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monde ayant répondu qu'ils avaient confiance en lui, les
autres reprirent : « Nous prendrons cet homme pour “arbitre; demain, nous irons l’interroger. »
Cette nuit même, les brahmanes qui étaient restés dans
le monde allèrent par avance auprès de l’ermite P'o-seou,
et, après lui avoir posé toutes les questions d’usage, ils lui dirent : « Dans la discussion de demain, il vous faut
nous aider. » Le lendemain donc, au point du jour, au
moment de la discussion, les ascètes qui étaient sortis du monde demandèrent à l’ermite P'o-seou : « Dans les sacrifices aux devas faut-il ou non tuer des êtres vivants et en manger la chair ? » L’ermite P’o-seou répondit : « La règle
des brahmanes est que, dans les sacrifices aux devas, il
faut tuer des êtres vivants et en manger la chair. » Les ascètes qui étaient sortis du monde reprirent : « Quel est votre véritable sentiment personnel ? Faut-il, ou non, tuer des êtres vivants et en manger la chair ? » L'ermite P'o-seou répondit : « Puisqu'il s’agit des sacrifices aux devas, on doit tuer des êtres vivants et en manger la chair; en effet,
ces êtres vivants étant morts dans un sacrifice aux devas,
ils pourront renaître en haut dans les cieux. »
Les ascètes qui étaient sortis du monde s’écrièrent : « Vous vous trompez grandement ! Vos paroles sont très mensongères ! » Alors ils lui crachèrent dessus en disant : « Homme criminel, disparaissez ! » Aussitôt l’ermite P'o-seou s’enfonça graduellement dans le sol jusqu’à ce que ses chevilles fussent recouvertes; la raison en est qu'il avait été le premier à ouvrir la porte à de grands crimes. Les ascètes qui étaient sortis du monde lui dirent : « Vous devez parler suivant la vérité; si vous vous obstinez à tenir un langage mensonger, tout votre corps s’enfoncera dans le sol ». L’ermite P’o-seou répondit : « Je sais que l’acte de tuer les moutons et d’en manger la chair n’est pas un crime quand on le fait pour les devas ». Aussitôt il enfonca dans le sol jusqu'aux genoux. Ils dis-
parut ainsi graduellement jusqu’à la ceinture, puis jusqu’au cou. Les ascètes qui étaient sortis du monde lui dirent : « Maintenant votre parole mensongère a reçu sa rétribution dans le monde présent. Si cependant vous vous décidez à parler suivant la vérité, quoique vous soyez sous terre, nous pouvons vous retirer et faire que vous échappiez au châtiment. » Alors l’ermite P’o-seou fit cette réflexion : « Nous autres, hommes de noble condition, nous ne devons pas tenir deux langages différents. En outre, dans les quatre wei-Fo (vedas) des brahmanes, on célèbre de toutes sortes de façons la règle des sacrifices aux devas. Si moi seul je meurs, cela vaut-il la peine qu’on en tienne compte ? » Il dit donc de tout son cœur : « Dans les sacrifices aux devas, ce n’est pas un crime de tuer des êtres vivants et d'en manger la chair. » Les ascètes qui étaient sortis du monde lui crièrent : « Vous êtes un criminel endurci; disparaissez donc englouti; nous ne voulons plus vous voir. » Alors toute sa personne s’enfonça dans la terre. A partir de ce moment et jusqu'à aujourd’hui, on a toujours observé la règle donnée par l’ermite P’o-seou; quand on tue un mouton dans les sacrifices aux devas, au moment où le couteau s’abat sur lui, on lui dit : « P’o-seou te tue » (1).
Le fils de P'o-seou se nommait Kouang-tch'o (largechar); il lui succéda dans la dignité royale; par la suite, lui aussi se dégoüta du monde, mais il ne put plus entrer en religion. Il fit alors cette réflexion : « Mon père, l’ancien roi, a été englouti vivant dans la terre, bien qu'il fût entré en religion ; si je continue à gouverner le monde, je me rendrai derechef coupable d’un grand crime; en quel endroit donc dois-je aller ? » Au moment où il faisait
(1) On ne trouve pas mention de cette curieuse formule dans la description que donne de l’immolation Julius Schwab (Das altindische Thieropfer, Erlangen 1886, p. 103-105). Elle est cependant bien conforme à
l'idée rituelle que les sacrifiants cherchent à décliner la responsabilité du meurtre de la victime.
dos. 5 A S. F
cette réflexion, il entendit dans les airs une voix qui lui disait : « Si vous voyez en marche un endroit comme il y en a peu et comme il est difficile d’en rencontrer un pareil, c’est là que vous devrez établir votre résidence. » Quand cette parole eut été dite, la voix se tut. À peu de temps de là, étant sorti pour chasser dans la campagne, le roi aperçut un cerf qui fuyait rapide comme le vent ; il s'élançca sur ses traces sans pouvoir l’atteindre; comme il le poursuivait sans relâche, aucun des officiers de son escorte ne put rester avec lui. S'avançant ainsi de lieu en lieu, il aperçut un endroit où cinq montagnes formaient un cirque escarpé et bien défendu; le sol y était uni et produisait des herbages fins et moelleux; de belles fleurs couvraient la terre; il y avait là des bois de toutes sortes d’essences d'arbres où les fleurs et les fruits croissaient en abondance; des sources douces et des étangs frais montraient partout leur pureté; cet endroit était merveilleux; de toutes parts on y répandait des fleurs célestes et des parfums célestes et il y avait les divertissements d’une musique céleste. Quand les musiciennes des gandharvas virent venir le roi, elles se retirèrent toutes. (Le roi pensa) : « Ce lieu est un emplacement comme il y en a peu et je n’en ai jamais vu de tel. C’est bien là que je dois établir ma résidence. » Quand il eut fait cette réflexion, tous ses ministres et ses officiers, qui avaient suivi ses traces, arrivèrent. Le roi leur déclara : « La voix que j'ai entendue auparavant dans les airs m'avait dit: Si vous voyez en marche un endroit comme il y en a peu et comme il est difficile d’en rencontrer un pareil, c’est là que vous devrez établir votre résidence. Or maintenant
je vois ce lieu qui est un emplacement comme ilyena
peu; c’est là que je dois établir ma résidence. » Alors il
abandonna la ville où il demeurait auparavant et se fixa
dans ces montagnes. Ce fut ce roi qui le premier s'établit
là, et, à partir de lui, ses successeurs les uns après les ue 19
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autres y demeurèrent, Comme ce roi y avait tout d'abord fait élever un palais pour y résider, de là vint le nom de Ville de la résidence royale.
(Origine du nom de Cäripultra.)
(Frip. XX, A, pp. 70:v?-71 Pr)
Question : D'où vient le nom de Chô-li-fou (Càriputra) ? Est-ce un nom qui fut donné (à Câriputra) par son père et sa mère, ou bien est-ce un nom qui vient de quelque action méritoire qu'il aurait accomplie ?
Réponse : C’est un nom qui lui fut donné par son père et sa mère (1). Dans le Yen-feou-fi (Jambudvipa), dans la (région) la plus fortunée, se trouve le royaumede Mo-k'ia-l'o (Magadha) ; là est une grande ville nommée Wang-chô (Râjagrha); il y avait là un roi nommé P’in-p'o-so-lo (Bimbisâra) et un brahmane, maitre dans l'art de la discussion, nommé Mo-lo-lo (Mathara). Parce que cet homme était fort habile à discuter, le roi lui avait donné en apanage une bourgade située non loin de la capitale. Ce Mo-Fo-lo se maria alors et sa femme mit au monde une fille ; comme les yeux de cette fille ressemblaient à ceux de l'oiseau chô-li (câri, le héron), on la nomma donc Çâri; ensuite, la mère mit au monde un fils dont les os des genoux étaient fort gros et c’est pourquoi on le nomma Æiu-hi-lo (Kosthila) (2). Après que ce brahmane se fut marié, il
(1) Comme le prouve la suite de l'histoire, il faut lire au contraire: « Ce n'est pas un nom qui lui ait été imposé par sesparents. »
(2) Ce nom de Kosthila,'que les Chinois expliquent comme signifiant «aux gros genoux », a été rendu en tibétain par l'expression gsus-po-che
s’occupa à élever son fils et sa fille; il oublia tous les livres sacrés qu'il avait étudiés et il ne s’appliqua pas à acquérir des connaissances nouvelles.
En ce temps, dans l'Inde du sud, il y avait un brahmane, grand maître dans l’art de la discussion, qui se nommait T'i-cho (Tisya); il avait pénétré à fond les dix-huit sortes de grands livres sacrés. Cet homme arriva dans la ville de la résidence royale (Râjagrha); sur sa tête il portait une lumière (1) et son ventre était recouvert de feuilles de cuivre (2); comme on lui demandait la raison de cette seconde particularité, il répondit : « Les livres sacrés que j'ai étudiés sont extrêmement nombreux; aussi ai-je lieu de craindre que mon ventre n’éclate et c’est pourquoi je l’ai bardé de métal. » Comme on lui demandait encore pourquoi il portait une lumière sur la tête, il répondit que c'était à cause de la grande obscurité. « Mais, lui répliqua la foule, le soleil a paru et nous éclaire; pourquoi parlez-vous d'obscurité ? » Il répondit: « Il y a deux sortes d'obscurité; l’une se produit quand la lumière du soleil ne nous éclaire pas; la seconde est le mal qui provient des ténèbres de la stupidité. Maintenant, quoiqu'il y ait la clarté du soleil, les ténèbres de la stupidité sont encore profondes. » La foule reprit : « N’avez-vous donc pas vu le brahmane Mo-fo-lo ? Si vous le voyiez, votre ventre se comprimerait et votre lumière s’obscurcirait ». Quand ce brahmane eut entendu ces paroles, il se dirigea vers le tambour qui appelle à la discussion et le fit résonner.
Quand le roi entendit ce bruit, il demanda qui en était l’auteur. Ses ministres lui répondirent:« C’est un brahmane de l'Inde du Sud nommé T'i-chô, qui est un grand maître
qui signifie « grand ventre » ; dans ce sens on a rattaché le nom de Kosthila au mot kostha « intestin, ventre ».
(1) Le thème du brahmane qui porte une lumière en plein jour se re-
trouve dans notre n° 121. Voyez les notes relatives à ce conte dans notre table analytique.
(2) Cf. Hiuan-lsang (Mémoires, tr. Julien, t. IF, p. 85).
dans l’art de la discussion: il désire demander un sujet de discussion et c’est pourquoi il a frappé sur le tambour. » Le roi en fut joyeux ; il réunit aussitôt les hommes sages et leur dit : « Que celui qui est capable de l’embarrasser discute avec lui. »
Quand Mo-lo-lo fut informé de cela, il se défia de ses forces, car il disait : « Jai tout oublié et je ne me suis pas occupé d'acquérir des connaissances nouvelles. Je ne sais si je suis capable de soutenir une discussion. avec cet homme. » Il vint cependant en se faisant violence; en chemin, il vit deux taureaux qui luttaient à coups de cornes; il fit en lui-même cette réflexion: «Ce bœuf-ci, c’est moi; ce bœuf-là, c'est cet autre homme. J'en tirerai un présage pour savoir qui sera vainqueur. » Ce fut le premier bœuf qui fut vaincuet Mo-fo-lo en conçut une grande tristesse, carilse disait: « D’après-ce présage, c'est moi qui serai vaincu.» Au moment où il allait entrer dans la foule, il vit une matrone qui tenait une cruche d’eau et qui se trouvait droit devant lui ; elle buta contre le sol et cassa sa cruche ; il songea derechef : « Cela non plus n’est pas de bon augure », et il fut extrêmement peu satisfait.Quand il fut entré dans la foule, il aperçut le maître dans l’art de discuter dont la figure et l'aspect avaient toutes les marques du triomphe. Il reconnut alors qu'il serait vaincu, mais, comme il ne pouvait faire autrement, il accepta de discuter avec lui. Dès que la discussion fut engagée, il tomba dans la situation de celui qui a le dessous.
Le roi, très joyeux, pensa: « Un homme intelligent doué d’une grande sagesse est venu de loin dans mon royaume. » Il voulait lui donner en apanage une bourgade ; mais ses ministres lui adressèrent des remontrances, disant: « Si, parce qu'un homme intelligent est venu, vous lui donnez aussitôt en apanage une bourgade tandis que vous ne récompensez pas vos ministres qui vous ont bien servi, et si vous réservez toutes vos faveurs
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