PRÉAMBULE
(Trip., XXIV, 8, p. 66 v°.\
Voici ce que j'ai entendu raconter : Un jour, le Buddha se trouvait dans la ville de Râjagrha (Wang-chô), dans le bois de bambou donné par Karanda (2), en compagnie de tous les grands bhiksus, les bodhisattvas, les mahasattvas et les disciples des huit catégories, au nombre de trente six mille personnes. Or, dans l’assemblée, il y avait cinq cents brahmanes, hérétiques qui se levèrent de leurs sièges et dirent au Buddha : « Nous avons entendu dire que la doctrine du Buddha était vaste et profonde et que rien ne pouvait l’égaler; c’est pourquoi nous sommes venus vous interroger avec soumission, notre seul désir est que vous nous expliquiez cette doctrine. » Le Buddha leur dit : « C’est fort bien. » Ils lui demandèrent :
D. « L'Univers est-il existant ou non existant ? »
R. « Tantôtil est existant, tantôt il est non existant », répondit le Buddha.
D. « Si maintenant il est existant, comment dites-vous qu'il est non existant ? Si maintenant il est non existant, comment dites-vous qu'il est existant ? »
R.« La naissance est ce que j'appelle l’existence ; la mort
(1) Dans l'édition de Corée que suit le Tripitaka de Tôkyô, ce préam: bule est placé à la fin du chapitre I; mais il est manifeste qu'on doit le reporter en tête de ce chapitre, comme le font, d'ailleurs, les trois éditions des Song, des Yuan et des Ming.
(2) Hiuan-tsang, Mémoires, tr. Julien, t. II, p. 29.
est ce que j'appelle la non-existence; c'est pourquoi je dis : L'univers est tantôt existant, tantôt non existant. »
D. « D'où l’homme tire-t-il sa naissance ? »
R. « Des céréales ». +
D. « D’où les cinq sortes de céréales tirent-elles leur naissance ? »
R. « Des quatre grands éléments qui sont: le feu, le vent, etc. » D
D. « D'où les quatre grands éléments tirent-ils leur naissance ? »
R. « Du vide. »
D. « D'où le vide tire-t-il sa naissance ? »
R. « De ce qui n’a aucune caractéristique ? »
D. « D'où ce qui n’a aucune caractéristique tire-t-il sa naissance ? »
R. « De la naissance spontanée. »
D. « D'où la spontanéité tire-t-elle sa naissance ? »
R. « Du Nirvâna. » |
D. « D'où le Nirväna tire-t-il sa naissance »
Le Buddha dit : « Ce que vous demandez en ce moment est une question sans profondeur, car le Nirvâna est ce dont l'essence est d’être affranchi de la naissance et de la mort. »
Les brahmanes lui demandèrent : « O Buddha, avezvous atteint au Nirvâna ? » |
« Je n’y ai point encore atteint. »
« Si vous n'avez point encore atteint au Nirvâna, comment pouvez-vous savoir que le Nirvâna est un état de félicité constante ? » |
Le Buddha dit : « Maintenant je vous demanderai à mon tour : Tous les êtres de l'univers sont-ils dans la souffrance ou dans la joie ? »
« Tous les êtres sont dans une extrême souffrance. » « Pourquoi dites-vous qu'ils souffrent ? »
Les brahmanes répondirent : « Nous voyons que tous
les êtres, au moment de la mort, endurent des souffrances qu'il est difficile de supporter; c'est pourquoi nous savons que la mort est une souffrance. »
Le Buddha reprit : « Ainsi, bien que présentement vous ne soyez pas mort, vous savez cependant que la mort est une souffrance. Or, moi j'ai vu que tous les Buddhas des dix régions étaient affranchis de la naissance et de la mort, et c'est pourquoi je sais que le Nirvâna est un état de félicité constante ».
Aussitôt, ces cinq cents brahmanes sentirent leur cœur à s'ouvrir et leur intelligence se dénouer; ils demandèrent : à recevoir les cinq défenses et apercurent la sagesse de Srotâpanna; ils se rassirent alors comme auparavant; le Buddha leur dit: « Vous tous, écoutez bien; je vais maintenant vous exposer toutes sortes d’apologues. »