‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 30 sur 72 · ENORME NT · texte numérisé non relu

ENORME NT

Buddha dit : « A la fin, quand il sera Pratyeka Buddha, son corps sera semblable à l'or qui est rouge quand on le frotte; ilsera alors assis sous un arbre au bord de la route et sera entré dans la contemplation immobile ; or, il y aura une grande armée de plus de soixante-dix mille soldats qui, voyant au passage ce Pratyeka Buddha, pensera que c’est un homme en or; ces soldats le prendront alors pour le briser et se le partager entre eux; mais, dès qu'il sera tombé dans leurs mains, ils s’apercevront qu'il est en chair ; tous rapporteront (les morceaux) qu’ils mettront en tas, puis ils s’en iront; c'est ainsi que ce Pratyeka Buddha atteindra au parinirvâna. Tels ayant été ses crimes dans la génération actuelle, il devra en ce temps payer cette rançon légère et ce sera fini. » Le Buddha dit au roi : « Celui qui rencontre un excellent ami peut obtenir de voir s’évanouir ses crimes, même quand ils sont amoncelés comme une montagne, et il peut aussi atteindre à la sagesse. » Quand le Buddha eut ainsi parlé, le roi et ceux qui composaient la grande assemblée furent tous très joyeux; ils adorèrent le Buddha et se retirèrent.

CID EE T ED bNT EE)

Autrefois, il y avait un çramana qui, assis sous un arbre récitait les livres saints. Un oiseau vint sur l'arbre et écouta les livres saints; comme il les écoutait de tout son cœur sans regarder à gauche ni à droite, il fut atteint par la flèche d’un chasseur et mourut. Au moment où cel oiseau allait mourir, son cœur ne fut pas troublé; la partie spirituelle de son être naquit alors en haut comme deva ; ce deva réfléchit au principe d'où lui venait cette nais-

sance et connut son existence passée d’une générations … après être né comme deva, il descendit donc pour ré:

pandre des fleurs sur le cramana qui était sous l’arbres le deva dit au religieux : « Grâce au bonheur que m'a

valu le bienfait que vous m'avez rendu en récitant les livres saints, j'ai obtenu d’être débarrassé de ce corps d'oiseau et de devenir un deva. » En entendant ces paroles de l'oiseau, le religieux atteignit aussitôt les traces de la. sagesse et, au bout d’un instant, il devint soudain invisible. Quant au deva, ilretourna dans son premier séjour, Tous ceux qui étudient la sagesse et qui, au moment où ils vont mourir, conservent un cœur non troublé, ne tombent point, quand ils renaissent, dans les lieux pleins de souffrances des voies mauvaises ; ils connaissent alors les existences antérieures d’où ils viennent et c’est ainsi que la condition dontils sortent montre régulièrement quelles seront leurs naissances ultérieures.

CÉPIDSRURERE DETTES)

Autrefois, quand le Buddha était dans ce monde, se trouvait, à sept li de distance du Jetavana, un vieillard qui était un grand buveur de vin. Le disciple Ânanda alla lui faire des remontrances en lui disant que le Buddha était en cet endroit et qu'il devait aller le voir. Le vieillard répondit : «Jai entendu dire que le Buddha était ici et jai le désir d'aller le voir; mais le Buddha excelle à imposer aux hommes les cinq défenses et on ne peut plus alors boire de vin; or, si je ne pouvais plus boire de vin, je serais comme un petit enfant qui est privé de lait et je devrais aussitôt mourir; je ne suis pas capable (de m'abs-

tenir de vin) et c'est pourquoi je n’'irai pas (auprès du Buddha). »)

Il se remit à boire du vin; après avoir bu, il s’enivra et, comme il revenait le soir chez lui, en chemin il se foula le pied en marchant sur un pieu et il tomba à terre; il s’effondra comme une grande montagne et toutes les parties de son corps furent meurtries. Il se dit alors : « Cette souffrance, y a-t-il lieu de s'en étonner ? Ânanda m'avait toujours dit que je devais aller à l'endroit où se tient le Buddha. Je n’ai pas voulu suivre son avis et maintenant mon corps endure des souffrances indicibles. »

Il dit alors à tous ceux, grands ou petits, qui étaient dans sa maison : « Je veux aller auprès du Buddha. » Les gens de sa famille, en entendant cela, furent tous stupéfaits; (ils dirent) : « Autrefois vous refusiez d'aller auprès du Buddha; pour quelle raison, désirez-vous maintenant vous y rendre ? » Quand ils eurent fini de parler, (le vieillard) alla et se tint debout en dehors de la porte du Jetavana. En ce moment, Ânanda vit que le vieillard venait ; il se réjouit et dit au Buddha : « Le vieillard qui demeurait à sept {1 du Jetavana est arrivé devant la porte. » Le Buddha dit : « Ce vieillard n'a pas pu venir tout seul; cinq cents éléphants blancs l'ont forcé à venir. » Ânanda dit au Buddha : « Il n'y a pas cinq cents éléphants et le vieillard est venu seul. » Le Buddha répondit à Ânanda : « Les cinq cents éléphants sont dans le corps du vieillard. »

. Alors Ânanda appela le vieillard; celui-ci s’avança, adora le Buddha et lui dit : « Depuis longtemps j'avais entendu dire que le Buddha était ici; mais j'ai été conduit par ma stupidité à ne pas m'acquitter plus tôt de cette visite. Je désire que le Buddha me pardonne mes fautes. » Le Buddha demanda au vieillard : «Quand cinq cents charretées de bois sec sont niises par terre, si on veut les brüler entièrement, combien de charretées de feu faudra-t-1l

Li. 9

pour pouvoir les brüler entièrement? » Le vieillärd dit au Buddha : « Il n’est pas nécessaire de beaucoup de feu; en se servant d'une flamme de la grosseur d’un pois pour brûler (cet amas de bois), il sera consommé entièrement dans le temps qu'il faut pour étendre le doigt. » Le Buddha dit encore au vieillard . « Depuis combien de temps avez-vous mis ce vêtement ? » Le vieillard dit :,« Voici un

an que je le porte. » Le Buddha lui demanda derechef :

« Si vous voulez laver ce vêtement pour en enlever les

souillures, en combien d'années pourrez-vous avoir ter-

miné (ce lavage)? » Le vieillard dit: « Avec un boisseau d’une décoction de cendre pure, en un instant (le vêtement) redeviendra propre. » Le Buddha dit au vieillard : « Les crimes que vous avez accumulés sont comme les cinq cemts charretées de bois sec, ou encore comme la saleté du vêtement porté depuis un an. O vieillard, il vous faut recevoir du Buddhales cinq défenses et les observer. » Alors le Buddha lui expliqua plusieurs centaines des paroles des livres saints. Soudain son intelligence s'ouvrit et il obtint de devenir a-wei-yue-lche (avivartin). |

GRripe AIX Der r°=v°.)

Autrefois, cent ans après le nirväna du Buddha, il y eut un roi nommé À-yu (Acoka); il était fort fastueux et construisit des édifices sur un espace de dix li en long et en large; pour (les décorer) tous, il appela auprès de lui les peintres de tous les petits royaumes; ces peintres étant arrivés se mirent à peindre chacun à son idée et représentèrent toutes sortes de formes.

Au nord du Æi-pin (Cachemire), il y avait un petit royaume fort éloigné; il envoya un peintre qui arriva

après tous les autres; (ce peintre) vit que, sur les murs, à l’intérieur et à l’extérieur des chambres, on avait mis des peintures partout ; il ne trouva qu'un espace de cinq pieds sur le panneau d’une porte qui ne füt pas peint; en outre, examinant tous les sujets qui avaient été figurés, il ne savait plus quel sujet prendre; il pensa en lui-même : « Quand je suis venu ici, j'ai passé par une petite ville; à côté de cette ville était un étang; dans l'étang étaient des lotus; j'ai vu qu'il y avait là une femme belle et admirable et qui avait un extérieur digne d’une mère du monde (1). » Quand il eut ainsi songé, il représenta en peinture la ville, l'étang, les lotus et la femme.

Le roi, étant venu au palais, apercut avant d’entrer cette peinture et demanda qui l’avait faite. On lui indiqua le peintre qui était venu le dernier. (Le roi) lui demanda : « Avez-vous fait cela d’après ce que vous avez vu, ou l’avez-vous fait d'imagination ? » « Je l'ai fait, dit-il, d’après ce que j'ai vu; ce n’est pas une œuvre d'imagination. » Le roi lui demanda : « Avez-vous reproduit exactement la forme extérieure (de cette femme) ou l’avez-vous embellie ? » « Je ne l’ai point embellie, répondit l’autre; j'ai reproduit sa forme extérieure. »

Alors (le roi) reconnut à son air que cette femme était digne d’être la mère du monde ; il envoya aussitôt des émissaires la rechercher pour qu’il püt se fiancer à elle et la nommer reine. Les émissaires, d’après l’ordre qu’ils avaient reçu, se rendirent dans le royaume ; ils virent le père et la mère de la femme et leur dirent : « Le roi demande votre sage fille pour la nommer reine. » Le père de la femme dit : « Elle est déjà mariée; comment faire ? » fl leur conseilla alors de se rendre chez le mari de la femme et de lui dire que le roi les avait envoyés chercher cette fille. Comme le chemin était long, (les émissaires) n’arri-

(1) C'est-à-dire : une reine.

vérent qu’au bout de trois ans; ils dirent (au mari) : « Quoique vous l’ayez déjà épousée, le roi est la Majesté souveraine; vous ne devez pas tenir à votre femme et il faut que vous la donniez immédiatement au roi. » Cet. homme était un upâsaka; il pensa à part lui que les hommes s'exposent au danger pour les richesses et pour les femmes, que d’ailleurs, s’il ne donnait pas sa femme, on pourrait bien l’en punir, et aussitôt il remit sa femmeaux émissaires. Ceux-ci partirent, et, à leur retour, rendirent compte au roi de leur mission. Le roi vit cette femme; elle lui plut fort et il la nomma aussitôt reine.

(Un jour que la reine) avait recu une belle fleur, elle fondit en larmes. Le roi lui ayant demandé pourquoi elle pleurait, elle dit : « O roi, si vous me pardonnez ma faute, je vous le dirai. » Le roi dit: « Parlez ». « Cette fleur, répondit la reine, a exactement le même parfum que mon

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… fie à

premier époux, et c'est pourquoi je pleure. » Le roi, irrité,

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dit : « Vous êtes la mère du monde; comment pouvez-

vous encore penser à ce misérable; vous n'êtes qu'une |

vieille femme qu'il faut punir! Sur mon ordre, des émis-

saires seront chargés d'aller rechercher votre ancien mari

pour savoir s’il a, ou non, une odeur parfumée; s’il n’a «

pas cette odeur, vous serez certainement punie. » Les émissaires allèrent s'informer auprès de la famille

(du mari). On leur répondit : « Quand ce sage eut perdu

sa femme, il annonca aussitôt à son père et à sa mère

qu'il allait se faire çramana : il a obtenu la condition

d'Arhat. » Les émissaires allèrent dans le royaume du

Buddha et dirent (à cet homme) : « Le roi désire vous

voir et subvenir à vos besoins, 6 religieux. » Le religieux

leur répondit : « Je n’ai aucune habileté ; à quoi lui ser-

vira de me voir? » Les émissaires lui dirent : « Le roi

désire subvenir à vos besoins, à religieux. » Le religieux

suivit donc les émissaires qui partirent et vinrent faire

leur rapport au roi.

Le roi fit venir en sa présence ce religieux ; Le corps du religieux était plus parfumé que le lotus. Le roi dit : « Cet homme a enduit son corps de parfum; il suffit de faire un bain chaud et de l’y laver. » Mais le parfum n’en fut que plus pénétrant. Puis on (frotta) son corps avec des étoffes de soie, mais le parfum de son corps redoubla d'intensité. Le roi alors crut (à la réalité de ce prodige) ; il demanda au religieux pour quelle raison il avait obtenu d’exhaler un tel parfum et désira en être informé. Le religieux dit au roi : « Dans une existence antérieure, j'étais un brahmane ; étant en marche, je vis de loin un homme qui prononcçait les textes sacrés; je joignis les mains et je me réjouis; de tout mon cœur je louai le Bodhisattva ; en même temps, je brülai un peu de parfum en guise d’offrande. Voilà pourquoi j'ai obtenu ce bonheur, et comment je suis arrivé à la sagesse parfaite. »

CRD NI Dole

Autrefois il y avait un père et son fils qui demeuraient ensemble; ils entrèrent dans la montagne pour abattre des arbres de la forêt ; dans l’eau d’une fontaine il y avait de l'or; le fils (l'ayant apercu) s'en retourna pour réclamer à son père sa part (d'héritage) en lui disant : « Je vous abandonne tous les autres objets dont je n'ai point besoin et je ne vous demande que de me donner un char avec un bœuf, vingt boisseaux de riz, un roseau (1) et une hache. » Le père n’y consentit pas; mais comme son fils ne cessait de lui faire souvent des reproches, il finit par lui donner (ce

(1) Ce roseau était apparemment un tube destiné à contenir l'eau potable, k

qu'il désirait) en lui disant: «Ne revenez plus ici(1) ».Le fils donc entra dans la montagne etse mit en devoir d’extraire l'or qui était dans l’eau; il y travaillait chaque jour sans jamais y parvenir; le père alors l’emmena avec lui et alla voir ce qui en était; il vit cet or ainsi fait, et, en levant la tête, il aperçut à côté du sommet de la montagne une masse d’or grosse comme une colline; c'était le reflet (de cet or qui) apparaissait dans l’eau; aussitôt il gravit la

montagne, et, avec une longue perche de bois, il fittomber

l'or à terre. Le père dit à son fils : « Voilà quelle doit être la méthode pour rechercher (l'or); si vous vous bornez à creuser dans l’eau, quand parviendrez-vous à le trouver ? »

Le fils qui ne savait pas rechercher l'or, c'est l’homme qui n'observe pas les cinq défenses et qui ne fait que poursuivre les formes et écouter les sons; comment pourrat-il obtenir de nouveau la forme humaine (dans une vie ultérieure) ? Le père, c’est celui qui, comme l’homme recherchant l’or avec perspicacité, considère la durée dans son commencement et dans sa fin, observe les cinq défenses et pratique en outre les dix actes excellents; il naîtra comme deva; la forme humaine de génération en génération ne lui manquera pas, et, plus tard, il obtiendra de réaliser en lui la voie et le fruit du Buddha.

CTRID RER 7 SpA VE)

Autrefois Cakra, maître des devas, était fort lié d'amitié avec le deva Brahma du septième ciel. Un jour ce deva Brahma descendit chez les devas Trayastrimcas pour se diver-

(1) Ce début ne s'accorde guère avec ce qui suit.

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tir avec eux; Cakra se montrant triste et mécontent, le deva Brahma lui en demanda la cause; il répondit : « Avezvous remarqué que les habitants de mon ciel viennent par transmigration de plus en plus rarement ? Les hommes dans la région inférieure ne pratiquent plus le bien; aussi entrent-ils tous dans les voies mauvaises et ne naissentils plus dans les régions supérieures. Quand des devas vont naître en bas parmi les hommes, leurs transmigrations ne les ramènent plus ici. Voilà pourquoi je suis triste. » Le deva Brahma dit à Cakra : « Mourez et transformez-vous en un lion qui inspire au plus haut point la terreur; moi, je me transformerai en un brahmane et nous descendrons ensemble dans le Jambudvipa pour donner nos instructions aux gens de ce bas monde et les engager à faire le bien. Quand ils feront le bien, après leur mort ils naîtront tous comme devas. »

Alors donc ils descendirent, chacun sous la forme qu'il avait prise, et se rendirent dans un certain royaume; le lion, se tenant au milieu de la porte de la ville, déclara : « Je désire qu’on me donne des hommes à dévorer. » Ce que voyant, les gens de ce royaume eurent tous grand? peur, et, frappant de leurs fronts le sol, ils implorèrent sa pitié, mais il ne voulut jamais s’en aller. Le deva qui avait pris la forme d’un brahmane dit aux gens de ce royaume : « Ce lion est méchant; donnez-lui trente hommes choisis parmi les criminels qui sont condamnés à mort etils’en ira de lui-même. » Le roi fit alors sortir de prison trente condamnés à mort et les donna au lion; quand le lion eut ces hommes en sa possession, il les chassa devant lui jusqu'à ce qu’il füt arrivé au plus profond des montagnes; à l'instant où il allait les dévorer, le deva transformé (en brahmane) dit à ces hommes : « Si vous êtes capable d'observer les cinq défenses, de songer aux dix actes excellents et de vous conformer au devoir

dans vos actes, vos paroles et vos pensées, ce lion ne

vous dévorera pas. » Ces hommes répondirent : « Puis=

que nous devions mourir, est-il besoin de le dire : Nous serons capables d'observer (les défenses). » Alors ils acceptèrent du deva transformé les défenses, et le lion ne les dévora pas. Le lion leur dit : « Je vous laisse tranquilles et vous permets de partir; mais je connaîtrai vos sentiments, et, s’il en est parmi vous qui n’observent pas les cinq défenses du Buddha, je viendrai certainement les dévorer. »

Ces trente hommes s’en retournèrent donc dans leur pays; en les voyant, les gens du royaume furent tous stu-

péfaits et leur demandèrent comment ils avaient réussi à revenir; ils répondirent : « Un homme nous a enseigné à recevoir les cinq défenses du Buddha et alors le lion a renoncé à nous dévorer; c’est ainsi que nous avons pu revenir. » Le lion alla de nouveau à la porte de la ville et les gens du royaume eurent grand’peur; ils acceptèrent tous des trente hommes les cinq défenses; le lion alors s’en alla et ne revint plus dans ce royaume.

Il parcourut de la sorte les quatre-vingt mille royaumes et les obligea tous à faire le bien; après leur mort, les gens naquirent comme devas et le domaine supérieur où sont les devas fut plein de joie, florissant et très peuplé. — C'est de la même manière que, par le moyen d’un artifice, le Bodhisattva sauve les hommes en venant lui-même sous la forme du Buddha. — Le Buddha dit à Ânanda : « Le deva Cakra qui se changea en lion, c’est moi-même; le deva Brahma qui se changea en brahmane, c’est maintenant Kâçyapa. En ce temps il m'aida à sauver les hommes de ce bas monde et fit que j'obtins de devenir Buddha; c'est pourquoi je suis assis avec lui pour le récompenser du bienfait qu’il me fit alors. » | S

(Frip:s XIX, 7, p. 18 rs.)

Autrefois, au temps du Buddha Käçyapa, il y avait un roi nommé Æeou-siun-ni (1); il avait élevé un vihâra en l’honneur du Buddha et y célébrait un service religieux complet. La septième fille du roi avait d’abord servi les brahmanes, mais ensuite, elle eut foi en Buddha et le servit; les brahmanes la détestèrent et la surnommèrent « esclave de moine ». Le roi eut dix songes; surpris, il demanda des explications à ce sujet; les brahmanes, en réfléchissant aux songes, désirèrent causer la perte de cette fille; ils dirent donc au roi : « Si vous prenez la fille que vous aimez le mieux et si vous la brülez en sacrifice au ciel, l’'augure sera favorable. »

Le roi était fort affligé; sa fille lui demanda pourquoi:il était triste et le roi lui expliqua ce qui en était. Sa fille lui dit : « Si le fait de me brüler porte bonheur, mon devoir est tout tracé. » Elle demanda dans combien de jours on devait faire le sacrifice; les brahmanes dirent que ce serait sept jours plus tard. Cette fille dit au roi : « Quoique je doive mourir, je désire que vous me permettiez d'aller auprès du Buddha et que vous ordonniez à tous les habitants de la partie méridionale dela ville de m'accompagner dans cette sortie. » Le roi donna donc à ces hommes l’ordre de l’accompagner et la fille vint avec eux vers le Buddha; celui-ci expliqua la Loi et tous purent comprendre la Loi; chaque jour (les habitants) d'un des côtés (de la

ville) accompagnaient (la princesse) et ainsi les {habitants

(1) Ce nom parait être une déformation de Po-siun-ni : Prasenajit. Ce récit est en effet une réplique pâle et fort écourtée de la tradition relative aux rêves du roi Prasenajit.

To

des) quatre côtés de la ville virent tous les vérités; puis de princesse) demande à être accompagne par les mr |

méme. 2 Le sixième jour, elle demanda à être accompagnée R. : le roi et par les fonctionnaires du palais; le Buddha leur expliqua la Loi ettous, sans exception, virent les vérités. Le roi reconnut alors que les Brahmanes l'avaient trompé x et il leur dit: « Vous avez failli par vos calomnies faire périr ma fille; si vous ne devenez pas cramanas du Bud dha, vous devrez sortir hors du royaume. » Les brah-”""4 manes ne savaient où aller, et, ne pouvant faire autrement, ils se rendirent tous auprès du Buddha et se firent crama

nas; dans la suite, ils obtinrent le fruit d’Arhat.

ExrRairs DU TSA PI YU KING

E | (EN DEUX CHAPITRES) 1 Attribué à l'époque des Han postérieurs (25-220 p. C.) | LIVRE D'APOLOGUES DIVERS (1).

CÉPIDS XIXe 7 Dr 31-82.)

Il y avait autrefois un royaume fort prospère et très peuplé. Un autre royaume projeta de venir s'en emparer et se mit donc en campagne avec une armée. Quand le premier royaume en fut informé, il fit aussitôt une grande levée de soldats; tous les hommes âgés de plus de quinze ans et de moins de soixante durent aller à la guerre.

Or, il y avait un vieux tisseur (2) de tapis qui était âgé de près de soixante ans; sa femme, qui était belle, se comportait constamment envers son mari avec mépris; lui, au contraire, la respectait, se donnait de la peine pour elle et la traitait comme un haut dignitaire. Le mari dit à sa

(1) Dans le fascicule 7 du tome XIX du Tripitaka de Tôkyô, on trouve à la suite des trois recueils d’apologues que nous venons de traduire intégralement (t. I, p. 347-428; t. II, p. 1 — 138), deux autres ouvrages qui portent également le titre de Zsa-pi-yu-king À Lis sé *#X. Le premier, qui occupe les pages 28 r°-34 vo, est rapporté à l'époque des /Jan postérieurs, mais, comme le nom du traducteur est perdu, il est impossible de contrôler la valeur de cette attribution: je me suis borné à extraire quatre contes de ce recueil. Quant au second ouvrage, qui est fort court p. 35 r°-37 r°),il a été traduit sous les Han postérieurs, au deuxième siècle de notre ère, par le çramana d'origine indoscythe Leou-kia-teh'en (cf. Nanjio, Catalogue, App. If, n° 3); je n'ai rien tiré de ce dernier recueil de corrtes.

(2) Le mot Æ est ici l'équivalent du mot ff.

femme : « Maintenant je dois partir; j'ai recu l'ordre d'avoir à fournir mon arme de guerre ainsi que l’ustensile pour les provisions de bouche. Je désire que vous me remettiez cela en ce moment. » La femme donna à son mari un ustensile d’une contenance de cinq chengs pour mettre sa nourriture, et une ensouple de tisserand longue de onze pieds (1); elle lui dit : « Prenez cela pour combattre; je n’ai rien d’autre à vous donner; si vous venez à briser cet ustensile ou à perdre cette ensouple, je cesserai d’être en ménage avec vous. »

Le mari alors lui dit adieu et s’en alla; il ne songeait nullement qu’il pouvait être blessé ou tué dans le combat;

son unique crainte était que ces deux objets fussent :

endommagés et qu'il perdit toute faveur auprès de sa femme. En avançant, on rencontra les soldats ennemis et on leur livra bataille; l’armée eut le dessous et se mit à reculer; mais le vieux tisserand, craignant que ses deux objets ne fussent endommagés et qu'il ne perdît les bonnes dispositions de sa femme, se mit à brandir son ensouple au-dessus de sa tête alors que tous les autres hommes s’enfuyaient et resta seul immobile, faisant face à l'ennemi; ce que voyant, les soldats de l’autre royaume s’écrièrent qu'il était un brave, n’osèrent plus avancer et reculèrent ; alors l’armée du premier royaume put reformer ses rangs et, s’élançant au combat avec toutes ses forces réunies, remporta une grande victoire; les soldats de l’autre parti eurent le dessous et furent presque exterminés, les uns mourant, les autres se débandant.

Le roi fut très joyeux: quand il voulut récompenser les actions d'éclat, tout le monde lui dit : « C’est le tisserand auquel il faut décerner la plus haute distinction. » Le roi le fit appeler en sa présence et lui demanda pour quelle raison 1] avait agi ainsi et pour quelle cause il avait à lui

(1) Cette ensouple devait tenir lieu d'arme au tisserand. Quant au récipient, il était fort exigu.

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