‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 42 sur 59 · EXTRAITS DU TA TCHE TOU LOUEN · texte numérisé non relu

EXTRAITS DU TA TCHE TOU LOUEN

(Origine du nom de Râjagrha.)

CÉRID ER X RD A IENS

Question : Les grandes villes telles que Chûü-p'o-l1 (Crâvasti), Kia-p'i-lo-p'o (Kapilavastu), Po-lo-nat (Vârànasi), ont toutes des résidences royales ; comment se faitil que cette ville-ci seule porte le nom de Résidence royale (Râjagrha) ?

Réponse : Certaines personnes donnent l'explication suivante : un roi du royaume de Mo-k'ia-l'o (Magadha) eut un fils qui, n’ayant qu’une tête, avait deux visages et quatre bras; les gens d’alors estimèrent que c'était là un être de mauvais présage; le roi lui fendit donc en deux le corps et la tête et l’abandonna dans la campagne déserte. Or, une râksasi nommée .Li-lo (2) réunit les deux parties de son corps et le nourrit de son lait; par la suite, il grandit ét devint un homme; sa force était telle qu’il put conquérir tous les royaumes des autres rois; il posséda le monde entier; il prit tous les rois des royaumes, au nombre de dix-huit mille hommes, et les

(1) Le Ta che tou louen (Nansio, Catalogue, n° 1169) est un çâstra dont l’auteur hindou est Nâgârjuna; il a été traduit en chinois, sous une forme partiellement écourtée, par Kumârajiva, entre 402 et 405 p. C.

(2) Les éditions des Yuan et des Ming l'appellent Chô-lo,

“plaça au milieu de ces cinq montagnes; par sa grande puissance, il gouverna Île Yen-feou-fi (Jambudvipa) ; c'est pourquoi les habitants du Yen-feou-l'i (Jambudvipa) donnèrent à ces montagnes le nom de Ville de la résidence des rois (Râjagrha).

D’autres personnes racontent ceci : Dans la ville où demeurait auparavant le roi de Mo-k'ia-Po (Magadha), un incendie se déclara; dès qu’elle eut été détruite par le feu, on la rebâtit; il en fut ainsi à sept reprises; les gens du pays étaient accablés par les travaux qu’on leur imposait; le roi, saisi de tristesse et de crainte, rassembla tous les hommes sages et leur demanda leur avis; parmi eux il y en eut qui proposèrent de changer l’emplacement de la ville. Le roi chercha alors un lieu où s’installer ; il vit ces cinq montagnes qui formaient un pourtour semblable à une muraille; il y éleva donc un palais et s'établit au milieu de cet endroit; c’est de là que vint le nom de Ville de la résidence royale (1).

Voici encore une autre explication : dans les temps passés, il y avait en ce royaume un roi nommé P’o-seou, qui, dégoûté du monde, entra en religion et se fit ermite. En ce temps, les brahmanes qui étaient restés dans le monde et les ascètes qui étaient sortis du monde eurent une discussion; les brahmanes qui étaient restés dans le monde disaient : « D’après les livres sacrés, dans les sacrifices aux devas, il faut tuer des êtres vivants dont on mangera la chair. » Les ascètes qui étaient sortis du monde répliquaient : « Il ne. faut pas, quand on sacrifie aux devas, tuer des êtres vivants et en manger la chair. » Ils disputaient ainsi entre eux. Les brahmanes qui étaient sortis du monde dirent : « Il ya ici le grand roi qui est sorti du monde pour se faire ermite. Avez-vous confiance en lui? » Les brahmanes qui étaient restés dans le

(1) Cette tradition est apparentée à celle que rapporte Hiuan- reg (Mémoires, trad. Julien, t.. II, pp. 39-40)...

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