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l’ordre que, si quelqu'un demandait à la voir, on répondit qu’elle était malade (1). Quand le nombre normal des jours et des mois fut résolu, elle mit au monde un garçon qui avait un beau visage et qui tenait dans sa main un sac à aiguilles d’acupuncture. Le brahmane déclara : « Cet enfant est le fils d'un roi; d'autre part il tient un instrument médical; il sera certainement un roi-médecin. » Alors Fillede-manguier enveloppa l'enfant dans un vêtement blanc et ordonna à une servante d’aller l’exposer dans la rue. En conformité avec cet ordre, la servante le prit dans ses bras et alla l'abandonner. En ce moment, le prince Wou-wet (Abhaya) (2), était monté sur son char au point du jour avec l'intention d’aller voir le grand roi et il avait envoyé des gens pour faire dégager la route; or le prince aperçut de loin sur le chemin un objet blanc; il fit arrêter son char et demanda à ceux qui étaient auprès de lui : « Qu’estce que cet objet blanc ? » On lui répondit que c'était un petit garçon. « Est-il mort ou vivant ? » demanda-t-il. « Bien vivant », lui répondit-on. Le prince ordonna alors à ses gens de le recueillir, puis il chercha une nourrice pour l’allaiter ; comme il était vivant, un brahmane prit ce petit garçon pour le rendre à Fille-de-manguier et on le nomma Ài-yu (Jivaka).
Quand il eut atteint l’âge de huit ans, par son intelligence, ses talents éminents et sa connaissance de toutes sortes de livres, il était fort différent de la moyenne des autres enfants. Quand il jouait avec les autres petits garçons du voisinage, il les méprisait dans son cœur parce qu'il pensait que ceux-ci ne le valaient pas; un Jour, ces petits garcons l’injurièrent ensemble en lui disant: « Fils sans père, né d'une fille débauchée, comment vous permet-
(1) Afin qu'on ne püt pas supposer qu'elle avait eu des rapports avec un autre homme et afin que l'enfant qu'elle aurait fût reconnu comme ayant pour père le roi Bimbisâra.
(2) Fils de Bimbisàra.
tez-vous de nous traiter avec mépris? » Æ1-yu (Jivaka), déconcerté, garda le silence et ne répondit pas. Il revint auprès de sa mère et lui demanda : « Je vois que tous les autres enfants ne me valent pas et cependant ils m’injurient en m'appelant fils sans père. Où se trouve donc main-: tenant mon père ? » Sa mère lui répondit : « Votre père n’est autre que le roi P’ing-cha (Bimbisâra). — Le roi P’ing-cha (Bimbisära), reprit Æ’1-yu (Jivaka), se trouve dans le royaume de Lo-yue-lche (Râjagrha) qui est à cinq cents li de distance. Comment m’a-t-il engendré ? et si ce que vous dites, Ô mère, est vrai, comment le prouverai-je? » Sa mère lui montra alors l’anneau formant sceau et lui dit : « Ceci est l'anneau de votre père. » X’i-yu (Jivaka) l’examina et reconnut quil portait l'inscription «sceau du roi P'ing-cha» (Bimbisâra). Prenant donc avec lui cet anneau, il se rendit dans le royaume de Lo-yue-lche (Râjagrha) et entra tout droit par la porte du palais; il n’y eut personne à la porte pour le réprimander. Il parvint ainsi en présence du roi, lui rendit hommage, s’agenouilla et lui dit: « O roi, je suis votre fils ; j'ai été mis au monde par Fille-de-manguier. Maintenant, en atteignant ma huitième année, j'ai appris, à grand roi, que j'étais de votre race et c’est pourquoi, vous apportant la preuve de l’anneau formant sceau, je viens de loin pour rentrer dans votre famille. » Le roi vit l'inscription du sceau, se rappela le serment qu'il avait fait autrefois et reconnut que c'était bien là son fils; ému de compassion envers lui, il le nomma prince héritier. Deux ans plus tard, celui qui devait être le roi A-choche (Ajâtaçatru) naquit; Æ’i-yu (Jivaka) dit alors au roi : « Au moment de ma naissance, je tenais dans ma main un sac d’aiguilles pour l'acupuncture; c'était une marque que je devais devenir médecin; bien que vous m'ayez nommé prince héritier, je n’en suis pas heureux; puisque maintenant un fils issu de votre première épouse vous est né, il convient que ce soit lui qui vous succède dans votre
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haute dignité; quant à moi, je désire pouvoir pratiquer l’art de la médecine. » Le roi y consentit, puis il lui dit: « Puisque vous n’êtes plus héritier présomptif, vous ne pouvez plus jouir sans motif d’émoluments payés par le roi. Il vous faut étudier la science médicale. » Le roi ordonna alors à tous les meilleurs médecins de son royaume
de l’instruire dans toutes les recettes de leur art; mais
K'i-yu (Jivaka) ne faisait que jouer et ne recevait point leurs enseignements ; tous ces maîtres lui dirent: « L'art
de la médecine est peu relevé: en vérité il ne saurait être
l'objet de l'étude du très honorable prince héritier. Cependant on ne saurait s'opposer aux injonctions du grand roi; voici plusieurs mois que nous avons reçu ses ordres, et, Ô prince, vous n’avez même pas retenu la moitié d’une phrase de nos formules ; si le roi nous interroge, que lui répondrons-nous ? » Æi-yu (Jivaka) leur dit: « À ma naissance, j'eus dans ma main l'indication que je serais médecin ; c'est pourquoi j'ai dit au grand roi: « Je renonce aux titres glorieux et je demande à étudier l’art de la médecine. » Comment donc serais-je si négligent que je vous oblige à me réprimander ? Ma conduite s'explique simplement parce que votre science à tous est insuffisante pour m'instruire.'» Alors donc il prit tous les livres traitant des plantes, des recettes médicales, de acupuncture et du pouls et posa des questions embarrassantes à ses maîtres qui, à bout d'arguments, ne surent que répondre. Tous s’abaissèrent devant A'r-yu (Jivaka) en lui rendant hommage; agenouillés et les mains jointes, ils lui dirent : « En ce jour nous devons reconnaître, Ô prince, que nous ne saurions atteindre à votre divine sainteté. Toutes les questions que vous nous avez posées ont été pendant plusieurs générations des sujets de controverse pour nos maitres et on ne saurait les comprendre ; nous désirons, 6 prince, que vous nous les expliquiez entièrement; et que vous dénouiez des énigmes qui nous tourmentent depuis notre
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naissance. » Alors donc Æ'1-yu (Jivaka) leur expliqua la solution de ces problèmes; tous les médecins se relevèrent pleins de joie et lui rendirent hommage en se prosternant, disant qu'ils recevaient avec gratitude ses ensei< gnements. | 4 Cependant ÆXi-yu (Jivaka) fit cette réflexion : « De tous les médecins auxquels le roi avait donné des ordres, aucun n'a pu m'instruire. Qui m'enseignera l’art de la médecine ? » Sur ses entrefaites, il apprit que, dans le royaume de To-lch'a-che-lo (Taksacilâ), il y avait un médecin dont le nom de famille était A-ti-li (Atri) (4) et dont le surnom était Pin-kia-lo (Piñngala) ; il connaissait fort bien la médecine et pourrait sans doute la lui enseigner. Alors donc le jeune X'1-yu (Jivaka) se rendit dans ce royaume, et, arrivé auprès de Pin-kia-lo (Piñgala), lui dit : « Grand maître je demande maintenant que vous vouliez bien consentir à me diriger. » Quand il eut étudié sous sa direction pendant sept années, il pensa : « Maintenant je me suis exercé à étudier l’art de la médecine; quand aurai-je fini ? » Il se rendit donc auprès de son maître et lui dit : « Maintenant je me suis exercé à étudier l’art de la médecine ; quand aurai-je fini? » Son maître alors lui donna un panier et les outils qu’il faut pour arracher les plantes, en lui disant : « Sur un front d’un yojana de long, dans le royaume de To-lch'a-che-lo (Taksaçilà), recherchez toutes les plantes, puis apportez-moi celles qui n’ont pas d'usage médicinal. » Conformément aux ordres de son maître, K'i-yu (Jivaka) rechercha, sur un front d’un yojana de long, dans le royaume de T'o-lcha-che-lo (Taksacilà) toutes les plantes qui n'avaient pas d'usage médicinal, mais en définitive il n’en put trouver nulle part de telles; en effet, toutes les plantes et tous les arbres qu'il voyait, il pouvait
(1) Dans la version tibétaine, ce nom se présente sous la forme Atreya (ScHIEFNER, Mémoires de l’Ac. des Sciences de Saint-Pétersbourg, t. XXII, n07: 1879; DV}
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fort bien les discerner ; il savait les cas où il fallait s’en servir et il n’en était point qui n’eût son usage en médecine. Il revint donc les mains vides et se rendit auprès de son maître à qui il tint ce langage: « O maître, il faut maintenant que vous sachiez ceci: dans le royaume de To-tch'a-che-lo (Taksaçilâ), j'ai recherché, sur un front d'un yojana de long, les plantes qui n'avaient aucun usage médicinal ; mais je n’en ai trouvé aucune de telle ; toutes les plantes et tous les arbres que j'ai vus. j'ai très bien pu discerner quel en était l’usage. » Le maître répondit à A’i-yu (Jivaka) : « Vous pouvez maintenant vous en aller ; vous possédez parfaitement la science de la médecine. Je suis le premier en cet art dans le Jambudvipa, mais, après ma mort, vous serez là pour me succéder. »
Alors ư1-yu (Jivaka) partit et se mit à soigner des maladies; toutes celles qu’il soignait guérissaient aussitôt. Sa réputation fut connue dans l’étendue entière du royaume.
K'i-yu (Jivaka) voulut ensuite entrer dans le palais royal. Devant la porte du palais il rencontra un jeune garçon qui portait une charge de bois de chauffage ; dès qu’il Le vit de loin, X’1-yu aperçut entièrement les cinq viscères de cet enfant, tels que les intestins et l'estomac, et put les distinguer nettement ; À’1-yu fit alors cette réflexion : « Dans le livre des plantes, on parle de l'arbre roi-médecin (bhaisajyarâja) qui, de l’extérieur, illumine l’intérieur et permet de voir les viscères dans le ventre d’un homme. N'y aurait-il pas quelque morceau de l'arbre roi-médecin dans le bois mort que porte cet enfant? » Il vint donc vers l’enfant et lui demanda quel prix il voulait de son bois; l’enfant lui ayant répondu qu’il le vendait dix pièces de monnaie, il paya ce prix pour faire l’acquisition du bois mort ; l'enfant déposa ce bois par terre et tout aussitôt il devint obscur et on ne vit plus l'intérieur de son ventre. A'i-yu (Jivaka) fit alors la réflexion qu'il ne savait pas où se trouvait dans les fagots le bois roi-médecin ; il délia done les
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deux fagots, puis, prenant un par un les morceaux de bois, il les approcha du ventre de l'enfant ; comme il ne voyait rien apparaître, il passait sans cesse d’un morceau à un autre ; il épuisa de la sorte tout le bois des deux fagots ; la dernière de toutes restait une brindille à peine longue d’un pied; il essaya de s’en servir pour projeter de la clarté et vit entièrement tout ce qui était dans le ventre ; Ki-yu (Jivaka) fut très joyeux, car il savait maintenant que cette brindille était certainement le bois roi-médecin; il rendit alors tout son bois de chauffage à l'enfant qui, ayant reçu les pièces de monnaie et gardant son bois comme précédemment, s’en alla tout content.
Cependant Æ'i-yu (Jivaka) fit cette réflexion : « Qui maintenant vais-je guérir? Ce royaume est petit et, en outre, il se trouve sur la frontière; le mieux est que je retourne à présent dans mon pays d’origine pour commencer à y pratiquer l’art de la médecine. » Il s’en retourna donc dans le royaume de P'’o-k'ia-Po (Saketa) (1). Dans la ville de P'o-k'ia-l'o se trouvait un important notable dont la femme souffrait constamment de maux de tête depuis douze ans ; tous les médecins l’avaient traitée, mais sans pouvoir la guérir; A'i-yu (Jivaka), ayant entendu parler d'elle, se rendit à sa demeure et dit au portier : « Dites à votre maître qu'il y a un médecin à la porte. » Le portier entra aussitôt et fit ce message ; la femme du notable lui ayant demandé quel aspect avait ce médecin, il répondit que c'était un jeune homme ; elle songea que, si tous les médecins vieux et expérimentés n'avaient pu la guérir, un jeune médecin en serait bien plus incapable encore ; elle ordonna donc au portier de dire qu’elle n'avait pas besoin maintenant de médecin ; le portier sortit et annonça à Æ'i-yu (Jivaka) : « J'ai fait votre message à mon maître, mais sa femme a répondu qu'elle n'avait pas besoin de méde-
(1) Autre nom d'Ayodhyà {auj. Aoudh).
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