‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 41 sur 59 · III · texte numérisé non relu

III

de la ville de Chü-wei (Grâvasti). Quand ce dernier l’eut acheté, il voulut le tuer; or il se rencontra sous la porte de la ville avec le Buddha; dès que le bœuf aperçut de loin le Buddha, son cœur fut ému et joyeux; il rompit sa chaîne et partit au galop sans que l’homme püt le maitriser ; il vint droit au Tathâgata et, pliant ses deux jambes de devant, il beugla d’une manière pitoyable en pleurant; puis sa bouche prononça ces paroles : « Le grand saint est difficile à rencontrer; il n’est présent qu’en quelques occasions pendant une durée de cent mille générations ; puissiez-vous faire descendre sur moi votre grande compassion pour que, en une fois, je sois sauvé. »

Le Buddha dit : « Cela se peut fort bien. À une époque reculée, il y avait un roi tourneur de la roue (ëakravartin) qui régnait sur les quatre parties du monde, qui avait mille fils et qui possédait les sept joyaux; il gouvernait en appliquant des lois justes; la population jouissait de la tranquillité. En outre, ce roi avait les quatre vertus ; il regardait les gens du peuple comme ses enfants et le peuple l’honorait comme un père ; les cramaras, les brahmanes, les maîtres de maison et les hommes du peuple n'avaient jamais de maladie sur leur corps; les quatre régions du monde célébraient ses vertus et en faisaient pénétrer la renommée dans les dix directions.

Un jour que ce roi était sorti pour se promener dans les. quatre parties de son royaume, il revenait et se proposait de rentrer au palais, lorsqu'il rencontra un de ses vieux mais qui avait été saisi par un de ses créanciers et qui, parce qu'il était débiteur de cinquante onces d’or, avait été lié et attaché à un arbre. Le roi, ses sept joyaux (1) et ses. serviteurs s'arrêtèrent alors et cessèrent d'avancer ; le roi s'étonnant de ce qui était arrivé, informa (le créancier) en ces termes: « Relâchez-le et laissez-le partir ; ilvous paiera

(1) On a vu (t. I, p. 322, ligne 12-17) l'énumération des sept joyaux qui précèdent toujours un roi cakravartin.

le double de ce qu’il vous doit, soit cent onces d’or. » Le créancier le relâcha donc et le laissa retourner chez lui; puis, à plusieurs reprises, il se rendit à la porte du palais royal pour y demander de l’or, mais il n’en obtint pas; quant au débiteur, il était allé ailleurs et on ne savait plus où il se trouvait. |

Après avoir parcouru le cycle des naissances et des morts pendant des kalpas innombrables, le débiteur se trouvait toujours n'avoir pas remboursé ce qu’il devait ; dans la présente existence, il tomba dans ce corps de bœuf et fut vendu par le créancier pour le prix de plusieurs milliers d’onces d’or. Celui qui, en ce temps, était le roi tourneur de la roue {éakravartin), c’est moi-même; le créancier, c'est ce bœuf. » Quand le Buddha était un saint roi, il s'était porté garant du paiement, mais en définitive il ne donna rien et c’est pourquoi maintenant le bœuf vint lui demander secours.

Le Buddha dit au propriétaire du bœuf : « Moi, le Buddha, je ferai la quête en votre faveur et je vous paierai au double le prix du bœuf.» Le propriétaire du bœuf repoussa cette proposition et réclama au contraire son bœuf. Le Buddha lui annonça derechef ceci : « Je pèserai le poids, en livres eten onces, du corps du bœuf et je vous donnerai un poids égal d’or ». L'autre s’obstina dans son refus. Alors les devas Cakra et Brahma descendirent tous deux et dirent au Buddha: « Des onces d’or par myriades, milliers et centaines de mille, nous les procurerons. »

Le Buddha emmena le bœuf dans le Jetavana ; au bout de sept jours, la vie de ce bœuf se termina et il naquit soudain en haut parmiles devas ; il se souvint alors du bienfait que lui avait rendu le Buddha ; il revint donc parmi les hommes et répandit des fleurs pour en faire une offrande, témoignage de reconnaissance pour la bonté dont avait fait preuve le Buddha à son égard.

Le Buddha expliqua en sa faveur les livres saints et il

276 KING LU Yi SIANG (N°5 482-483)

obtint alors de s’élever à la qualité d’avivartin, d’être affranchi des naissances et de se conformer à la Loi; puis il retourna vivre en haut parmi les devas.

(Pris XXXNL AS AS

Autrefois un homme avait un âne qui lui servait à tirer un char et qui faisait une marche de plusieurs centaines de li par jour; il dit à son frère cadet : « Ne lâchez pas l’âne de peur qu'il ne voie d’autres ânes. » Le frère cadet trouva bizarre cette recommandation et pensa : « Quand des sages se rencontrent, ils en sont heureux; quand des êtres de même espèce se rencontrent, il n’en est aucun qui ne soit heureux. » Le frère cadet mit donc l’âne en liberté etlui permit de voir un autre (de ses congénères). (Les deux ânes) ne se mirent point à braire à plein gosier, mais il se flairèrent l’un l’autre et ne mangèrent point. Après cela le frère aîné attela son âne, mais celui-ci se coucha et refusa de marcher; le frère aîné, très irrité, lui coupa ses oreilles velues; en ressentant cette douleur cuisante, l'âne recommencça à marcher comme auparavant; il dit à son maître : « Votre frère cadet m'a laissé en liberté et j’ai vu un mauvais ami; comme je demandais à ce dernier pourquoi il était gras, il me répondit : « Je transporte des objets en terre pour un potier ; quand le chemin est mauvais, je me couche et n’avance plus ; mon maître va alors à pied en portant les objets en terre sur son épaule et il me laisse brouter en liberté sur le bord du chemin; je trouve à manger de bonnes herbes, et, au retour, je reçois du foin et des grains; c'est pourquoi je suis devenu gras. » Il me demanda pourquoi j'étais maigre; je lui répondis : « Je tire un char en faisant une marche

EE

de cinq cents {1 par jour; c’est au milieu des cahots que je bois et que je mange; c'est pourquoi je suis devenu maigre. » J'ai donc pensé que, si on me laissait en liberté, je deviendrais gras, mais au contraire je me suis vu raser la tête et je n’ose plus me coucher; je vous supplie de me laisser la vie. » Son maître eut compassion de lui; il le relâcha et lui permit d’être en liberté.

Cp RENAN TENTE)

Le Buddha se trouvait dans le royaume de Choô-wet (Crâvasti). Dans les temps passés, il y eut un chien qui quitta la maison de son maître et alla dans une maison étrangère pour y mendier de la nourriture; au moment où il pénétra dans cette maison étrangère, son corps était à l’intérieur de la porte, mais sa queue était restée en dehors de la porte. Cependantle maitre de la maison (grhapati) le frappa et ne lui donna pas à manger; le chien se rendit alors auprès des magistrats assemblés et leur dit : « Le maître de maison, quand je suis allé chez lui pour mendier de la nourriture, ne m'a pas donné à manger, mais au contraire m'a battu ; pourtant je n'avais pas violé le code des chiens. » Les magistrats lui ayant demandé ce que c'était que le code des chiens, il répondit : « Quand je suis dans ma maison, je m’assieds et je me couche comme il me plait; quand je vais dans une maison étrangère, mon corps peut entrer à l’intérieur de la porte, mais ma queue doit rester en dehors. » Les magistrats firent donc comparaître le maître de maison et lui demandèrent : « Est-il vrai que vous avez battu ce chien et que vous ne lui avez pas donné à manger? » Il reconnut que

c'était vrai; les magistrats demandèrent au chien : « Quel châtiment faut-il infliger à cet homme ? » Le chien répondit : « Donnez-lui la dignité de grand notable de la ville de Chü-wei (Grâvasti).» Comme on lui en demandait la raison, il ajouta : « Autrefois, j'étais dans la ville de CAhûü-wei (Grâvasti) et j'y occupais la position de grand notable; mais, comme je fis le mal dans mes actes et dans mes paroles, je reçus (en punition) ce corps de chien ; or cet homme est plus méchant encore que je ne le fus; si donc on lui permet d'occuper une haute situation, il commettra de grandes fautes et cela le fera entrer dans les enfers où il subira des tourments extrèmes. »

(Prin XX NI pD: 78:v-709 7°)

Autrefois un notable, dont les richesses étaient immenses, possédait un méchant chien qui se plaisait constamment à mordre les gens; personne n’osait franchir inconsidérément le seuil de sa porte. Or il arriva qu'un bhiksu intelligent et sage, dont la divine compréhension était difficile à égaler, entra par cette porte pour mendier; en ce moment le chien se trouvait être endormi et ne s'aperçut pas de sa venue au moment où elle se produisit. Le notable ayant disposé un repas, le chien s’éveilla et aperçut alors le çramana ; il fitcette réflexion : « À cause de mon sommeil, je ne me suis aperçu de rien et ce çramana a pu entrer; maintenant qu'il est assis, que vaisje faire? s’il mange tout à lui seul, je sortirai et je le mordrai de facon à le tuer, puis je dévorerai dans son ventre la bonne nourriture qu'il aura mangée ; mais s’il me donne une partie de ses aliments, je lui pardonnerai. »

Le çramana savait quels étaient ses sentiments ; aussi,

chaque fois qu'il mangea une bouchée, donna-t-il une bouchée au chien, en sorte que celui-ci, tout joyeux, conçut des sentiments d'affection envers le cramana et s’avança pour lui lécher les pieds.

- À quelque temps de là, le chien étant sorti de la porte et s’étant endormi, un homme qui avait eu autrefois à souffrir de ses morsures, lui trancha la tête; le chien naquit alors dans le ventre de la femme du notable, mais, peu après sa naissance, sa vie fut prématurément interrompue et il mourut encore une fois.

Il naquit derechef en qualité de fils d’un autre notable de ce pays; à l’âge de dix ans environ, il aperçut un çcramana et s’avança à sa rencontre pour lui rendre hommage ; il annonça à son père et à sa mère qu'il désirait prendre ce cramana pour son maître, lui faire des libéralités et des offrandes, puis recevoir les défenses prescrites par les livres saints ; ensuite il ferait à nouveau la conversion de tous les membres, grands et petits, de sa famille, réciterait les livres saints et réfléchirait sur la sagesse. Ayant ainsi informé ses deux parents, il demanda à devenir çramana; avant d’avoir reçu toutes les défenses, il fit des offrandes à son Ao-chang (upâdhyâya) sans jamais se relâcher, ni le jour ni la nuit. Après la mort de son ho-chang (upâdhyäya), il reçut la vertu des défenses.

CRRIDAXXNTS D 80 6%) Un chacal allait habituellement demander de la nourri-

ture à un lion; il obtenait chaque fois des restes d'aliments et revenait sans jamais se lasser.Or, un jour, le lion était à

jeun et n'avait pas encore trouvé à manger ; il appela donc le chacal, le flaira et se mit à le dévorer. Avant de mourir, étant déjà dans sa gueule, le chacal lui cria : « O grand maître, laissez-moi la vie! » Le lion fit cette réflexion : « Si je vous ai nourri jusqu'à ce que vous fussiez gras, c'était pour attendre que vous fussiezà point. Pourquoi donc réclamez-vous ? »

(Trip; XXXNI 4) p.837.)

À P'i-chô-li (Vaiçàli) à côté de l'étang des singes (Markatahrada), il y avait un jardin planté d’aulx (laçuna) ; la bhiksuni T’eou-lo-nan-lo (Sthülanandà) demeurait non loin de là; le maître du jardin lui adressa cette demande « O tante,ne vous faudrait-il pas quelques aulx? » Alors la bhiksuni, accompagnée de toutes ses çramanis et çrâmaneris, vint à plusieurs reprises chercher des aulx, tant et si bien qu’il n’y en eut plus du tout; le propriétaire abandonna son jardin et s’en alla.

Le Buddha raconta (à ce sujet) un jâtaka :

Autrefois il y avait un Brahmane qui était âgé de cent vingt ans ; son corps était fort émacié; sa femme était d’une beauté incomparable et avait mis au monde un grand nombre de fils etde filles. Ce brahmane était attaché de tout son cœur à sa femme et à la foule de ses fils et de ses filles et jamais il ne se séparait d’eux ; à cause de l’intensité de son affection, voici ce qui arriva : après sa mort, il naquit sous la forme d’une oie sauvage ; les plumes de son corps étaient toutes couleur d’or ; grâce aux influences exercées par le bonheur qu'il s'était acquis précédemment, il savait quelle avait été son existence antérieure ; aussi se

beach je .. 26 PS

KING LU Yi SIANG (N°: 487-488) 281

demanda-t-il par quel moyen il pourrait fournir à la subssistance de ses fils et de ses filles en sorte qu'ils ne souffrissent pas de la misère; en conséquence, il revint chaque jour auprès d'eux, et, chaque jour, il laissait tomber une de ses plumes, puis s’en allait. Ses enfants, le voyant agir ainsi et ne sachant pas la raison de sa conduite, délibérérent entre eux, disant : « Ce que nous avons de mieux à faire, c'est d’épier sa venue; de nous saisir alors de lui et de lui enlever toutes ses plumes d’or. » Ils mirent donc ce projet à exécution et lui arrachèrent toutes ses plumes d'or; mais les plumes qui repoussèrent furent de simples plumes blanches.

Le Buddha dit aux bhiksus : « Si vous désirez le savoir, celui qui en ce temps était le brahmane et qui, après sa mort, devint une oie sauvage, qui d’autre est-ce sinon le propriétaire actuel du jardin; sa belle épouse, c’est la bhiksuni; ses fils et ses filles, ce sont les crâmaneris et les çramanîs. »

N°mres:

CErips XRXNI Hp 8742)

Autrefois un homme riche avait récolté dix mille boisseaux de grain et les avait enterrés dans le sol. Lorsqu'on fut graduellement arrivé à la chaleur tempérée du printemps, 1l ouvrit son silo afin de prendre le grain et dele semer ; mais le grain avait entièrement disparu, et, à sa place, il y avait seulement un animal, gros comme ces paniers qu'on charge sur les bœufs, qui n'avait ni mains, ni pieds, ni tête, ni yeux, et qui semblait une masse de chair engourdie. Le maître de maison et tous les siens, grands et petits, s’étonnèrent à cette vue ; ils firent sortir Panimal, le posèrent sur un endroit plat et lui demandé-

rent : « Qui êtes-vous ? » Comme il ne répondait rien, on le piqua en un point avec un poinçon en fer ; il dit alors : « Si vous voulez savoir comment je m'appelle, mettez-moi au bord du grand chemin ; il se produira quelqu'un qui m'’appellera par mon nom. » On le prit donc et on le déposa au bord de la route. 110

Trois jours durant il n’y eut personne qui pût l'appeler par son nom, Mais alors survint un homme qui avait plusieurs centaines de chars tirés par des chevaux jaunes ; ses habits et ceux de ses serviteurs étaient jaunes; il arréta son char et cria : « Voleur de grains, que faites-vous ici? » L'animal répondit : « J’ai mangé le grain d’un homme ; c’est pourquoi il m'a pris et m'a mis ici. » Quand ils eurent ainsi conversé pendant fort longtemps, le passant pris congé de lui et s’en alla. Le maitre de maison demanda alors à Voleur de grains : « Qui était ce personnage ? » L'animal répondit : « Il est l’Essence du joyau d’or ; il demeure à trois cents pas à l’ouest d'ici, sous un grand arbre ; vous trouverez là cent jarres de pierre pleines d’or. » |

Le maître de maison prit alors avec lui plusieurs dizaines d'hommes et alla creuser à l'endroit indiqué; il trouva en effet l’or dans les jarres ; toute sa famille, : pleine de joie, s'occupa à transporter ce trésor chez lui : il se prosterna devant Voleur de grains en lui disant : « Si aujourd’hui j'ai trouvé tout cet or, c'est par votre bienfait, à grand dieu. Il vaudrait mieux que je vous garde et que vous reveniez avec moi pour que je vous fasse des offrandes.» Voleur de grains répondit : « Si, précédemment, après avoir dévoré votre grain, j'ai refusé de dire mon nom, cest parce que je voulais que vous receviez cet or en récompense (1). Maintenant il faut que

(1) Il faut sous-entendre, semble-t-il, l'idée suivante : la divinité « Essence du joyau d'or » ayant trahi l’incognito de la divinité « Voleur de grains », celle-ci s’est donc trouvée autorisée à révéler à son tour qui

je me transporte ailleurs pour répandre des bienfaits dans le monde ; je ne saurais rester ici plus longtemps. » Quand il eut fini de dire ces mots, soudain il disparut.

CORDES XNENE ED 87 1.)

A l'angle sud-est de la ville de la Résidence royale (Râjagrha), il y avait un fossé plein d’eau stagnante dans lequel venaient s’accumuler tous les égoûts de la ville, les ordures, les excréments et les urines ; la puanteur en était telle qu'on ne pouvait en approcher.Or une sorte de grand animal vivait dans cette eau stagnante ; son corps était long de plusieurs {chang ; il n'avait ni mains ni pieds ; ense tortillant, en levant et en baissant la tête, il s’ébattait dans cette eau stagnante. Plusieurs milliers de personnes le regardaient. Ânanda, en faisant la quête, l’aperçut et alla le voir ; l'animal aussitôt bondit, et les flots bouillonnèrent ; Ânanda raconta tout cela au Buddha qui se rendit alors avec ses disciples auprès de l'étang. Tous les gens qui étaient là, voyant le Buddha, pensèrent et se dirent les uns aux autres : « Maintenant le Tathâgata va, en faveur de l'assemblée, exposer l'histoire de cet animal afin de dissiper tous les doutes. N'y a-t-il pas lieu de s’en réjouir ? »

Le Buddha dit : « Après le Nirvâna du Buddha Weiwei (Vipaçyin), il y avait un temple par lequel cinq cents bhiksus vinrent à passer; en les voyant, le maitre du temple fut très joyeux et les pria de demeurer là pour qu'il püt les entretenir pendant trois mois ; cette troupe de religieux ayant accepté lPinvitation, le maitre du temple

était son interlocuteur et c'est ainsi qu'elle a pu faire découvrir un trésor au maitre de maison.

leur fit des offrandes de nourriture en y appliquant tout son cœur et sans rien négliger.

A quelque temps de là, cinq cents marchands qui avaient été sur mer pour recueillir des joyaux, passèrent, en revenant chez eux, par ce temple ; voyant les cinq cents bhiksus qui s’appliquaient avec énergie à tenir une conduite conforme à la sagesse ; ils conçurent tous de bonnes résolutions, et délibérèrent joyeusemententre eux, disant: « Il est difficile d'avoir l'occcasion de rencontrer un champ producteur de bonheur ; il nous faut donc faire quelque légère offrande. » Ils en informèrent le maître du temple qui leur dit : « J’ai fait mon invitation pour trois mois et il s’en faut de cinq jours qu'ils ne soient accomplis ; après ce délai, vous pourrez faire toutes les offrandes que vous voudrez. » Les marchands répliquèrent : « Nous devons partir et nous ne pouvons pas attendre aussi longtemps. » Ces cinq cents marchands donnèrent alors chacun une perle de manière à former un ensemble de cinq cents perles précieuse (mani) qu’ils confièrent au maître du temple en lui faisant cette recommandation : « Quand le délai sera accompli, vous présenterez nos perlesen offrande à cette assemblée de religieux.»

Le bhiksu le promit et reçut donc toutes ces perles. Mais ensuite il conçut une mauvaise pensée et médita de tout s'approprier sans rien donner en offrande. Les religieux lui ayant dit: « Il vous faut nous présenter les perles dont ont fait don précédemment les marchands, puis vous nous laisserez partir, » le maitre du temple leur répondit : « C’est à moi que les marchands en ont fait don ; si vous voulez me les ravir, c’est des excréments que je vous donnerai; si vous ne vous en allez pas immédiatement, je vous couperai les mains et les pieds et je vous jetterai dans une fosse pleine d’ordures. » Tous les religieux, pleins de pitié pour cet insensé, se retirèrent un à un en silence.

Page 1