‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 45 sur 59 · PC EE · texte numérisé non relu

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élevée et il vit son visage dans l’encadrement d'une fenêtre. Sa pensée resta toute pénétrée de cette image et son cœur ne put s’en détacher un seul instant; cela ne fit que s’accroitre de jour en jour et de mois en mois ; il en perdit le boire et le manger. Sa mère lui ayant demandé quelle en étaitla cause, il lui répondit en lui révélant ses sentiments : « Depuis que j'ai vu la fille du roi, mon cœur ne peut plus l'oublier. » Sa mère lui fit des remontrances en lui disant: « Vous êtes un homme de peu et la fille du roi est d’une condition très élevée ; vous ne sauriez l’obtenir. » Son fils répliqua: «Je voudrais pouvoir me distraire, mais je ne saurais oublier un instant la princesse ; si mes désirs ne peuvent être réalisés, il m'est impossible de vivre.»

Pour agir en faveur deson fils, la mère se rendit au palais royal; elle y apportait constamment de gros poissons et de la viande excellente qu’elle offrait à la fille du roi sans vouloir prendre aucune rétribution. La fille du roi s'en étonna et lui demanda quel était l’objet deses désirs. La mère lui répondit qu’elle la priait d’éloigner les assistants et qu’elle lui exposerait ses sentiments; (après quoi, elle dit:) «J'ai un fils unique qui vous aime respectueusement, Ô fille du roi; sa passion est si forte qu’il en est tombé malade”; sa destinée ne semble plus devoir être longue ; je voudrais que vous lui accordiez une pensée compatissante etque vous lui rendiez la vie. » La fille du roi lui répondit : « Le quinzième jour du mois, qu'il aille se placer derrière la statue du dieu dans le sanctuaire de telle divinité. » La mère revint annoncer à son fils : « Vos vœux sont réalisés »; puis elle l’avertit, conformément à ce qui à été dit plus haut, de se baigner, de se revêtir de vêtements neufs et de se tenir derrière la statue du dieu.

Quand le moment fut venu, la princesse dit au roi son père: « Je suis sous une influence néfaste ; il faut que j'aille dans le sanctuaire du dieu pour y demander un bon-

heur propice.» Le roi y ayant consenti, elle sortit avec un cortège de cinq cents chars et se rendit au temple du dieu. Quand elle fut arrivée, elle donna cet ordre à ceux qui la suivaient : «Restez rangés devant la porte ; j'entrerai seule dans le sanctuaire du dieu. »

Cependant le dieu fit cette réflexion: « Cette chose est inconvenante ; ce roi est mon bienfaiteur (dânapati) ; je ne saurais permettre que cet homme de peu déshonore sa fille. » Aussitôt donc il accabla de fatigue cet homme et le fit s'endormir sans qu’il pûtse réveiller. Quand la fille du roi fut entrée et eut vu qu'il dormait, elle le secoua à plusieurs reprises sans parvenir à lui faire reprendre ses sens ; alors elle lui laissa un collier d’une valeur de cent mille onces d’or et partit. Quand elle fut partie, cet homme putse réveiller et apercut le collier ; il interrogea les gens qui étaient là et sut que la fille du roi était venue ; n'ayant put obtenir la satisfaction de ses désirs, il en conçut un chagrin profond ; le feu de la passion éclata au dedans de lui et il mourut consumé.

Par cet exemple on peut savoir que le cœur des femmes ne fait pas de distinction entre ceux qui sont élevés en dignité et ceux qui sont de basse condition et qu'il se laisse guider seulement par ses désirs sensuels.

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