‹ Cinq cents contes et apologues (volume 2)Chapitre 57 sur 59 · TT · texte numérisé non relu

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lesquels ils s’'amusaient habituellement. Man-tchk’e (Madri) s’avança en se frappant elle-même et en poussant des cris ; l’eau de l’étang où jouaient les enfants en fut vidée et tarie. Man-tch'e (Madri) revint alors à l’endroit où était le prince héritier et lui demanda où étaient les deux enfants; le prince héritier ne répondit pas; Man-lch'e (Madri) dit encore : « Quand mes enfants me voyaient venir de loin rapportant des fruits, ils tombaient à terre en courant vers moi, puis ils se relevaient en bondissant et s’écriaient : maman est revenue! Quand ils me voyaient assise, ils étaient tous deux à mes côtés ; dès qu'ils apercevaient un peu de poussière sur mon corps,ils me l’enlevaient. Maintenant cependant je n’aperçois pas mes enfants, et mes enfants ne viennent pas auprès de moi. Qui les a pris ? Maintenant, de ne pas les voir mon cœur se brise. Dites-moi promptement où ils sont et ne me rendez pas folle. » Elle répéta ces paroles jusqu’à trois fois sans que le prince répondit rien. Man-iche (Madri) en conçut un redoublement de peine et prononça ces paroles amères : « Je pourrais encore supporter de ne pas voir mes enfants, mais votre silence augmente mon égarement. » Le prince héritier lui dit alors: « Un brahmane est venu du royaume de Æïeou-lieou ; il m'a demandé les deux enfants et je les lui ai donnés. » Quand la princesse eut entendu ces mots, elle éprouva une telle émotion qu’elle tomba à terre comme une grande montagne qui s'écroule ; elle se tordait de douleur et se lamentait sans pouvoir s'arrêter. Le prince héritier lui dit: « Calmez-vous un moment. Vous souvenez-vous des faits anciens qui se passèrent au temps du Buddha T'i-ho-kiai-lo (Dipankara) (1)? J'étais alors un brahmatärin et je me nommais Pei-lo-wet (Vedavat?); vous étiez une fille de brahmane et vous vous nommiez Stiu-lo-lo (Suratà [2] ?); vous teniez sept tiges de lotus et moi j'avais à

(1) Cf. notre conte n° 83.

(2) L'édition de Corée donne la leçon Siu-Po-lo.

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la main cinq cents pièces d'argent; je vous ai acheté (cinq de vos) fleurs parce que je voulais les répandre sur le Buddha; vous m'avez confié les deux autres pour les offrir au Buddha et vous avez fait alors ce vœu : « Puisséje, dans mes vies ultérieures, être toujours votre femme, et, belle ou laide, n'être jamais séparée de vous. » Je fis alors avec vous cette convention solennelle: « Si vous désirez être ma femme, il vous faudra vous conformer à ma volonté; je ferai toutes les libéralités possibles et je ne m’opposerai à aucun des désirs qui me seront exprimés; je m'abstiendrai seulement de donner mon père et ma mère; mais, pour tous les autres dons que je ferai, vous suivrez ma volonté.» Vous me répondiîtes alors que vous y consentiez. Or, maintenant j'ai fait don des enfants et voici que vous jetez le trouble dans mes sentiments excellents. » En entendant ces paroles du prince héritier, la princesse sentit son cœur et son intelligence s'ouvrir; elle se rappela que, dans une vie antérieure, elle avait promis d'approuver toutes les libéralités que ferait le prince héritier et d’acquiescer promptement à tous ses désirs.

Cakra, roi des devas, voyant quelle était la charité du prince héritier, descendit pour le mettre à l'épreuve avec le désir de lui demander encore quelque chose. Il se transforma en un brahmane qui, lui aussi, avait douze sortes de laideurs, et, arrivé en présence du prince héritier, 11 lui parla en ces termes : «J'ai constamment entendu raconter, Ô prince, que vous vous plaisiez à exercer la charité et que, quelle que fût la demande qu’on vous adressàt, vous ne vous opposiez aux désirs de personne. C’est pourquoi je suis venu ici dans l'intention de vous demander pour moi votre épouse. » Le prince héritier répondit: « J'y consens ; c’est fort bien; elle est à vous. » La princesse lui dit alors : « Si maintenant vous me donnez à un homme, qui subviendra à votre entretien ? » Le prince répliqua :

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« Si maintenant je ne fais pas don de vous, par quel moyen obtiendrai-je de réaliser en moi la pensée des pâramitäs sans supérieures et égales en tout ? » Le prince héritier lava alors avec de l’eau les mains du brahmane, puis il amena sa femme et la lui donna. Çakra reconnut que le prince héritier n'avait en ce moment aucun sentiment de regret; tous les devas louèrent son excellence ; le ciel et la terre furent fortement ébranlés. Alors le brahmane prit la princesse et l’emmena; mais, après avoir fait sept pas, il revint avec la princesse et voulut la remettre au prince héritier pour qu’elle ne fût plus donnée à personne ; mais le prince lui dit: « Pourquoi ne la prenez-vous pas ? Aurait-elle quelques défauts ? Parmi toutes les épouses, celle-ci est la meilleure ; elle est la fille d’un roi qui règne actuellement sur un royaume et elle est la fille unique de ce roi. À cause de moi, cette épouse s’est jetée dans l’eau bouillante et dans le feu (de l’ascétisme); elle a bu et mangé des boissons et des aliments grossiers et mauvais et n’a jamais reculé devant aucune de ces souffrances. Dans tous ses actes, elle est diligente et appliquée et son visage est beau. Emmenez-la maintenant et mon cœur sera content. » Le brahmane dit au prince héritier : « Je ne suis point un brahmane; je suis Çakra, roi des devas; c'est pourquoi je suis venu pour vous mettre à l'épreuve. Quels sont vos vœux ? » Il reprit alors la forme de Çakra et apparut d’une merveilleuse beauté; la princesse lui rendit hommage et lui exprima trois souhaits : « En premier lieu, dit-elle, faites en sorte que le brahmane prenne nos deux enfants et revienne les vendre dans notre pays; en second lieu, faites en sorte que nos enfants ne souffrent ni de la faim ni de la soif; en troisième lieu, faites que moi et le prince héritier nous puissions retourner promptement dans notre pays. » Çakra, roi des devas, répondit : « Il sera fait comme vous le désirez.» Le prince héritier dit à son tour: «Je souhaite qu'il soit fait en

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