‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 25 sur 72 · MAN AE · texte numérisé non relu

MAN AE

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de nouveau et s'en alla. Chaque fois que les religieux étaient de retour de la quête, ils parlageaient ce qui restait de nourriture avec les lionceaux, qui, lorsque les religieux revenaient, accouraient tout joyeux à leur rencontre.

Dans la suite, un jour que les religieux étaient partis, un chasseur rencontra les lionceaux qui s’enfuirent dans la brousse ; le chasseur, afin de faire croire qu il était un des religieux, revêtit un kasâya qu'il trouva dans la maison, puis il entra dans la brousse pour s'emparer des lionceaux; ceux-ci, pensant que c'était un des religieux, sortirent aussitôt et vinrent à lui; le chasseur les frappa jusqu’à les tuer, les écorcha et prit leur peau pour en faire des fourrures de peau de lion qu'il mit au prix de mille onces d’or. |

A leur retour les religieux ne virent plus leurs lionceaux; ils s’assirent en contemplation afin de les apercevoir et apprirent ainsi que le chasseur lès avait tués : alors, grâce à leurs pouvoirs surnaturels, ils lui enleverent les peaux, les rapportèrent et en firent des coussins sur lesquels ils s’asseyaient ; ils prononcèrent des vœux magiques (en leur faveur). Étant de nouveau entrés en contemplation pour regarder (ce qu'étaient devenus les lionceaux), ils apprirent qu'ils iraient naître dans un certain royaume, chez un maître de maison dont ils devaient être les deux fils jumeaux.

Les religieux se rendirent dans la maison de ce maitre de maison et lui demandèrent ce qui lui manquait; il répondit qu’il s’affligeait seulement de n'avoir pas de fils; eux de répliquer aussitôt qu'ils prieraient en sa faveur pour qu’il eüt des fils, et, comme 4e maitre de maison se réjouissait fort, les religieux lui dirent : (Si vous obtenez des fils, comment nous récompenserez-vous ? — Quand mes fils, répliqua l’autre, seront devenus grands, je vous les donnerai pour qu’ils soient vos çrâmaneras. » Les

religieux lui recommandèrent de ne point oublier cet er He. gagement. Quand il eut répondu oui, (sa femme) s ‘aperçut qu’elle était enceinte, et plus tard, en effet, elle entanths deux fils qui se ressemblaient à s'y méprendre. 1

Quand ils eurent huit ou neuf ans, les religieux vinrent à passer et, en les voyant, les enfants éprouvèrent pou “.. tanément de la joie. Les religieux ayant demandé au maître de maison s’il $e souvenait de son ancien re celui-ci n’osa pas violer sa promesse et donna ses fils … aux çramanas. Les cramanas les emmenèrent avec eux . à dans la montagne pour s’y livrer à l'étude et, avant qu il füt longtemps, (ces enfants) obtinrent eux aussi (la dignité) d'Arhat ; eux aussi s'asseyaient constamment sur ce qui avait été autrefois leurs peaux, et, comme ils entraient journellement en contemplation pour se regarder euxmêmes, ils virent donc que c'était là les propres peaux de leurs corps d'autrefois; ils se levèrent alors tous deux, et, rendant hommage (à leurs maitres), ils les remercièrent (en leur disant) : « O maîtres, c'est la force de votre bienfaisance qui a fait que nous avons obtenu la sagesse; tout cela a été l'effet de vos pensées de bonté (à notre égard). »

Si un cœur excellent chez un animal peut déjà produire la délivrance, combien plus des sentiments qui s’appliquent avec résolution à un vœu excellent pourront-ils produire la délivrance!

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Autrefois il y avait un boucher qui aurait voulu faire des offrandes aux religieux, mais, à cause de sa méchanceté, aucun d'eux ne venait vers lui; il aperçut enfin un çra-

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mana nouvellement instruit, qui avait une attitude digne

ét régulière ; il l’invita à venir manger chez lui et lui

offrit toutes sortes de mets exquis; le repas fini, il revint exprimer au religieux son désir de le voir manger chez lui jusqu’à sa mort; le religieux accepta cette proposition ; par l'effet d’une longue habitude il en vint à voir de près (le boucher) tuer des êtres vivants en sa présence sans oser lui faire aucun reproche, et cela dura plusieurs années.

Plus tard le vieux boucher mourut et devint un démon qui habitait dans le fleuve: un couteau coupait (constain-

ment) son corps qui redevenait ensuite comme aupara-

vant. Le religieux traversant un jour le fleuve, le démon empoigna la barque et dit (aux gens qui étaient dans le bateau) : « Faites périr cet homme en le jetant dans le fleuve et je vous laisserai aller. » Les gens du bateau, effrayés, lui dirent... (1) Le démon répliqua : « Autrefois, j'ai fait des offrandes à ce religieux et pendant plusieurs années il ne m’a point reproché de tuer des êtres vivants; maintenant je subis ces tourments et, à cause de la haine (que j'en aï conçue contre ce religieux), je désire (le tuer). » Les gens du bateau lui dirent : « Si vous subissez déjà de tels tourments pour avoir tué des êtres vivants, combien plus (grave sera votre châtiment si vous tuez) un religieux. » Le démon répondit : « Tout en le sachant, je suis poussé par la haine (que j'ai contre lui) ; si cependant vous pouvez en ma faveur faire par des libéralités des actes producteurs de bonheur et prononcer des vœux magiques en évoquant mon nom, je vous relâcherar. » Les gens qui étaient dans le bateau promirent tous de faire en sa faveur des actes producteurs de bonheur et le démon les laissa aller.

Le religieux tint alors une assemblée en faveur du

(1) Le lexte présente ici une lacune.

nom. Les autres personnes à leur tour tinrent aussi des assemblées; puis ils se rendirent au milieu du fleuve et \ appelèrent le démon pour lui dire : « Avez-vous reçu du 2

je n'éprouve plus de souffrances. » Les gens du bateau ajoutèrent : « Demain nous devons faire en votre faveur des actes producteurs de bonheur; pourrez-vous venir en personne ? » Le démon répondit qu’il le pourrait. Le (lendemain) matin, le démon vint en prenant l'apparence d'un brahmane; en personne il fit des offrandes et en personne il reçut les vœux magiques (qu'on prononçait en sa faveur); le sthavira lui expliqua les livres saints et le démon obtint aussitôt la sagesse de strotäpanna; puis il s’en alla tout joyeux.

Ainsi, pour que les rapports entre l’hôte et son visiteur soient profitables, il faut qu'ils se réprimandent et se corrigent l’un l’autre; même s'ils viennent à tomber dans des voies mauvaises, ils auront certainement là une cause productrice d'excellence ; on peut donc bien dire: Un excellent ami est une grande cause (de bénédiction).

CÉrip AIR 7 Da vero rs)

Autrefois un marchand était allé sur la mer pour recueillir des denrées précieuses; il rencontra un grand dieunâga qui souleva le bateau et voulut le retourner ; tous les hommes étaient terrifiés, lorsque le nâga leur dit : «Avez-vous parfois été dans tel royaume ? » Ils répondirent : «Nous y avons passé.» Le nâga donna (au marchand) un grand œuf semblable à une jarre d’une contenance d’un

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