‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 39 sur 59 · IL · texte numérisé non relu

IL

à la troisième goutte, l'éléphant noir s’en retourna; à la quatrième goutte, les moustiques disparurent; à la cinquième goutte, le gouffre profond s’aplanit et l'homme se trouva dehors sur un sol plat ; enfin le Ciel le guida miraculeusement pour le faire revenir en haut parmi les devas.

(Trip., XXXVI, 4, p-6hx°.)

Autrefois un homme avait fait la charité avec trois pièces de monnaie et avait demandé la réalisation de trois souhaits : le premier était de devenir plus tard roi d’un royaume; le second, de comprendre le langage de tous les animaux; le troisième, d’avoir des connaissances fort étendues. Quand il fut mort, il naquit en qualité d'enfant d’un homme du peuple; il avait un extérieur fort beau ; le roi ayant ouvert un concours pour recruter ceux qui seraient à ses côtés, il se présenta au concours et fut admis à servir auprès du roi. Il aperçut une hirondelle dans son nid et, levant la tête, la regarda, puis se prit à rire. Le roi lui ayant demandé pourquoi il riait, il répondit : « Cette hirondelle a dit qu'elle avait trouvé un cheveu d’une fille de nâga qui est long de cent pieds et elle appelle ses compagnes pour le regarder. » Le roi dit : « Si ce que vous dites est vrai, c’est bien; dans le cas contraire, je vous tuerai. » ILenvoya donc des gens regarder dans le nid et le cheveu fut aussitôt trouvé.

Le roi désira alors prendre cette fille pour femme; il dit au jeune garçon : « Puisque vous comprenez le langage des oiseaux, vous devez avoir beaucoup de stratagèmes; je vais vous donner des provisions de bouche et vous irez me chercher cette fille ; si vous la trouvez, je vous don-

nerai de grandes récompenses; si vous ne la trouvez pas, je vous tuerai, vous et votre famille. »

Le jeune garçon, bravant la mort, se rendit donc sur le rivage de la mer orientale : il aperçut deux hommes qui se disputaient la possession d’un chapeau rendant invisible, de souliers permettant de marcher sur l’eau, d’un bâton frappant à mort. Le jeune garçon leur dit : «A quoi bon tant discuter ; je vais lancer une flèche; vous courrez après elle et le premier de vous deux qui l’atteindra, on lui donnera les trois objets. » Les autres ayant approuvé cet avis, il tendit son arc et lança une flèche; nos deux hommes de courir à l’envi ; pendant ce temps le jeune garçon mit le bonnet, chaussa les souliers et prit le bâton; il entra tout droit dans la mer et arriva chez le nâga ; il enleva alors le bonnet rendant invisible et se fit voir à la fille du nâga ; les femmes étant fort sensuelles, celleci suivit aussitôt le jeune garçon et, prenant en main une galette d’or, revint avec lui dans le royaume étranger.

Le roi envoya un messager à leur rencontre pour ordonner que la jeune fille entrât seule ; elle s’avança donc; mais le jeune garçon entra à sa suite en se coiffant du chapeau rendant invisible. La jeune fille, voyant que le roi était laid, lui jeta sa galette d’or, en sorte que le front du roi fut brisé et que sa vie prit fin. Le jeune garçon enleva alors son bonnet; il monta avec la jeune fille dans la salle du trône et cria d’une voix forte : « C’est moi qui dois être roi. » La jeune fille devint reine et il eut la souveraineté dans le monde.

(Trip., XXX VI, 4, p. 65 r°.)

Autrefois il y avait une jeune fille qui possédait de fort beaux cheveux brun foncé; ses cheveux étaient aussi longs que son corps; la femme du roi du pays lui avait proposé milles livres d’or pour sa chevelure mais elle n'avait pas voulu la donner. Cette jeune fille vit le Buddha, et, toute joyeuse, voulut lui faire une offrande; elle pria son père et sa mère de l’inviter à venir; mais son père et sa mère lui répondirent : « Nous sommes fort pauvres et nous n'avons rien à lui donner à manger. » La jeune fille dit : « Prenez le prix de ma chevelure et servez-vous en pour faire une offrande. » Le père et la mère annoncèrent au Buddha leur désir qu’il voulût bien venir un instant le lendemain pour prendre un modeste repas. La jeune fille coupa sa chevelure et l’apporta à la femme du roi; celle-ci, sachant qu’elle était pressée par la nécessité, ne lui en donna que cinq cents livres d’or. La jeune fille prit l'or, acheta des aliments et éprouva une joie sans limites ; elle regretta d’avoir été avare dans une vie antérieure, ce qui était la cause de sa pauvreté dans la vie présente : « Puisséje, (disait-elle), ne plus me trouver à l’avenir dans pareille misère. » La jeune fille aperçut l’'Honoré du monde et un éclat doré multicolore illumina l'intérieur de la porte; prosternée la face contre terre, elle tourna trois fois. autour du Buddha. Ses cheveux repoussèrent tels qu’ils étaient auparavant.

Le Buddha dit : « Dans une vie antérieure, cette jeune fille était pauvre et n'avait rien qu'elle püt donner ; constamment, elle tenait sa tête appliquée contre le sol pour rendre hommage; (c’estpourquoi) pendantles quatre-vingt-

un kalpas qui suivirent, elle naquit toujours dans la condition humaine. Cette cause de bonheur étant épuisée, elle est née maintenant dans une famille pauvre; là encore elle à su faire un acte méritoire etelle s’estréjouie en me voyant; la prospérité qu’elle s’est ainsi assurée sera sans limites ; après sa mort, elle devra naître en haut comme le second des devas Trayastrimças ; quand elle aura terminé le bonheur et la longévité de (sa vie de) devi, elle conservera les sentiments sages d’un Bodhisattva. Le père, la mère, ainsi que les frères aînés et cadets de la jeune fille se sont tous réjouis, et c’est pourquoi, à leur mort, ils renaîtront comme devas. »

(Frip XXXNTI NE p-:69v2;)

Une femme se trouvait enceinte depuis plusieurs mois lorsqu'elle vit le Buddha et l'assemblée des religieux; elle fit alors dans son cœur cette réflexion : « Puissé-je mettre au monde un fils tel que ces hommes. Je le ferai devenir çramana pour qu'il soit disciple du Buddha. » Quand le terme fut arrivé, elle enfanta un fils qui, par son exceptionnelle beauté, se différenciait de la foule; quand son fils eut sept ans, comme elle était pauvre, elle ne put préparer que de la nourriture pour deux personnes et trois vêtements de religieux; puis, tenant en main une cruche à ablutions, elle emmena son fils auprès du Buddha et lui dit: «Je désire que vous ayez pitié de mon fils et que vous le fassiez devenir cramana. » Le Buddha y consentit et lui ordonna de se servir de la cruche pour laver les mains de l'enfant ; aussitôt neuf nâgas sortirent de l'embouchure de la cruche et crachèrent de l’eau dont ils arrosèrent l'enfant; ils firent

jaillir de l’eau et la répandirent sur la tête de l’enfant, mais elle se transforma en un dais de fleurs au centre duquel se trouvait un trône de lion; sur ce trône était le Buddha ; le Buddha rit en émettant une clarté bigarrée qui éclaira les dix centaines de mille de ksetras du Buddha, puis revint en entourantle corps du Buddhaet rentra par le sommet du crâne de l'enfant. La mère offrit au Buddha les mets qu’elle avait préparés, et, en même temps en donna à manger à son fils; elle conçut le sentiment de la sagesse sans supérieure et les dix centaines de mille de ksetras du Buddha en furent ébranlés à six reprises; tous les Buddhas se montrèrent; avec la nourriture. qu'avait apportée la mère on fit des libéralités à toute cette foule de Buddhas ainsi qu’à l'assemblée des bhiksus et tous furent rassasiés sans jamais manquer de rien. Les cheveux de l’enfant tombèrent d'eux-mêmes et il devint çramana; il put alors se tenir dans la condition d’avivartin.

(Trip. XXXVI, 4, pp. 65 v°-66 1°.)

Autrefois, à l’est de la ville de la Résidence royale (Râjagrha), il y avait une vieille matrone qui était avare, rapace et incroyante; sa servante (au contraire) déployait toute son énergie et agissait toujours avec un cœur bienveillant ; elle songeait à accomplir deux actes qui étaient profitables à la foule des êtres vivants : le premier consistait à ne jamais prendre de liquide bouillant pour le répandre à terre (1); le second consistait à laver les grains de riz qui étaient restés dans les ustensiles de cuisine et

(1) Apparemment parce que le liquide bouillant aurait pu tuer les menus êtres vivants qui se trouvent à la surface du sol.

à s’en servir toujours pour faire la charité aux hommes.

La vieille matrone devint malade et n'avait déjà plus que le souffle; son âme l’emmena et entra dans les enfers; elle y aperçut des chars de feu, des brasiers de charbon ardent, des chaudières où l’eau bouillonnait; il y avait là des montagnes de couteaux et des forêts d’épées qui produisaient des variétés infinies de souffrances; à ce spectacle, la vieille matrone demanda ce que c'était que cela ; un sbire des enfers lui répondit: « Ce sont ici les enfers; à l’est de la ville de la Résidence royale (Râjagrha), il y a une vieille matrone avare et rapace qui doit entrer ici. » La vieille matrone se reconnut et, toute effrayée, se sentit pénétrée de tristesse.

Elle marcha un peu plus avant et rencontra une résidence princière faite avec les sept joyaux; des musiciennes s’y trouvaient par centaines et par milliers, et on y voyait toutes sortes d'objets précieux; elle demanda ce que c'était que cela; on lui répondit : « C’est un palais de devi ; à l’est de la ville de la Résidence royale (Râjagrha), il y a une vieille matrone avide et rapace dont la servante s'applique au bien avec énergie; quand cette servante

sera morte, elle renaitra ici. »

Cependant, la vieille matrone, ayant repris soudain ses

sens, se souvint des choses qu’elle venait de voir ; elle dit donc à sa servante : « Vous devez naître en qualité de devi; mais vous êtes ma servante; comment pourriez-vous être seule à recevoir de tels avantages; il faut que vous les partagiez avec moi.» La servante lui répondit : « Si cela pouvait se faire, je m'empresserais de vous obéir; mais je crains que le mal et le bien ne soient conformes aux actes et quon ne puisse donc les partager avec d'autres. » La matrone alors cessa d’être avare et rapace et accomplit un grand nombre d'actions méritoires.

(Trip, XXXNTI 4, p.66 6:)

Autrefois le Buddha Weri-wei (Vipaçyin), accompagné de la foule des soixante-deux mille bhiksus, venait de sortir des montagnes pour retourner chez le roi son père. Le roi du pays détacha hors de la ville un domaine pour y élever des habitations pures (vihära); chacun des bhiksus obtint son lot de terre ; or, un bhiksu dit à ses voisins qu'il désirait qu’on lui construisit une demeure ; les hommes n’y consentirent pas, mais une vieille femme d’une de ces familles lui fit de ses propres mains une demeure ; quand elle eut terminé la maison, ses dix doigts étaient tout déchirés.

Le bhiksu s’assit dans cette demeure et se mit en contemplation ; dès la première nuit, il entra dans le samädhi de l'éclat du feu ; dans la maison parut un grand feu ; la vieille femme l’aperçut de loin et songea : « À peine aije construit cette maison que la voici incendiée ; pourquoi ai-je si peu de bonheur ? » Mais, quand elle entra dans la maison, elle la trouva telle qu'auparavant ; seulement, au milieu d’un éclat de feu, on apercevait le bhiksu. Elle en conçcut une grande joie.

Quand sa vie prit fin, elle naquit en qualité de devi ; au moment où Çâkya devint Buddha, sa destinée de devi n'était point encore terminée ; elle descendit et vint dire au Buddha : « Demain j'offrirai un repas au Buddha et à l'assemblée des religieux. » Le Buddha accepta par son silence. Cependant le roi Po-sseu-nt (Prasenajit) avait aussi envoyé des gens adresser une invitation au Buddha ; le Buddha ayant répondu qu'il avait déjà accepté l'invitation d’une devi, le roi dit : « Je n'ai jamais vu qu’une

personne ayant la qualité de devi soit descendue pour faire des libéralités ; comment cela pourrait-il se produire ? » Le lendemain donc il envoya des gens épier ce qui se passerait ; ils n’aperçcurent aucun préparatif fait pour des libéralités ; ils entrérent dans tous les coins de la maison et n’y trouvèrent pareillement que le silence. Le roi ordonna alors qu’on préparât des mets excellents en disant que, si personne d’autre ne s’en occupait, il ferait une offrande.

À midi, la devi arriva ; elle n’apportait avec elle aucune nourriture ; mais elle était accompagnée de toute la foule des femmes célestes qui, jouant toutes sortes d’airs de musique, s’arrétèrent en adorant le Buddha. Quant le moment qu’elle avait annoncé fut arrivé, la devi agita son mouchoir et toutes les choses se trouvèrent disposées en ordre ; quand on eut fait passer l’eau, elle agita encore la main et aussitôt des mets de cent saveurs sortirent de la cuisine tandis que de l'ambroisie apparaissait sur le sol ; de ses propres mains elle servit à boire et toutes les personnes de l'assemblée furent rassasiées. A ce spectacle, le roi s'émerveilla ; quand on eut fini de se laver les mains, il dit au Buddha : « Je ne comprends pas bien quel principe de bonheur cette devi a eu dans une vie antérieure pour que ses mains puissent produire des mets de cent saveurs. Comment sa vertu, créatrice de bonheur a-t-elle pu être telle ? » Le Buddha expliqua au roi que, dans une existence antérieure, elle avait construit de ses propres mains une habitation pour un bhiksu ; c’est pourquoi elle devait vivre en qualité de devi pendant quatre-vingt-onze kalpas et ses mains pouvaient produire toutes sortes d'objets et encore le bonheur qui l’attendait n’était-il point encore terminé.

(Trip., XXXIV, 4, p.66 r°.)

Une mère avait deux fils ; l’un d'eux ne savait pas nager; il tomba à l’eau et périt; sa mère ne se lamenta point, L'autre, qui savait nager, tomba aussi à l’eau et se noyà ; sa mère se désola à son sujet. Quelqu'un lui dit : « Pour votre premier fils, vous ne vous êtes point lamentée ; pourquoi vous lamentez-vous sur le second ? » La mère: répondit : « Le premier ne savait pas nager; aussi lui est-il arrivé ce qui devait arriver; mais le second était habile nageur; aussi sa mort est-elle injuste. »

CFrips XX RNA, pr06".)

Autrefois il y avait un homme qui était incroyant, tandis que sa femme au contraire, honorait fort le Buddha. Cette femme dit à son mari: « La vie humaine n’est pas permanente; il importe de pratiquer une vertu productrice de bonheur. » Le mari restant indifférent et indolent, sa femme craignit que, plus tard, il n’entrât dans les enfers; elle lui dit donc derechef : « Je me propose de suspendre une sonnette en la fixant au-dessus de la porte; chaque fois que vous entrerez ou sortirez, vous heurterez la sonnette qui résonnera et alors vous direz : Invocation à Buddha! » Son mari approuva très volontiers cette proposition et il en fut ainsi pendant fort longtemps. Quand le mari mourut, un sbire des enfers le saisit avec une

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fourche et le jeta dans une chaudière d’eau bouillante; la fourche vint à heurter la chaudière qui résonna; le mari crut que c'était le son de la sonnette et prononça : « Invocation à Buddha! » En entendant ces mots, le magistrat des enfers jugea que cet homme honorait le Buddha; il le relächa donc et le laissa sortir en sorte que ce mari obtint de naître dans la condition humaine.

NCA.

CMD AA X NE RD -070v0) Un homme et sa femme n'avaient pas de fils; ils offri-

rent des sacrifices au dieu du ciel en demandant une postérité. Le dieu la leur promit. (La femme) devint donc en-

‘ ceinte et elle accoucha de quatre objets ; le premier était

un boisseau en {chan-l'an (tandana, santal) rempli de riz; le second était une jarre pleine d'ambroisie; le troisième était un sac de joyaux ; le quatrième était un bâton magique à septnœuds. Ces gens direnten soupirant : « Nous avions demandé un fils et voici que nous mettons au monde ces autres objets. » Ils allèrent auprès du dieu pour lui demander de nouveau ce qu'ils désiraient. Le dieu leur dit : « Pour désirer un fils, quel avantage y voyez-vous ? » Ils répondirent : « Un fils subviendrait à nos besoins.» Le dieu répliqua : « Maintenant ee boisseau de riz est inépuisable; cette jarre d'ambroisie et de miel ne diminuera pas quand vous mangerez (ce qu’elle contient) et en outre elle enlèvera toutes les maladies ; le sac plein de joyaux ne se dégonflera jamais ; le bâton magique à sept nœuds vous protégera contre les méchants. Comment un fils aurait-il pu faire tout cela ? » Ces gens furent très contents ; rentrés chez eux ils mirent (ces ob-

jets) à l'essai et tout se passa, vraiment comme on le leur avait dit ; ils obtinrent donc des richesses incalculabies. Le roi du pays en fut informé et envoya aussitôt une troupe de soldats pour les dépouiller par la force ; mais l'homme priten main le bâton qui, volant en tout sens, frappa les ennemis etles brisa en morceaux ; toute cette forte bande se retira en désordre. Nos gens furent tout joyeux et dès lors n’eurent plus d’ennuis.

(Trip., XXX VI, 4, p. 67 ve-68 r°.)

Pour montrer que les gens débauchés préfèrent causer la mort de ceux qui leur sont apparentés plutôt que de renoncer aux actes de luxure, (voici ce qu'on raconte) : À côté de la ville de Chü-wet (Grâvasti), il y avait une femme qui, prenant dans ses bras son enfant et tenant une cruche, était allée au puits pour y puiser de l’eau; or, un jeune homme d'une grande beauté était assis à droite du puits et s'amusait en jouant de la guitare. Cette femme, qui était luxurieuse, désira se livrer au plaisir avec ce jeune homme et celui-ci de son côté la trouva à son gré; dans son égarement cette femme attacha son enfant par le cou et le suspendit dans le puits; quand elle revint pour l'en tirer, l'enfant était déjà mort. Navrée de douleur elle : invoquait le ciel, versait des larmes et prononçait des stances.

-Le Buddha réunit une grande assemblée et dit aux bhiksus : « Quand le feu de la luxure est allumé, il peut brûler le principe de l'excellence ; l’homme qui est égaré par les désirs sensuels ne connaît plus le bien et le mal, ne distingue plus entre le noir et le blanc et ne sait plus

ce que c’est que d'être lié ou libre. Les gens de cette sorte n'ont plus aucune honte ; ils aiment mieux causer la mort de ceux qui leur sont apparentés et recevoir pour leur part le châtiment et la honte. Parfois, par leur débauche, ils font périr leur père, leur mère, leurs frères et leurs parents aux six degrés; ils subissent le dernier supplice par ordre du roi, et, après leur mort, ils endurent de sévères expiations qui, de vie en vie, sont sans fin.

«Autrefois il y avait un homme qui se plaisait passionnément à la débauche. Son père et sa mère n'avaient que ce seul fils. Une nuit, à une heure où il n’y a personne (dehors), alors qu’il faisait sombre et qu'il y avait des tonnerres et des éclairs, il ceignit son épée, prit en main ses flèches et voulut aller dans le village d’une courtisane ; sa mère s’aperçut de ce qu’il allait faire et le retint en lui faisant des remontrances : « Maintenant les ténèbres de la nuit sont profondes et on vous fera du mal ; à cause de mon peu de vertu dans mes existences antérieures, je n'ai eu qu'un seul fils; s’il vous arrive quelque malheur, je n'aurai plus personne en qui me confier. » Le fils répondit à sa mère : « Je pars et ne puis plus rester. » La mère, voyant que sa résolution était arrêtée, se prosterna devant son fils ; quant à celui-ci, il tira son épée et d'un coup tua sa mère ; puis il alla frapper à la porte de la courtisane. Celle-ci lui répondit : « Qui êtes-vous ? » IT répliqua par ces gâthàs :

« Devant la débauche et la colère tous les autres sentiments s'effacent ; — l'homme est alors abusé par ses propres idées ; — il ne réfléchit plus aux effets de lous ses actes. — el ilest aveuglé par la stupidilé. — Maintenant, j ai tué ma mère — el je suis humilié comme un esclave ; — 7e reste debout en dehors de votre porle — comme un élranger qui s'acquille d'une commission.

«La femme lui répondit par ces gâthàs :

«Ié quoi ! vous vous êles révollé contre celle dont la bonté

vous a nourri; — en luant votre mère, vous avez semé le crime el le malheur ; — comment supporlerais-je de voir votre visage ? — il vous faut promplement vous éloigner de ma demeure. — Le père et la mère soignent et élèvent leur enfant — el, pour lui, ils endurent bien des souffrances ; — après avoir lué votre mère, vous marchez sur la terre ; — mais la lerre ne va-t-elle pas vous engloutir pour vous. luer ?

« Le jeune homme répondit encore à la femme :

« Cest à cause de vous que j'ai tué ma mère et que j'ai : commis un crime insondable. Montrez-moi un peu d’indulgence el ouvrez-mot votre porte pour que nous puissions converser un instant et ensuite je relournerai chez moi.»

« La femme lui répliqua :

« J'aimerais mieux me précipiler dans un four ardent, — me jeter du haut d’une montagne dans un ravin profond, — ou empoigner tout vivant un serpent de sept pieds de long — que d'avoir des relations avec un insensé tel que vous.

« Le jeune homme retourna chez lui ; en route, il rencontra des brigards qui le firent périr et il entra dans l'enfer a-pt (avici) pour y subir des tourments pendant des kalpas innombrables. »

(Trip., XXXVI, 4, p. 68 re.)

Un Pratyeka Buddha se rendit dans la demeure d’un maître de maison pour mendier sa nourriture. La femme (de ce maître de maison) vit que ce Pratyeka Buddha avait un extérieur fort beau et lui dit : «Si vous consentez à ce que je désire, je vous préparerai des offrandes. » Le Pratyeka Buddha lui répondit : « Je ne saurais accéder à votre

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