CHAPITRE PREMIER
CID EX RIN8 D: .00 v°:67 1°)
Le sol qui mangeait du sel (1).
Autrefois 1l y eut un sot qui alla chez un autre homme ; le maître de la maison lui ayant donné à manger, il se plaignit de cés aliments qui étaient fades et sans saveur; quand le maître de la maison en fut informé, il ajouta un peu de sel et (la nourriture) devint excellente. (Le sot) pensa alors à part lui : « Ce qui fait le goût excellent, c'est le sel. Si déjà quand il y en a un peu c'estsi bon, combien meilleur cela sera-t-il si on en met beaucoup. » Ce sot dépourvu de discernement ne mangea donc rien que du sel; après qu'il eut mangé, sa bouche fut toute brülée et il n’en éprouva que de la souffrance.
Tels sont ces hérétiques qui, ayant entendu dire qu’en modérant le boire etle manger on peut obtenir la sagesse, s’abstiennent alors absolument de manger, tantôt pendant sept jours, tantôt pendant quinze jours; ils ne font que se soumettre aux tortures de la faim sans rien gagner en sagesse. [ls sont comme le sot qui, parce que le sel donne bon goût, ne mangeait plus que du sel; le résultat fut que
(1) Cf. Julien, les Avadänas, t. 1, p. 148-149.
sa bouche en fut toute brûlée; dans cet autre cas aussi, il en est de même.
(Trip., XXIV, 8, p. 67:r°.)
Le sot qui amassail le lait de sa vache (A).
Autrefois un sot, qui se proposait d’avoir une réunion d'hôtes, voulut amasser le lait de sa vache jusqu’à ce qu'il y en eütassez pour suffire aux préparatifs du banquet; il fit donc cette réflexion : « Si maintenant je trais chaque jour le lait de ma vache, ce lait augmentera toujours en quantité; je ne saurai où le mettre et peut-être d’ailleurs s’aigrirat-il et se gâtera-t-il; le mieux est donc de le garder dans le ventre de ma vache; puis, quand sera venu le moment de la réunion, je le trairai d’un coup.» Après avoir eu cette idée, il prit la vache et son veau etles attacha dans deux endroits différents. Un mois après, il organisa la réunion et invita ses hôtes; puis il amena la vache pour la traire et prendre son lait; mais le lait de cette vache s'était tari et elle n’en avait plus; alors, parmi les invités, les uns se fâchèrent et les autres se moquèrent.
Voici un autre sot qui est tout semblable à celui-là : il désire pratiquer la libéralité etil dit : « J’attendrai le moment ou je serai très riche et alors je ferai des largesses en une fois ». Mais, un instant avant qu'il ait réussi à amasser (la somme qu'il voulait), il arrive que(ses richesses) lui sont enlevées soit par les magistrats, soit par l’eau, soit par le feu, soit par les brigands, ou encore il meurt brusquement sans avoir atteint le moment où il serait libéral. Dans cet autre cas aussi, il en est de même.
(1) Cf. plus haut, le N° 202 et Julien, les Avadänas, t. I, p. 79-80.
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