‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 38 sur 59 · LR SEE FE TT · texte numérisé non relu

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(Trip, XXXVI, 4, p. 62 v°.)

Autrefois deux hommes étaient devenus amis ; la femme de chacun d’eux se trouvant enceinte, ils se promirent par serment que, si l’un des enfants à naître était un gar- <on et l’autre une fille, ils les: marreraient l’un à l’autre. Le père du garçon mourut prématurément; le jeune homme était devenu grand et ne s’était pas encore marié, lorsqu’en allant vendre divers objets, il arriva par hasard dans la maison de la jeune fille. Le père de celle-ci lui demanda d’où il venait, où il demeurait, quels étaient le nom de famille et le nom personnel de son père et de sa mère. Le jeune homme répondit point par point; en l’entendant, le père fut grandement surpris et lui dit : « Lorsque votre père était encore de ce monde, lui et moi nous avons échangé une promesse de mariage utérine (1);

je vous ai constamment cherché, mais:je ne savais pas où

vous étiez; ma fille n’a point encore osé se marier. » Le

jeune homme dit : « Je ne savais rien de tout cela. » Le

père de la jeune fille ajouta : « Interrogez vos parents et vos proches. » | | ae)

A son retour, le jeune homme interrogea sa mère qui l'avait allaité et reconnut que la chose était vraie. Il se rendit (donc de nouveau) chez la jeune fille ; sur la route il apercut ‘un filet d’eau qui entrait dans un crâne sans

jamais le remplir. Le jeune homme en fut effrayé. Pour-

suivant sa route, il vit encore des fruits mürs sur un arbre; il voulut Les prendre pour les manger ; les fruits se mirent

sf | (1) On me permettra ce néologisme qui donne à entendre que les deux enfants ont été fiancés l’un à l'autre quens ils étaient encore dans le ventre de leurs mères respectives.

à lui dire : « Prenez-moi ! prenez-moi! » Le jeune homme eut grand’peur ; il se mit à courir à toute vitesse et tomba par terre ; avançant toujours, 1l arriva à la demeure de la jeune fille; la chienne vint à sa rencontre, se mit à deux genoux et lui lécha les pieds ; mais les petits qui étaient dans le ventre de la chienne avancèrent en aboyant d’effroi et voulaient le mordre; alors de nouveau il tomba à terre et ne reprit ses sens qu’au bout d’un long temps.

Le père de la jeune fille étant venu au-devant de lui hors de la maison, il lui exposa tout ce qui s’était passé ; le père trouva cela fort extraordinaire et rentra pour le raconter à sa fille. La jeune fille répondit à son père : « Avoir vu sur la route un filet d’eau qui coule dans un crâne sans jamais le remplir, cela signifie que, dans les générations à venir, on rassemblera tout ce qu’il y a dans le monde de richesses et de joyaux pour le donner à un homme sans parvenir à le satisfaire. Qu'on ait vu sur un arbre des fruits qui étaient mürs, qu'on ait voulu les prendre pour les manger, mais que les fruits aient dit alors : « Prenez-moi! Prenez-moi! » cela signifie que l’homme qui apparaîtra dans les générations à venir voudra demander la fille aînée, mais la fille cadette lui dira : « Pourquoi ne me recherchez-vous pas? Pourquoi ne me recherchez-vous pas ? » Que la chienne soit venue à la rencontre (du jeune homme), qu’elle se soit mise à genoux et qu’elle lui ait léché les deux pieds, mais que les petits qui étaient dans le ventre de la chienne aient aboyé d’effroi et aient avancé pour le mordre, cela signifie que, lorsque l'homme qui apparaîtra dans les générations à venir parlera aux autres, sa bouche sera comme onctueuse, mais son cœur sera semblable à.un poinçon et à un couteau ; à l'extérieur il paraîtra satisfait des autres, mais à l’intérieur il formera contre eux de mauvais desseins. Toutes ces choses se passeront dans les générations à venir et ne

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sont point d'aujourd'hui. » Alors on maria la jeune fille au jeune homme, conformément au projet qui avait été fait primitivement.

(Trip XX NICR-DE 62%)

Autrefois un homme de bonne famille avait deux fils; il remit à chacun d’eux deux millions de pièces de monnaie pour qu'ils allassent faire le commerce. Le fils aîné dépensa tout cet argent au jeu de dames; les vêtements en lambeaux, il revint l’annoncer à son père; celui-ci lui dit : « Puisque je vous ai conservé, cela suffit ; qu’importe que vous ayez dépensé l'argent ? » Il lui donna des vêtements, le fit boire et manger et le consola.

Le fils cadet revint (de son côté) annoncer à son père qu’il avait fait un gain de deux millions de pièces de monnaie ; le père lui dit : « Apportez-moi vos notes. » Quand ils eurent vérifié le compte ensemble, il s’en fallait de quelques milliers de pièces de monnaie ; (le père) attacha alors (le fils cadet) et le battit. (Le fils cadet) alla à trois reprises (faire le commerce) ; il gagna un bénéfice de six millions de pièces de monnaie, et, chaque fois, à son retour il était battu.

Le fils aîné partit ainsi trois fois et perdit six millions de pièces de monnaie. Il s'arrêta dans un royaume étranger et ne revint plus; s'étant mis en la compagnie de gens sans aveu, illeur dit : « Mon père possède un coffre plein d’or, un autre d’argent et un autre de perles blanches qui se trouvent à la tête de son grand lit. Retournez annoncer à mon père que, par ma stupidité, j'ai perdu mes richesses et que je n’ose pas revenir. Prenez alors le moment favorable pour tuer mon père et vous emparer de

ses richesses que vous m'apporterez ; quañd nous les aurons, nous les dépenserons ensemble. » Ces hommes arrivèrent donc à sa demeure et furent reçus par le père auquel ils rapportèrent ce que le fils leur avait dit de dire; en entendant cela, le père versa des larmes et s’écria : « Qu'importe qu'il ait dépensé l’argent? Pourquoi mon fils ne revient-il pas ? » Même en mangeant et même en se reposant, il se désolait et sanglotait. Les étrangers lui dirent : « Votre fils est dépourvu de piété filiale ; il a dépensé ses richesses à faire le mal ; quand il les eut entièrement dissipées, il nous a chargés de venir pour vous tuer et pour prendre votre or et votre argent. Nous voyons que vous chérissez ce fils et que vous nous traitez fort bien ; aussi notre cœur a-t-il été touché. » Le père répondit : « Mon fils cadet est encore plus insensé. » IL envoya alors des gens chercher son fils aîné en lui faisant dire : « Puisque vous avez perdu l’argent, revenez vite ; à quoi bon prononcer de folles paroles ? » Il lui fit faire de nouveau des vêtements qu'il lui donna.

Le maître dit : (La conduite du père s'explique par le fait que) le fils cadet avait à payer une dette contractée dans une existence antérieure, tandis que le fils aîné avait à réclamer une créance (dont son père) lui était redevable dans une existence antérieure.

(Trip, XXXVI, h, p. 63 r°.)

Autrefois trois hommes qui faisaient ensemble le commerce reçurent chacun pour sa part cinq millions de pièces de monnaie; restait une seule pièce de monnaie; si on l’avait donnée à un seul d’entre eux, ce n’eüt pas été

juste; quant à la briser pour la partager, c'était une chose qui ne se faisait pas. En ce moment un cramana quétait ; les trois hommes proposèrent ensemble de donner la pièce au çramana ; chacun d’eux approuva fort ce projet, et, la tenant ensemble dans leurs mains, ils la donnèrent. Le cramana prononça alors ce vœu magique : « Cela fera que dans cette vie et dans les existences futures vous recevrez tous le bonheur résultant de cette (bonne action). » Tous trois naquirent (plus tard) dans le royaume de Loyue (Râjagrha) et chacun d’eux devint puissant et riche ; l’un de ces hommes s’occupait de travaux dans la montagne et y récoltait de l'or; un autre s’occupait de labourer un champ et y recueillait de l’or ; le troisième s’occupait de puiser de l’eau dans un puits et en retirait de l'or. Ils recevaient ainsi le bonheur résultant de la libéralité qu’ils avaient faite dans une vie antérieure. Le roi du pays, apprenant ce qui se passait, fit cette réflexion : « Dans mon royaume, hommes et choses tout m’appartient. » Emmenant alors avec lui des soldats il se rendit dans la montagne pour y prendre (l'or), mais l’or se changea en pierres ; il alla ensuite chez l’homme qui, en labourant, recueillait de l’or; mais l’or se changea en terre; il vint enfin chez l’homme qui,en puisant dans un puits, retirait de l’or; mais l’or se changea en tessons d'argile. Nulle part il ne put rien trouver. Le roi demanda au Buddha : « Les sommes d’or que possèdent ces trois hommes sont sans doute à moi ; j'ai été chez eux pour les prendre; mais partout (l'or) s’est transformé et je n’ai pu obtenir cet or. Quelle action méritoire ces trois hommes ont-ils accomplie dans une existence antérieure pour attirer maintenant sur eux ce bonheur ? » Le Buddha lui raconta tout ce qui s'était passé (et ajouta) : « Ge ne sont point là des richesses qui appartiennent au roi; roi, vous ne devez pas les prendre. »

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(Trip., XXXVI, 4, p. 63 r°.)

Autrefois il y avait un homme pauvre qui faisait des offrandes à un religieux; au bout d’un an, celui-ci s’en alla en donnant à son hôte une jarre de cuivre et en lui disant : « Cette jarre est magique ; si on en frappe le goulot, on obtient tout ce qu’on demande; mais gardezvous d'inviter chez vous le roi du pays. » Après que le religieux) l’eut quitté, (notre homme) se mit à frapper sa jarre et devint bientôt extrêmement riche ; oubliant la recommandation du religieux, il invita le roi à venir chez lui ; le roi lui demanda la cause de sa richesse et il répondit en racontant la vérité. Le roi aussitôt lui enleva de force sa jarre et il redevint d’une extrême pauvreté. Il se souvint alors du religieux et, allant à sa recherche dans les quatre directions de l’espace, l’aperçut ; il lui exposa ce qui s'était passé ; le religieux lui dit : « II vous faut absolument cette jarre; je vous donne un vase qui est rempli de bâtons et de pierres ; apportez-le à la porte du roi et réclamez la jarre. » (Notre homme) se rendit tout droit à la porte du roi et se mit à réclamer sa jarre à grands cris; le roi, l’entendant, fut très irrité et envoya quelques dizaines d'hommes pour se saisir de lui ; maisil ouvrit (le vase) et en fit sortir bâtons et pierres qui, volant comme le vent, allèrent de çà et de là dans l’espace ; les corps des envoyés du roi furent atteints par ces bâtons et ces pierres qui leur brisèrentle crâne. Le roi envoya encore mille hommes qui furent écrasés avec une violence prompte comme le vent; leurs cadavres obstruaient la porte. Saisi de terreur, le roi demanda à rendre la jarre.

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Quand notre homme eut retrouvé sa jarre, il devint de nouveau fort riche; il accomplit une infinité d'actions méritoires, et, après sa mort, il obtint de naître dans la condition de deva.

(Trip, XXXNE Ap: 6h +)

Autrefois il y avait un homme qui marchait dans une région de marécages déserts lorsqu il aperçut un éléphant noir ; cet homme songea : « Cet éléphant va certainement venir me mettre à mal ; il faut que je le tue. » L’éléphant pensa de son côté : « Cet homme va certainement me tuer; il faut que je le menace. » L’homme alors se sauva en ayant l'éléphant à ses trousses ; il courut devant lui pendant plusieurs li jusqu’à ce qu’il tombât dans un ravin profond; ce ravin était absolument insondable ; il parvint à s’accrocher sur le flanc de la paroi à une racine d'arbre grosse comme le doigt; il se laissa descendre le long de cette racine ; il était ainsi suspendu sur le côté de l’abîme ; l’éléphant était en haut du ravin et cherchait à le prendre avec sa trompe; il s’efforçait de l’attraper sans y parvenir; en bas, si on regardait vers le fond, on ne voyait que des lances et des piques ; en outre deux rats rongeaient simultanément la racine d’arbre ; puis trois serpents noirs sortaient la tête dans l'intention de mordre; enfin des moustiques venaient piquer les yeux de l’homme. Celui-ci pensa : « Je vais mourir aujourd’hui. » Levant la tête vers le Ciel, il implora son secours avec une voix si pitoyable etavec une intensité d'émotion telle que le Ciel fit tomber des gouttes d’ambroisie dans sa bouche. Dès qu'il reçut la première goutte, les deux rats se retirèrent; à la seconde goutte, les serpents venimeux le quittèrent;

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