EXTRAITS DU FA KIU P’I YU KING
(Trip., XXIV, 6, pp. 64 v°-65 r°.)
Autrefois le Buddha se trouvait à Râjagrha (Lo-yueiche) dans le Jardin des bambous ; il se rendit avec ses disciples dans la ville pour y recevoir l’aumône ; quand il eut fini d'expliquer la Loi, entre trois et cinq heures de l'après-midi, il sortit de la ville ; sur la route il rencontra un homme qui poussait devant lui un grand troupeau de bœufs et qui se disposait à rentrer dans la ville ; gras et repus, ces bœufs bondissaient et se frappaient les uns les autres avec leurs cornes; alors l'Honoré du monde prononça ces stances :
Comme cel homme qui branditl un bâlon — pour conduire les bœufs à la boucherie, — ainsi sont la vieillesse el la mort; — car pour l'homme aussi, après qu'il a élé nourri, la vie S'en va.
Sur des centaines et des milliers de personnes 1l n’y en a pas une, — homme ou femme el de quelque famille qu’elle soit, — qui, après avoir ramassé des richesses, -- ne doive s’affaiblir et périr.
(1) Le Fa kiu p'i yu king (Nanjio, n° 1353), a été traduit par les cramanas Fa-kiu et Fa-li entre 265 et 316 p. C. C'est un texte du Dhammapada où les stances sont accompagnées d’un certain nombre d'avadänas. Sous Île titre The Dhammapada from the Buddhist Canon, Beal a traduit la partie versifiée de cet ouvrage; mais il s'est borné à donner des analyses de quelques-unes des paraboles qui y sont contenues.
Pour les êtres vivants, jour et nuil, — leur vie d'ellemême se détruil; — l’exlinction produite par la vieillesse — est semblable à l'infiltration de l’eau dans un trou.
Quand le Buddbha fut arrivé dans le Jardin des bambous, il se lava les pieds et s’assit. Ânanda s’avança alors, se prosterna et demanda à l’Honoré du monde : « Naguère, sur la route, vous avez prononcé ces trois stances ; je n’en ai pas bien vu le sens; je désire que vous me fassiez la grâce de me les expliquer. » Le Buddha dit à Ânanda : « Avez-vous vu cet homme qui chassait devant lui un troupeau de bœufs ? » Ânanda ayant répondu qu'il les avait vus, le Buddha reprit : « Ce troupeau de bœufs qui appartient à un boucher comptait au début mille têtes de bétail ; le boucher charge chaque jour un homme de les mener hors de ville et de chercher de bonne eau et d'excellents pâturages afin qu’ils deviennent gros et grands ; puis on choisit les plus gras d’entre eux et on les lui amène chaque jour pour qu’il les tue ; plus de la moitié d’entre eux ont été ainsi tués ; cependant ceux qui restent ne se sont aperçus de rien; ils sont justement en train de se donner des coups de corne, de bondir et de mugir. J’ai été affligé de leur manque de sagesse et c’est pourquoi j'ai prononcé ces stances. »
Le Buddha dit à Ânanda : « Comment ne s’agirait-il que de ces bœufs ? Pour les hommes il en va de même. Ils ne pensent qu'à leur moi etne connaissent pas l'impermanence universelle ; ils satisfont gloutonnement les désirs de leurs cinq sens et nourrissent bien leur corps; ils réjouissent leur cœur et donnent toute satisfaction à leurs désirs ; ils se nuisent les uns aux autres ; jamais ils ne s'accordent, même provisoirement, eten définitive ils en arrivent à ne trouver jamais le moment (où ils vivront en bonne harmonie). Dans leur aveuglement ils ne s’apercoivent de rien; en quoi diffèrent-ils de ces bœufs ? » En ce temps, dans l'assemblée, il y avait deux cents bhiksus
avides de jouissances, qui, après avoir entendu la Loi, firent tous leurs efforts pour atteindre les six pénétrations
-surnaturelles et obtinrent la dignité d’arhat. Tous les as-
sistants, émus et joyeux, rendirent hommage au Buddha.
(Frips KV 06; pr 68 1)
Autrefois le Buddha se trouvait dans la montagne
K'i-tou-k'iu (Grdhraküta) de ZLo-yue-iche (Râjagrha). En
ce temps, dans cette ville, il y avait une courtisane nommée Fleur de Lotus; elle était d’une beauté remarquable et n'avait pas son égale dans tout le royaume. Tous les
jeunes gens des principales familles la recherchaient et
l’admiraient. Or, un jour, Fleur de Lotus conçut une excellente pensée ; elle voulut renoncer aux choses de ce monde et devenir. bhiksunï ; elle se rendit donc dans la montagne pour aller auprès du Buddha. Avant qu'elle fût
arrivée à mi-chemin, elle rencontra une source d’eau vive ;
Fleur de Lotus but de l’eau et se lava les mains ; elle aperçut son visage dont le teint était rose et animé, ses cheveux qui étaient de couleur foncée, les formes de son corps et de sa figure qui étaient parfaites, tout cela étant unique et ne souffrant aucune comparaison ; elle se repentit alors et dit : « Quand une personne est née dans le monde avec un tel corps, comment pourrait-elle renoncer à elle-même pour se faire çramana ? Il me faut profiter du moment présent pour satisfaire mes désirs personnels. » Ayant fait ces réflexions, elle revint sur ses pas.
Le Buddha savait que Fleur de Lotus devait étre convertie et sauvée ; il créa donc miraculeusement une femme plus belle que toutes les autres et qui même l’emportait
plusieurs millions et myriades de fois sur Fleur de Lotus ; cette femme vint sur le chemin au-devant de Fleur de Lotus ; quand celle-ci la vit, son cœur fut plein d’amour et de respect; elle demanda aussitôt à la femme miraculeuse d’où elle venait, et où se trouvaient son mari, ses fils, son père, ses frères ainés et ses parents en ligne masculine et en ligne féminine, comment il se faisait qu’elle marchait seule et sans personne à ses côtés pour l’accompagner. La femme miraculeuse lui répondit : « Je viens de la ville ; je désire retourner chez moi; bien que nous ne nous connaissions pas, ne vaut-il pas mieux que nous revenions ensemble, et, quand nous serons arrivés auprès d'une source, que nous nous reposions en causant ? » Fleur de Lotus donna son assentiment ; toutes deux donc revinrent de compagnie et arrivèrent auprès d’un ruisseau ; elles bavardèrent sur mille détails. Cependant la femme miraculeuse éprouva le besoin de dormir, et, appuyant sa tête sur les genoux de Fleur de Lotus, elle s’endormit ; au bout d’un instant, soudain sa vie s’interrompit; elle enfla et exhala une odeur putride ; son ventre creva et des vers en sortirent; ses dents tombèrent, ses cheveux se détachèrent, ses membres se disjoignirent. En voyant cela, Fleur de Lotus fut saisie d’une grande crainte et dit: « Comment se fait-il qu’une si belle femme soudain ait subi la loi de l’impermanence ? S'il en a été ainsi pour elle, comment moi-même pourrai-je me conserver longtemps? C'est pourquoi donc, il faut que j'aille auprès du Buddha et que je déploie toute mon énergie pour étudier la sagesse ». Elle se rendit alors auprès du Buddha et se jeta à terre tout de son long ; quand elle eut terminé ses adorations, elle raconta au Buddha tout ce qu'elle avait vu. Le Buddha dit à Fleur de Lotus : « Il y a quatre choses en lesquellesl’homme ne saurait mettre son appui ; quelles sont ces quatre choses? Ce sont : 1° la jeunesse, car elle doit aboutir à la vieillesse ; 2° la vigueur, car elle doit