes aux religieux et leur offrent à boire de leur propre main. O roi, il faut que vous vous déguisiez en religieux et que, portant en main le bol à aumônes, vous

vous rendiez chez cette femme ; vous parviendrez certainement ainsi à la voir. »

Le roi suivit cet avis. Sous un déguisement momentané, il alla secrètement à la maison de ces gens ; en apercevant un religieux, la femme rendit hommage en se prosternant le visage contre terre ; quand le roi l’eut bien considérée, il revint et dit à ses ministres : « Cette femme est vraiment belle ; elle est entrée dans mon cœur, mais je ne sais par quel moyen je pourrais l'obtenir. »

Les ministres lui dirent : « Quoique cet homme soit un hôte provisoire, il convient qu'il vienne rendre visite à Votre Majesté; si, par arrogance, il ne vient pas, pourquoi ne le châtiriez-vous pas ? A plus de mille /: de la ville de Chô-wei, au milieu d’un grand étang poussent des lotus de cinq couleurs ; mais il se trouve là trois périls causés par des serpents venimeux, des démons méchants et des animaux féroces ; ceux qui sont condamnés à mort, on les envoie cueillir de ces fleurs et alors ils sont tués là-bas. »

Le roi fit donc appeler l’upâsaka et lui demanda : « Qui

êtes-vous ? » — « Je suis un homme de votre peuple, à. grand roi », répondit-il. « Pourquoi, reprit le roi, n’êtesvous pas venu ? » — «C’est, répondit-il, par excès de sot-

tise ; je me reconnais coupable. » Le roi dit : « Je vous condamne à aller cueillir des fleurs dans tel étang ; vous devrez être de retour dans sept jours ; si vous ne venez qu'après ce délai, je vous punirai sévèrement. » L’upâsaka recut cet ordre et se retira; puis il revint tout raconter à sa femme qui lui dit : « Si maintenant vous êtes coupable, c’est à cause de ma beauté. Vous connaissez la sage religion du Buddha ; les trois mondes ne sont d'aucun appui ; dans les défenses seules on peut se fier ; le jour où vous vous mettrez en route, que votre cœur songe aux trois Vénérables, que votre bouche récite les dix préceptes excellents ; n'y manquez pas un seul instant ;

si vous ne revenez pas, j'entrerai en religion ; je me plairai à observer les défenses et je ne me remarierai point. »

Elle donna des provisions de route à son mari qui prit

congé d'elle et partit.

A mi-chemin, un démon dévoreur d'homtses lui demanda qui il était ; il répondit : « Je suis un disciple du Buddha. » Le démon répliqua : « Tous les criminels, on nous les envoie sous le faux prétexte d'aller cueillir des fleurs ; à sage, en réalité vous n’avez commis aucun crime et vous avez été calomnié par des hommes pervers. » Il répondit au démon : « Il est difficile’ d'obtenir la condition d'homme dans la vie ; or maintenant ma destinée dépend de vous, puissante divinité. » — « Puisque, dit le démon, vous êtes un disciple du Buddha, et puisque, en outre, vous n'avez commis aucun. crime, je ne vous ferai pas de mal. Mais il y a les deux autres périls auxquels je crains que vous ne puissiez échapper ; comment allezvous faire ? » Le démon lui dit encore : « J'irai à votre place cueillir les fleurs afin de vous sauver la vie, ce qui fera que, tout le temps, je jouirai d’une félicité sans limites. Restez donc paisiblement ici. » À ces mots, le démon partit et revint au bout d'un instant avec de belles fleurs des cinq couleurs qu’il donna à ce sage. Comme, à cause de leur poids, le sage ne pouvait les porter, le démon prit les fleurs et se chargea aussi du sage ; dans le temps. qu'il faut pour replier et étendre le bras, il arriva à la porte du palais, puis il prit congé et se retira.

Le sage se rendit à la porte et la franchit. Le roi, sur-

pris de son prompt retour,lui demanda tout ce qui s'était

passé ; ille lui exposa conformément à la vérité. Le roi,

stupéfait et confus, dit: « Les démons n’ont pas une jus-

tice comme les hommes ; ils font le mal à tous les êtres. vivants ; or maintenant en voici un qui a sauvé un homme de bien. Moi, cependant, je suis dépourvu de justice et je ne fais pas de distinction entre le bien et le mal. Je ne

vaux même pas un démon. » Alors, s’accusant lui-même de ses fautes, il se prosterna devant l’upâsaka, lui confia sa destinée et désira devenir son disciple. Il accepta les cinq défenses et mit en pratique en toute occasion les six pâramitäs. Le royaume, à cause de cela, jouit d’une grande paix. Quant au sage et à sa femme, ils redoublèrent d'énergie pieuse et obtinrent de ne pasrevenir dans le cycle des naissances et des morts (anâgâmin).

(rip XX EUR pv)

Autrefois il y avait un homme qui n’avait qu’un seul fils nommé Po-kiu-lo (Bakula) ; sa femme étant morte quand son fils n'avait encore que sept ans, il prit une autre épouse ; celle-ci eut de la haine contre le fils de la première femme ; comme elle faisait cuire à la vapeur des gâteaux dans une jarre, l'enfant en demanda à sa marâtre qui l’empoigna et le jeta dans la jarre ; puis elle boucha l’orifice avec un plat dans le désir de faire périr l’enfant; mais l’enfant, se trouvant dans la jarre, mangea les gâteaux etne mourut pas.

Une autre fois, elle prit encore l'enfant etle mit sur une plaque à gâteaux brûlante en fer ; mais il mangea les gâteaux sur la plaque et n’en mourut point.

Plus tard, la femme étant allée au bord de la rivière pour laver des vêtements, elle lança l’enfant dans l'eau ; un poisson l’avala ; à sept jours de là, le père invita l’assemblée des religieux et disposa pour eux les préparatifs d’une grande réception; il fit l'acquisition d’un poisson qu’il rapporta chez lui dans son char ; quand il voulut fendre le ventre du poisson, son fils lui dit : « Allez bien douce-

ment pour ne pas blesser la tête de votre fils. » Cet enfant s'était autrefois conformé à la seule défense de ne pas tuer, et (c'est pourquoi) maintenant il obtint en cinq occasions de ne pas mourir (1).

(Trip., XXXVI, 4, p. 39 v°-40 r°.)

Il y avait un roi nommé To-fou « Beaucoup de Bonheur » (Punya) et son fils héritier qu’on appelait Tseng-fou « Bonheur augmenté » (Punyavardhana). Le roi servait les six maîtres (hérétiques) ; le fils honorait la doctrine bouddhique ; (les voies) qu’ils suivaient n'étaient pas identiques. En ce temps il n’y avait pas de çramanas; c'était un laïc qui tenait lieu de maitre.

Or, cinq cents de ces hérétiques, jaloux de la célébrité et de la vertu de ce maître, dirent au roi : « Quand le royaume suit deux religions, cela fait que les hommes ne s'appliquent plus à un seul but. Nous désirons que, nous et le maitre de la doctrine bouddhique, nous manifestions chacun de notre côté notre puissance miraculeuse; celui qui sera vaincu sera réduit à la condition d’esclave. »

Le roi ayant donné son assentiment, les hérétiques et le maître fixèrent un jour en s’engageant à mettre à l'épreuve, en présence du roi,leurs plus méritoires talents, et les deux parties tombèrent d'accord à ce sujet. Ces

brahmanes excellaient tous à tirer de l’arc et à monter

à cheval; ils entrèrent donc dans les montagnes etces cinq cents hommes tuèrent chacun à coups de flèches un cerf;

(1) Le conte est évidemment écourté puisqu'il n’a été question que de trois des cinq occasions où l'enfant échappa au péril.

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tous ils percérent l'œil gauche (à leur victime) et rivalisèrent d’habileté. |

Le sage de son côté, entra dans la montagne, et songea à plusieurs reprises au Buddha en lui demandant de l'aider par son prestige surnaturel pour mettre en honneur la grande doctrine; aussitôt un cerf multicolore sortit soudain de terre ; (le sage) revint tout joyeux en l'emmenant. Un hérétique l’apprit; il épia le moment où le sage serait sorti et se rendit dans sa demeure ; par fourberie, il dit à sa femme : « Votre mari projette d'abandonner sa famille pour devenir religieux. L’unique cause en est ce cerf qui détruira votre famille. » En entendant ces paroles, la femme fut irritée et elle lui donna le cerf. Quand le sage revint et qu'il ne vit plus son cerf, il interrogea sa femme qui lui dit : « Cet être de mauvais présage, maintenant je l'ai égaré. »

Le mari, fort affligé, retourna dans la montagne et se repentit deses fautes avec une parfaite sincérité ; il y eut alors une perle divine, claire comme la lune, qui sortit de terre. Il prit donc cette perle et l’emporta pour la montrer au brahmane (qui avait emmené son cerf); il vint à sa porte et fit l'éloge de l’objet extraordinaire qu'il avait à vendre. La femme du brahmane lui dit: « Chez nous, il y a aussi un objet extraordinaire qui est digne d'être comparé au vôtre. » Elle fit donc sortir le cerf. Le sage lui dit aussitôt : « Le roi m'avait chargé de prendre soin de ce cerf ; vous, maintenant, vous l'avez volé, c’est là une faute immense. » La femme, saisie de crainte, lui rendit le cerf. |

Quand fut arrivé le jour de l'épreuve, les brahmanes apportèrent chacun leurs cerfs morts qui tous avaient à l'œil gauche une blessure sale et puante ; le roi en fut fort irrité. Le sage s’avança en tirant derrière lui son cerf surnaturel et en apportant sa perle claire comme la lune et il vint les offrir au souverain dans la salle royale;

ces deux êtres bondissaient légèrement et jouaient semblables à une étoile filante ou à la clarté de l'éclair ; tous les gens du palais en étaient émerveillés. Les cinq cents brahmanes reconnurent eux-mêmes que leur habileté était vaincue ; ils furent donc réduits à la condition d'esclaves et leurs femmes devinrent servantes.

(Trip. XXXNI,; LD: A0 Tr)

Autrefois il y avait un grand royaume situé dans une région de la frontière du côté du nord ; ce royaume se nommait 7'che-houan (sagesse-frivole). Or un homme du pays de Z'che-houan vint en apportant un corbeau avec lui dans le royaume de Po-tchü-li ; dans ce dernier royaume, il n'y avait aucun oiseau tel que ce corbeau et il ne se trouvait d’ailleurs aucun autre oiseau remarquable et beau de quelque autre sorte ; aussi, quand les habitants virent ce corbeau, sautèrent-ils de joie ; ils lui firent des offrandes, le servirent, lui présentèrent, pour le désaltérer et le nourrir, des fruits et des courges; petit à petit, les corbeaux des pays lointains accoururent tous se réunir là en quantité innombrable ; le royaume entier les servait et leur témoignait un respect illimité.

Plus tard, une autre fois, un marchand vint encore d'un royaume étranger ; il apportait avec lui un paon ; quand les hommes rassemblés virent le plumage merveilleux et superbe de cet oiseau, ainsi que sa démarche d’une noblesse et d'une élégance inconnues jusqu'alors, et quand ils entendirent sa voix, ils en concurent des transports de joie ; ils négligèrent les corbeaux pour reporter leur affection sur le paon ; toutes les offrandes qu'ils fai-

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saient auparavant aux corbeaux, ils les présentèrent au paon et réservèrent pour celui-ci leurs témoignages de respect. Les corbeaux ne surent plus que devenir.

Il y eut alors un deva qui prononca ces gâthàs :

Quand on n'a pas encore vu la clarté du soleil, — la lumière de la torche brille d’un éclat unique. — C'est ainsi que ces gens, à première vue, servirent les corbeaux, — et leur offrirent de l'eau à boire ainsi que des fruits et des courges à manger.

Mais quand le beau chant eut fait entendre sa perfection (1), — ce fut comme si le soleil était apparu parmi les arbres; — les corbeaux furent privés des offrandes qu'on leur faisait ; — en voyant ce qui en était réellement, ces gens distinquèrent ce qui est noble de ce qu est

Ânanda prononça cette gâthà :

De même, avant que le Buddha ait fait son apparition triomphante, — les brahmanes obtiennent d’étre bien servis. — Maintenant que le Buddha a fait entendre sa voix parfaile, — les héréliques sont privés des offrandes qu'on leur présentait. |

(Le Buddha dit :) Le paon, c'était moi-même ; les corbeaux c’étaient les hérétiques des diverses sortes ; le deva, c'était Ânanda.

Gris NX XN I EU. 120) En ce temps, dans le royaume de Po-lo-nat (Vâärânaci,

Bénarès), au milieu des montagnes, il y avait un ermite ; au second mois de l'automne, il urinait dans sa cuvette

{1) C'est-à-dire, quand vint le paon.

à ablutions, lorsqu'il aperçut des cerfs et des biches qui s'accouplaient; il concut des pensées luxurieuses et sa semence coula dans la cuvette; une biche la but et devint aussitôt enceinte ; au terme de ses mois elle mit au monde un enfant qui ressemblait fort à un homme, mais il avait sur sa tête une corne et ses pieds étaient comme ceux d'un cerf. Au moment où la biche allait mettre bas, elle s'était rendue devant l'habitation de l’ermite pour donner le jour à l'enfant et le confier à l’ermite, puis elle était partie; quand l’ermite sortit, il vit cet enfant de la biche; il réfléchit aux causes anciennes et comprit que c'était son propre fils ; il le recueillit donc et l’éleva ; puis, quand l'enfant fut devenu grand, il s’'appliqua à l’instruire.

(Le jeune homme) comprit les grands livres sacrés des dix-huit sortes; il s’initia en outre à la contemplation immobile; il pratiqua les quatre sentiments illimités (apramâna) ; il obtint Les cinq pénétrations surnaturelles (abhijñà). Un jour qu’il gravissait la montagne, il tombait beaucoup de pluie et le sol était boueux et glissant ; comme ses pieds n'étaient pas bien appropriés à sa personne, il tomba et se blessa le pied; aussitôt, très irrité, il ordonna par une formule magique qu'il cessât de pleuvoir ; par l'effet de la vertu productrice de bonheur de l'ermite, toutes les divinités nâgas firent qu'il n’y eut plus de pluie. Comme il n’y avait plus de pluie, les céréales et les fruits ne se produisirent plus ; la population fut à bout de ressources et n'eut plus de moyens de subsistance.

Le roi de Po-lo-nai (Vârânasi) était chagrin et tourmenté; il ordonna à tousses hauts officiers de se réunir et de délibérer sur l'affaire de la pluie. Un homme intelligent dit dans la délibération : « J’ai entendu dire que l’ermite nommé Unicorne (Ekaçrnga) s’est blessé au pied en gravissant la montagne et que, dans sa colère, il a prononcé une formule magique ordonnant que, pendant douze années, il ne plût pas.» Le roi alors publia un

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