‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 41 sur 72 · CR RID NN RS D TE · texte numérisé non relu

CR RID NN RS D TE

Celui qui abima les yeux du rsi doué des cinq abhijñäs (2).

Il y avait autrefois un homme qui était entré dans les montagnes pour y étudier la sagesse et qui était parvenu à obtenir les cinq pénétrations surnaturelles ; sa vue divine voyait au travers des choses et il pouvait apercevoir à l’intérieur de la terre les joyaux précieux de toutes

(1) Lisez À au lieu de Ë.

(2) Cf. Julien, les Avadänas, t. 1, p. 204-206.

sortes qui s’y trouvaient cachés. Le roi du pays fut informé, et, tout joyeux, dit à ses ministres : « Comment fautil faire pour que cet homme reste toujours dans mon royaume et n’aille pas ailleurs, en sorte que mon trésor puisse s'enrichir de toutes sortes d'objets précieux ? » Un sot ministre se rendit alors auprès du rsi et lui arracha les deux yeux qu'il rapporta au roi en disant : « Comme je lui ai arraché les yeux, ilne pourra plus s’en aller et devra toujours rester dans ce royaume ». Mais le roi lui répliqua : « Si j'avais un vif désir que ce rsi demeurât ici, c’est parce qu’il pouvait apercevoir tout ce qui était caché dans la terre ; mais maintenant que vous avez détruit ses yeux, quel besoin ai-je qu'il reste ici ? »….

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Celui qui fil périr son troupeau de bœufs (1).

Il y avait autrefois un homme qui possédait deux cent cinquante bœufs et qui les menait constamment à la recherche des eaux et des pâturages pour leur donner à manger suivant les saisons ; un jour, un tigre dévora un de ses bœufs. Le propriétaire des bœufs fit cette réflexion : « Puisque j'ai perdu ce bœuf, mon troupeau n’est plus complet; à quoi me servent doncles autres ? » Il les mena sur le bord abrupt d’un ravin profond et les poussa dans le fond de l’abime, en sorte qu'il les fit tous périr.…

(1) Cf. Julien, les Avadänus, t. 1, p. 197-198, où la conclusion morale est traduite intégralement.

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Celui qui but l'eau du tuyau en bois (1).

Autrefois, un homme qui marchait se trouva fort altéré ; il aperçut de l’eau pure qui coulait dans un tuyau en bois; il alla en boire. Quand il eut assez bu de cette eau, il leva les mains et ditau tuyau de bois : « J'ai fini de boire ; que lPeau ne vienne plus. » Mais, quoiqu'il eüt prononcé cette parole, l'eau continuait à couler comme auparavant. Il dit alors avec colère : « J’ai fini de boire et je vous ai dit de ne plus venir ; pourquoi donc venez-vous ? » Quelqu'un le vit et lui dit : « Vous n'êtes qu'un grand sot et vous êtes dépourvu de toute intelligence ; pourquoi ne vous en allez-vous pas, au lieu de dire à l’eau de ne plus venir ? » Alors il l’entraîna et l’emmena ailleurs...

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Celui qui vit la maison bien badigeonnée d’un autre homme(2).

Autrefois, un homme était allé chez quelqu'un, il remarqua que, dans cette maison, les murs étaient bien badigeonnés et que le sol était bien uni, en sorte que tout

(1) Cf. Julien, Les Avadänas, t. IT, p, 51-54, où les réflexions morales qui accompagnent cet apologue sont traduites.

(2) Cf. Julien, les Avadânas, t. I, p. 144-145.

était d’ane propreté fort agréable; il demanda au maître de la maison avec quoi il avait composé son badigeon pour obtenir une si belle apparence ; l’autre lui répondit : « Je prends de la balle de riz que je fais macérer dans de l'eau,en sorte qu’elle s'échauffe, puis je la mêle au mortier pour en enduire les parois et c'est ainsi que j'obtiens ce résultat. » Notre sot fit alors cette réflexion: « Si il emploie simplement de la balle de riz, je ferai mieux de composer mon badigeon en me servant du riz lui-même; les murs deviendront d'une blancheur éclatante et l’enduit sera égal et beau. » Il prit donc du riz qu’il méla à du mortier pour en enduireses murs, espérant ainsi obtenir un badigeon égal et parfait ; mais, au contraire, il eut des bosses et des creux et tous les murs se fendillèrent ; il avait ainsi gaspillé inutilement son riz sans en retirer aucun avantage ; il eût mieux fait de l'employer à des charités, grâce auxquelles il se serait acquis quelques mérites.

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La guérison de la calvitie.

Autrefois, 1l était un homme qui n'avait point de cheveux sur la tête; en hiver, il avait grand froid ; en été, il souffrait de la chaleur ; en même temps, il était piqué par les moustiques, et jour et nuit il était tourmenté; cela lui était fort pénible. Or, il y avait un médecin qui était fort savant dans son art; ce chauve se rendit donc auprès de lui et lui dit: « Je désire, Ô grand maître, que vous me guérissiez. » Cependant, ce médecin était lui-même chauve ; il enleva donc son bonnet et lui montra sa tête en

lui disant : « Moi aussi je souffre de cet inconvénient et j'en suis tourmenté. Si je savais traiter cette infirmité de manière qu’on pût en guérir, c’est moi que j'aurais dû d’abord soigner pour m'affranchir de ces ennuis ».…

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Les démons picätas (1).

Il y avait autrefois deux démons p'i-chü-lou (picâéa) qui possédaient en commun (2) un coffre, un bâton et un soulier ; ces deux démons eurent une contestation, chacun d'eux voulant avoir ces objets; leur dispute dura un jour entier sans qu'ils pussent se mettre d'accord ; un homme survint alors et, ayant vu cela, leur demanda : « Qu'ont donc de si merveilleux ce coffre, ce bâton et ce soulier pour que vous vous disputiez avec tant de colère ? » Les deux démons lui répondirent : « De ce coffre qui est à nous, on peut tirer tous les objets qui servent à la vie tels que vêtements, boissons et aliments, coussins pour le lit et couvertures ; tout cela en sort. Celui qui tient le bâton, ses ennemis se soumettent et n'osent pas se quereller avec lui. Celui qui met ce soulier peut, grâce à lui, aller en volant sans que rien lui fasse obstacle. » Quand notre homme eut entendu cette réponse, il dit aux deux démons :

(1) Cf. Julien, les Avadänas, t. IT, p. 8-10.

(2) JE. Julien traduit inexactement : «qui possédaient chacun un coffre, un bâton et un soulier. » Plus loin, il dit encore : « Cet homme prit les deux coftres etles deux bâtons, chaussa les deux souliers et s'envola. » Mais, là encore, le mot « deux » est une adjonction fautive du traducteur, qui, dans le désir d’avoir deux souliers, suppose deux coffres et deux bâtons. En réalité, il n'est question dans toute l'histoire que d’un coffre, un bâton et un soulier.

« Éloignez-vous un peu; je vais faire entre vous un par-

tage égal. » À ces mots, les démons se retirèrent aussitôt à l'écart. Notre homme alors prit dans ses bras le coffre, empoigna le bâton, chaussa le soulier et s’envola. Les deux démons, tout penauds, se trouvèrent n'avoir plus

rien du tout. L'homme leur dit: « J'ai pu supprimer ce

qui causait votre dispute et j’ai fait en sorte maintenant que vous n'ayez plus aucun sujet de querelle. »…

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