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CPAS EXNE 10e pe 0210.)
Autrefois il y avait un homme entre deux âges (1) qui possédaitdeux épouses. Étant allé chez la plus jeune, celleci lui dit : « Je suis jeune et vous êtes vieux ; je n’ai pas de plaisir à demeurer (avec vous); il vous faut aller habiter chez votre épouse âgée. » (Pour pouvoir rester), son mari
s’arracha ses cheveux blancs. Étant allé (ensuite) chez son
(1) L'édition de Corée, que suit l'édition de Tokyô, présente la leçon H$ 2, qui me parait être un équivalent, d’ailleurs assez obscur, de l'expression « entre deux âges ». Les trois textes des Song, des Yuan et des Ming nous offrent la leçon ff Hj 2 « faisant deux métiers », ce qui n’a aucun rapport avec le sujet de la fable.
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épouse âgée, celle-ci lui dit : « Je suis vieille et ma tête est blanche ; il vous faut enlever les cheveux noirs que vous avez sur la tête. » Il enleva donc ses cheveux noirs pour être blanc. Comme ïl répétait incessamment ce manège, sa tête devint entièrement chauve ; ses deux épouses le trouvèrent alors affreux et toutes deux le quittèrent ; il s’abîma dans son chagrin jusqu’à en mourir. (Cet homme), dans les temps passés, avait été un chien qui vivait entre deux temples dont l’un était à l’est de la rivière et l’autre à l’ouest. Quand le chien entendait le son de la ghantà, il allait aussitôt (dans le temple où on l'avait frappée) pour y obtenir de la nourriture. Or, un jour, les deux temples firent résonner simultanément la plaque sonore; le chien se jeta à la nage dans la rivière pour la traverser ; mais, quand il voulait aller à l’ouest, il craignait que la nourriture du temple de l’est ne fût meilleure ; quand il allait vers l’est, il craignait derechef que la nourriture du temple de l’ouest ne fût meilleure ; en hésitant ainsi, il finit par périr noyé dans la rivière (1).
(Trip., XXXVI, 4, p. 62 r°.)
Autrefois il y avait un homme qui avait entendu raconter que, dans un royaume étranger, se trouvait une rivière d’immortalité ; celui qui s’y trempait devenait immortel. Il se dirigea donc vers ce royaume étranger et s'arrêta pour passer la nuit chez un homme ; son hôte lui ayant demandé où il voulait aller, il répondit qu’il allait étudier l’art de devenir immortel; l’hôte, qui avait conçu
(1) Ce chien parait être l'ancêtre de l’âne de Buridan.
de mauvais desseins, dit alors au voyageur : « Je possède un arbre d'immortalité ; si vous pouvez vous mettre à mon service pendant un an pour faire tous les rudes ouvrages, je vous donnerai l’immortalité; pourquoi prendriez-vous
la peine d’aller au loin ? » Le voyageur dit qu’il approuvait
la proposition et, pendant un an, il fit tous les plus rudes ouvrages sans manifester jamais le moindre déplaisir.
Quand l’année fut écoulée, son hôte, qui n'avait eu que l'intention de le tromper et qui ne possédait aucun arbre d’immortalité, le mena au milieu des montagnes et lui indiqua un arbre sur le bord d’un précipice en lui disant : « Voici l’arbre d’immortalité ; montez au sommet et, dès que je vous crierai de voler, répondez à mon commandement en vous jetant au vol. » Le voyageur à cause que sa foi était absolue, put, en montant sur cet arbre, s’élever en volant dans les airs et obtint ainsi le secret d’immortalité.
En voyant cela, son hôte pensa : « Je. voulais le faire périr; comment ai-je eu assez de perspicacité pour trouver (précisément un arbre d’) immortalité ? » Il se mit donc à faire grand cas de cet arbre, croyant et disant qu’il était saint. À quelque temps de là, il se rendit avec son fils au pied de cet arbre ; le fils céda à son père le privilège de monter le premier, puis le fils éria : « Père, volez. » Le père aussitôt voulut voler, mais il tomba sur les rochers du précipice et son corps fut réduit en bouillie.
(FAP XX XVI h DE 62)
Autrefois il y avait un homme qui mettait en vente sur la place du marché un démon p'i-ye (piçâCa); quelqu'un
SEE dis
qui désirait acheter ce démon demanda quel prix on en
exigeait ; le maître du démon répondit : « Deux cents
onces d’or. — Quels talents merveilleux, reprit l’autre, a
donc ce démon pour que vous en exigiez une telle somme
d’or ? » Le marchand répondit : « Ce démon est fort habile;
il n’est rien qu'il ne fasse et on peut compter que, en un
jour, il accomplit autant de travail que cent hommes ; il
n'a qu'un défaut contre lequel je dois vous mettre en garde
par avance. » Comme l'autre lui demandait quel était ce l
défaut, il dit: « Quand vous voudrez charger ce démon |
de faire quelque chose, assignez-lui sa tâche pour le jour
et pour la nuit et nele laissez point en repos, car, s’il n’a
rien à faire, il nuira au contraire à son maître, » L'acheteur paya l'or et emmena son démon ; il le char-
gea de labourer et de semer ; puis, quand le labour et les
semailles furent terminés, il le chargea de soigner les
arbres ; quand les arbres eurent été soignés, il le chargea
encore de nettoyer le sol, puis de construire des habita-
tions, de piler et de broÿer le grain, de faire la euisine
et jamais il ne lui laissait aucun repos ; au bout de quel-
ques années, cela le rendit fort riche. Or, un jour, le
maître, ayant quelque affaire, dut se rendre à une invita-
tion ; Aloublia d'assigner sa tâche au démon qui, lorsqu'il
voulut se remettre au travail, n’eut plus de programme ; lé’ démon prit alors le fils de son maître, le mit dans la marmite, alluma du feu et le fit bouillir. Au retour du maitre, le fils était cuit à point; le maïître fut affligé et éprouva une profonde irritation, mais il ne sut pas en définitive que dire.