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tout seul repoussé une grande armée. Il répondit : « En réalité, je ne suis point un guerrier; ma femme m'avait donné deux objets pour aller à la guerre et elle avait décidé que, si je perdais ces deux objets, elle m'abandonnerait et ne ferait plus ménage avec moi. C’est pourquoi j'ai voulu défendre jusqu'à la mort l'intégrité de ces deux objets et c’est ainsi que j'ai repoussé une armée; mais ce n'est point en réalité par bravoure que j'ai fait cela. »
Le roi dit à ses ministres : « Quoique cet homme ait été inspiré par la crainte qu'il avait de sa femme, l’essentiel est qu'il ait sauvé le royaume du danger; il faut lui décerner la plus haute récompense. » Il le nomma alors” ministre; il lui donna des marchandises précieuses, un palais, des femmes et sa dignité le plaçait immédiatement après le roi; ses descendants héritèrent de ces faveurs et se les transmirent sans interruption, de génération en génération; ce fut là dans le monde un exemple évident de ce qu'on obtient par l'effet des causes.
Le Buddha emprunta cette anecdote pour en faire un apologue : la femme qui remet à son mari un ustensile de cinq cheng et une ensouple de onze pieds est comparable au Buddha donnant à ses disciples les cinq défenses et les dix actions excellentes; quand la femme recommande à son mari de bien garder ces deux objets et de ne pasles endommager ou les perdre s’il veut pouvoir continuer à demeurer avec elle, cela signifie que celui qui se conforme à la Loi et qui brave toutes les morts plutôt que de la violer, obtiendra de monter en compagnie du Buddha dans la salle de la sagesse; quant à l’homme qui fut capable de repousser une armée et qui ensuite se vit récompenser, il symbolise l’homme observateur des défenses qui, dans la vie présente, verra tous les obstacles qui lui sont opposés par ces ennemis (1) disparaître grâce à cela, et,
(1) Au lieu de 73, K, lisez Ga À.
dans la vie à venir, recevra des félicités dans les salles des devas, ce qui est tout naturel.
(Trip., XIX, 7, p. 33 v°.)
Autrefois, dans un royaume étranger, il y avait un homme qui avait planté un grand nombre de cotonniers blancs; si on ne faisait pas la récolte quand le moment était arrivé, (le coton) perdait sa couleur et n’était plus bon. Donc, quand le moment fut venu, il loua plusieurs ouvriers du dehors qui, faisant double tâche jour et nuit, ne prenaient presque aucun repos; le patron, tenant compte de la fatigue de ses hommes, leur fit préparer en abondance un bouillon d'excellente viande. Lorsque fut venu le moment du repas, que la viande allait être cuite à point et que son parfum se sentait partout à la ronde, un corbeau vint à passer au-dessus en volant; dans ses serres il tenait un excrément qui tomba au beau milieu du bouillon; quand le cuisinier s’en apercut, il voulut retirer cet excrément mais il s'était aussitôt entièrement dissous; le cuisinier fit cette réflexion : « Il est trop tard pour faire un nouveau bouillon; si je veux donner celuici à ces hommes, quoiqu'il renferme une ordure, j'estime que ce petit excrément ne suffit pas à en gâter le goût et qu'on peut encore le faire manger à des hommes; moi seul je n'en avalerai point. » Les ouvriers du dehors vinrent tous et s’assirent pour manger; on leur servit du bouillon; quand les ouvriers du dehors eu eurent mangé, le cuisinier, quoiqu'avant faim, n'avait pas goûté à son bouillon; les ouvriers alors l’'appelèrent et prirent un morceau de bonne viande pour la lui donner à manger ; le cuisinier
savait qu’elle était souillée, mais, craignant de déplaire à ces hommes, il se força à l’avaler; cependant, il ne lui trouva pas bon goût, |
Le Buddha tira de cette anecdote un apologue : tous les êtres vivants qui sont dans les trois mondes se complaisent dans les désirs des belles formes et n’en voient pas les impuretés; ils sont incessamment plongés dans lillusion ; tels ces travailleurs affamés qui mangeaient le bon bouillon. Au contraire, quand l’homme supérieur Bodhisattva est entré dans le cycle des naissances et des morts, si on l’engage présentement à accepter la beauté corporelle, il n’y voit, après l’avoir éprouvée, que de limpureté et ne la trouve ni agréable ni plaisante; tel le cuisinier qui, forcé de manger sa viande, l’avala d’un coup sans en apprécier la saveur.
CTPIDR EX EX STE DE a RES
Autrefois sur le bord de la mer il y avait un bois qui s’étendait sur plusieurs dizaines de L; plus de cinq cents singes y vivaient. Un jour, sur l'onde de la mer, il y eut un amas d’écume, haut de plusieurs centaines de pieds et ressemblant à une montagne neigeuse; suivant la marée, il vint s'arrêter sur le bord du rivage. Quand Îles singes le virent, ils se dirent : « Si nous montions sur cette montagne pour nous y ébattre de tous côtés, ne serait-ce pas chose amusante? » Alors un des singes monta dessus, mais s’enfonca tout droit et se noya au fond
(1) Déjà traduit par Julien (Les Avadänas, t. 1, p. 194-196) d'après Île Wou ming lo lch'a tsi(Trip., de Tôokyô, XXIV, 7; Nanjio, Calalogue, n° 1369).
de la mer; les autres singes qui l'avaient vu, s’étonnèrent
de ce qu'il restait longtemps sans ressortir; ils pensèrent
que, à l’intérieur de la montagne d'écume, il avait trouvé
des joies infinies et que c'était pour cette raison qu'il ne revenait pas; tous alors, bondissant à l’envi, entrèrent dans la montagne d'écume et moururent noyés au même moment. |
Le Buddha tira de cette anecdote un apologue : la mer
symbolise la mer des naissances et des morts; la montagne d’écume représente le corps formé des cinq skandhas ; les singes représentent l'intelligence humaine qui ne sait pas que les cinq skandhas n’ont pas d'existence réelle; ceux qu'aveuglent l'amour et les désirs, à la suite de cela se noient dans la mer des naissances et des morts sans pouvoir jamais en sortir. C’est pourquoi Vimalakirti (Weimo-k'i) a dit: « Ce corps est comme un amas d’écume. Purifiez-le en le lavant et faites-lui violence afin de devenir patient. »
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Autrefois, le fils d’un notable venait de se marier; les deux époux s’aimaient et s’estimaient fort. Le mari dit à sa femme: « Allez dans la cuisine et prenez du vin de raisin que vous apporterez pour que nous le buvions ensemble. » La femme y alla et ouvrit l’amphore; elle vit dans cette amphore le reflet de sa propre personne et pensa qu’il y avait quelque autre femme; fort en colère, elle revint dire à son mari : « Vous aviez déjà une épouse; mais vous l'avez cachée dans l’amphore et vous êtes ensuite allé me chercher pour m'épouser. »
Le mari entra alors lui-même dans la cuisine pour voir
ce qui en était ; il ouvrit l’'ampbhore et aperçut sa propre image ; il revint donc auprès de sa femme et s’emporta contre elle en lui disant qu’elle avait caché un homme; tous deux étaient courroucés l’un contre l’autre, Foi d'eux pensant qu'il avait raison.
Sur ces entrefaites, un brahmane, qui était depuis longtemps l’ami intime de ce fils de notable, vint lui rendre visite; il demanda quelle était la cause de la dispute entre le mari et la femme et alla à son tour regarder ce qui en était ; lui aussi vit sa propre image; il s’irrita contre (le fils du) notable qui, pensait-il, avait caché un deses amis dans l’amphore, puis avait feint de se disputer avec sa femme; aussitôt donc il s’éloigna.
Derechef, une bhiksuni, à qui le notable faisait des offrandes, apprit quelle était leur querelle; elle voulut aller se rendre compte de ce qui en était, aperçut une bhiksuni dans l’amphore, et se retira elle aussi fort en colère.
Au bout d'un moment, un religieux vint à son tour regarder et comprit qu’il s'agissait d’un reflet; il s’écria en soupirant: « Les hommes de ce monde, ignorants et déçus, prennent le vide pour la réalité. » Ilappela donc le mari et sa femme pour qu'ils vinssent ensemble regarder. Le religieux leur dit: «Je vais faire sortir pour vous les gens qui sont dans l’amphore. » Il prit alors une pierre et brisa l’amphore ; quand le vin se fut écoulé, il n'y avait plus rien. Aussitôt l'intelligence de ces deux personnes se dénoua; elles comprirent qu'elles avaient eu certainement affaire à un reflet de leur propre corps et chacune d'elles fut pénétrée de confusion. Le bhiksu leur expliqua le texte des lois essentielles ; le mari et la femme obtinrent ainsi la dignité d’a-wet-yue-lche (avivartin).
Le Buddha fit de cette anecdote une parabole : ceux qui voient leur ombre et qui se disputent représentent les hommes qui, dans les trois mondes, ne connaissent pas
les cinq skandhas. Les quatre éléments et les trois chou e pernicieuses qui sont la douleur, le vide et le corps, s emportés sans fin dans le cycle des naissances et «
morts. — Quand le Buddha eut ainsi parlé, d’innombrab milliers d'hommes obtinrent la certitude de la non-ré
du corps.