‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 23 sur 72 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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Ânanda dit au Buddha : « Vous êtes né, ô Buddha, dans une famille royale; vous êtes resté assis sous un arbre et vous avez médité sur la sagesse pendant six années. Obtenir ainsi (la dignité de) Buddha, c’est l'obtenir aisé-

ment. »

Le Buddha répondit à Ânanda : « Autrefois il y avait un maitre de maison qui était extrêment riche et qui possédait toutes sortes de joyaux; mais comme il n'avait pas les vraies perles rouges, il ne se trouvait pas satisfait. Emmenant donc avec lui d’autres hommes, il alla en mer pour recueillir des perles; après avoir franchi bien des dangers et des obstacles, il parvint à l'endroit où étaient les joyaux; ilse taillada le corps pour en faire sortir du sang qu'il mit dans un sac huilé et suspendit (ce sac) au fond de la mer; les huîtres perlières, sentant l’odeur du sang vinrent le sucer; alors il put retirer les huîtres, et, en les ouvrant, il en fit sortir Les perles; en recueillant ainsi des perles pendant trois années, il parvint à en posséder toute une parure.

Il se mit à revenir, mais, quand il eut atteint le rivage, ses compagnons, voyant qu'il avait trouvé de précieux joyaux, complotèrent ensemble contre lui; ils allèrent avec lui pour prendre de l’eau et se réunirent alors pour le précipiter dans le puits qu'ils recouvrirent, puis ils s’en allèrent. Longtemps après être tombé au fond du puits, cet homme aperçut un lion qui venait par un orifice latéral pour boire; cet homme eut de nouveau grand’peur; mais, quand le lion fut parti, il rechercha le trou (par lequel il était venu), sortit et revint dans son pays; quand ses compagnons furent rentrés chez eux, il les appela et leur dit: « Vous m'avez pris une parure ; personne ne le sait, ni ne sait que vous avez voulu en même temps me faire périr. Rendez-moi tout secrètement et je ne vous dénôncerai jamais. » Effrayés, ces hommes lui rendirent entièrement ses perles.

Quand le possesseur des perles les eut recouvrées, il les rapporta chez lui. Or il avait deux enfants qui s’amusérent ensemble à se mettre ces perles sur le corps et qui se demandèrent l’un à l’autre : « D'où proviennent ces perles ? » L’un d’eux dit : « Elles sont nées dans le sac

que je tiens. » L'autre enfant dit: « Elles sont nées dans la jarre de cette chambre. » Ce que voyant, le père se 5 prit à rire. Sa femme lui en ayant demandé la cause, il. | répondit : « J'ai recueilli ces perles au prix de souffrances extrêmes; ces petits enfants les tiennent de moi et n’en Ru savent point l’histoire; ils pensent qu’elles sont nées dans une Jarre. » | : |

Le Buddha dit à Ânanda : « Vous me voyez seulement quand je suis devenu Buddha; mais vous ignorez avec quels efforts et quelles peines je me suis exercé à l’étude depuis des kalpas innombrables; maintenant, j'ai atteint le but et vous pensez que c'était facile, tout comme ces enfants qui pensaient que ces perles étaient nées dans une jarre. »

Ainsi on peut atteindre le but en pratiquant des myriades de bonnes conduites et en accumulant des mérites pendant de nombreux kalpas, mais ce n’est l’affaire ni d’un seul acte, ni d’une seule conduite, ni d’une seule vie.

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Autrefois un chef de caravane alla sur la mer pour recueillir des objets précieux; cinq cents hommes le suivirent pour partir avec lui. Le chef de caravane leur dit : « En mer il y a cinq périls : 1° les courarits impétueux, 2° les tourbillons d’eau, 3° le grand poisson, 4° les femmes-démons, 5° les fruits qui enivrent. Si vous êtes capables de surmonter ces difficultés, vous pouvez partir avec moi. » Tous ces hommes s’y étant engagés, on profita d’un vent favorable et on prit la mer. Ils arrivèrent à l’île des joyaux et chacun alla de son côté pour en recueillir.

Un de ces hommes ne put résister au parfum des fruits eten mangea; il fut ivre-mort pendant sept jours. Cependant, les autres hommes ayant assez de choses précieuses et voyant qu'un vent favorable à la voile était survenu, voulurent se préparer au retour; ils firent résonner le tambour pour rassembler tout le monde, mais, comme ce seul homme manquait (à l'appel), ils allèrent le chercher de tous côtés; ils l'apercurent qui dormait sous l'arbre, son ivresse n'étant pas encore dissipée; ils le ramenèrent en le soutenant et cassèrent une branche de l'arbre pour lui servir d'appui.

Ils revinrent ensemble dans leur pays; leurs parents, joyeux de la nouvelle, accoururent à leur rencontre ; l’homme qui avait été ivre était seul accablé de chagrin parce qu’il ne rapportait rien; tout triste, il se rendit sur la place du marché en s'appuyant sur son bâton; les gens du marché lui en demandèrent le prix et arrivèrent à lui en offrir vingt mille onces d’or; cet homme le leur donna (pour ce prix) et leur demanda quelle vertu avait ce bâton : « C’est, lui répondit-on, le joyau des arbres; si on pile ce bâton et qu’on le brûle, toutes les tuiles et les pierres qu'on expose à sa fumée se changent en joyaux précieux. » Cet homme demanda alors qu'on lui rendit quelque peu (de son bâton); il le rapporta chez lui, fit un essai et en effet les choses se passèrent comme on le lui avait dit; tout ce qu'il put exposer à la fumée et à la vapeur chaude se transforma en autant de joyaux.

Cet apologue signifie ceci : le chef de caravane représente le Bodhisattva; les cinq périls représentent les cinq obscurités (1); l'ile des joyaux représente les sept ressources de la Prajñà (2); le fait de s’enivrer, c'est abandon-

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