M CR DE NS
ablutions qu’il se proposait de faire. Mais, avant que le médecin fût arrivé, notre homme prit ce remède et l'avala; aussitôt son ventre enfla ; il fut près de mourir et ne put surmonter sa douleur. Quand le médecin arriva, il s’étonna de ce qui lui était arrivé et lui demanda quelle en était la cause. Il répondit au médecin : « Le remède que vous veniez de préparer pour les ablutions, je l'ai pris et avalé ; c’est pourquoi j'ai failli mourir. » En entendant ces mots, le médecin lui fit de graves reproches, disant : « Vous n'êtes qu'un grand sot de ne pas comprendre la recette (que je vous avais prescrite). » Alors il lui donna une toute autre drogue grâce à laquelle il put vomir et obtint de guérir. Pour avoir été sot à ce point, il fut la risée de tout le monde...
Noos
Cri NX XIVS 8 D:278 V0)
Celui qui fut mordu par un ours.
Autrefois un père et son fils marchaient en compagnie d’un autre homme. Le fils, étant entré dans la forêt, fut mordu par un ours et les griffes de l'animal lui déchirèrent le corps ; fort maltraité, il parvint à sortir de la forêt et à revenir auprès de ses compagnons; quand le père vit que son fils avait le corps couvert de plaies, il s'en étonna et lui demanda: « Comment se fait-il maintenant que vous ayez reçu ces blessures ? » Le fils répondit à son père : « C’est une sorte d’animal dont les poils sont touffus et longs qui est venu pour me tuer. » Le père prenant son arc et ses flèches, s’avança alors dans la forêt et aperçut un ascète (rsi) dont les poils et les cheveux étaient devenus très longs ; il se disposait à lui décocher
une flèche lorsque son compagnon lui dit : « Pourquoi allez-vous tirer sur lui ! cet homme ne fait aucun mal : il vous faut rectifier votre erreur ... »
(Trip, -XXIV;S8,1p: 78 79 r°.)
Apologue de celui qui ensemençail un champ.
Autrefois un paysan, étant venu dans une ferme au milieu des champs, y vit de belles tiges de blé qui produisaient des épis grands et nombreux. Il demanda au propriétaire du blé comment il s’y prenait pour faire que ces épis de blé fussent si beaux ; le propriétaire répondit : « C’est en égalisant bien le sol et en outre en y ajoutant du fumier et de l’eau que j'obtiens ce résultat. » Notre homme se mit à appliquer ce procédé : il mêla donc à son champ de l’eau et du fumier ; quand il voulut répandre la semence à terre, il craignit que ses, pieds ne foulassent le sol, ce qui aurait pu-empéeher son blé de croître : « Il faut, pensa-t-il, que je m’asseye sur un lit que des gens porteront ; de là-haut je répandrai la semence et alors ce sera bien. » Il ordonna donc à quatre hommes de prendre chacun un pied (du lit) et il alla ainsi dans son champ pour y répandre la semence ; le sol ne s’en trouva que plus foulé et il fut la risée de tous, car, par crainte que ses deux pieds ne fissent du mal, il leur avait substitué huit
pieds.
CTrape NXINS Sp 70 71)
Le singe.
Autrefois un singe avait été battu par un homme adulte et ne sachant comment assouvir son ressentiment, il le tourna contre un jeune enfant...
ÉPRIDERXEIN Sp 0 pe)
Celui qui battait son chien pendant une éclipse de lune.
Autrefois un roi des Asuras, voyant la clarté du soleil et de la lune, la voila avec la main (4: un homme vulgaire et ignorant s'en prit à son chien qui n'avait fait aucun malet lui infligea injustement de mauvais traitements(2)..
CHeipe RXINES SD 70 RS
La femme qui souffrait des yeux.
Autrefois une femme souffrait fort des yeux,
une
(1) D'après le titre de l’apologue, il s’agit ici d'une éclipse de lune : le soleil ne devrait donc pas être mentionné.
(2) Peut-être avons-nous là une trace d'un usage populaire en vertu duquel on battait les chiens lors des éclipses de lune.
femme de ses amies lui demanda si elle souffrait des yeux, et, commecelle-cirépondait que oui, l’autre reprit : « Quand on a des yeux, on ne peut manquer d’en souffrir ; quoique je n’en souffre pas encore, je veux cependant m’arracher les yeux de peur d’en souffrir plus tard. » Quelqu'un qui était auprès d’elle lui dit alors : « Quand on a des yeux, tantôt on en souffre et tantôt on n’en souffre pas ; mais, quand on n’a plus d’yeux, on en souffre perpétuellement jusqu'à la mort. »…
CErID. XIV Sp 71910
Le père qui prend les pendeloques des oreilles de son fils.
Autrefois un père et son fils voyageaient ensemble pour quelque affaire. Tout à coup des brigands apparurent sur la route et vinrent pour les détrousser ; le fils portait à ses oreilles des pendeloques en or ; à la vue des brigands qui faisaient irruption, le père eut peur de perdre les pendeloques des oreilles de son fils ; aussitôt donc il se mit à lui tirer fortement les oreilles avec ses mains ; comme les oreilles ne cèdaient pas, à cause de ces pendeloques, il coupa la tête de son fils. Au bout d’un moment, les brigands étant partis, il revint et remit la tête de son fils sur ses épaules, mais il ne parvint pas à l’y faire tenir. C'est ainsi que ce sot fut la risée de tout le monde...
ET
Ti PARA CURE
(Trip., XXIV, 8,p. 79 r°-v°.)
Partage du butin entre des voleurs.
Autrefois une bande de voleurs s’était livrée au pillage, et, après avoir fait un butin considérable, ils se l’étaient répartis en faisant des parts égales. Il était resté seulement un lou-ye k’in-p'o-lo (1) (kambala) dont la couleur n’était pas parfaite ; ils le considérèrent comme la plus mauvaise part et le donnèrent au plus faible d’entre eux ; en le recevant, celui-ci s’irrita et cria qu'il était grandement lésé ; mais, quand il se rendit à la ville pour le vendre, les plus puissants notables lui en donnèrent un prix considérable et notre homme se trouva avoir gagné à lui seul deux fois plus que tous ses compagnons réunis ; alors, tout content, il se mit à sauter et à se réjouir sans fin.
(Trip., XXIV, 8, p. 79 v°.)
Le singe qui lenail une poignée de pois (2).
Autrefois un singe tenait une poignée de pois ; ayant laissé tomber par mégarde un pois à terre, il lâcha tous ceux qu'il avait dans la main pour chercher celui-là
? (1) Je ne sais pas ce que signifient les deux caractères lou-ye RE Hÿ ; je ne les ai rencontrés jusqu'ici que comme désignant le Mrgadava : quant à Xin-p'o-lo D #E, c'est la transcription du sanscrit kambala qui désigne une pièce d'étoffe de laine.
(2) Cf. Julien, les Avadänas, t. I, p. 6-7.
mais, avant qu'il l’eût retrouvé, les poules et les canards avaient mangé tous ceux qu’il avait lâchés.…
(Tips XXIV 8) par Dv
Celui qui avail trouvé une mangouste d'or (4).
Autrefois, un homme marchait sur la route, lorsqu'il rencontra sur son chemin une mangouste d’or (2); son cœur en conçut des transports de joie; il la pritetla mit dans son sein; continuant sa route il arriva à une rivière, et pour la traverser, il Ôta ses vêtements et les déposa à terre; mais, en ce moment, la mangouste d’or se transforma en un serpent venimeux; l’homme, après avoir réfléchi, pensa qu'il valait mieux risquer d'être tué par ce serpent venimeuxet qu'il lui fallait l'emporter dans son sein; l’excellence de ses sentiments toucha secrètement les dieux, et le serpent se changea de nouveau en or. Un sot qui se trouvait près de là vit le serpent venimeux se transformer en un joyau véritable et pensa que cela devait se passer toujours ainsi; à son tour donc, il prit un serpent venimeux et le plaça dans son sein, mais il fut piqué par le serpent venimeux et en perdit la vie...
(1) Cf. Julien, les Avadänas, t. II, p. 92-93.
(2) Il s'agit vraisemblablement d’une bourse pleine d'or, cette bourse élant faite avec la peau d'une mangouste. Voyez à ce sujet les remarques de Foucher et celles de Vogel dans le B.F.E.O., t. III, p.162 et p. 655.
(Trip., XXIV, 8, p. 79 v°.)
Celui qui trouva par terre des pièces d'or.
Autrefois, un pauvre homme qui marchait sur la route rencontra tout à coup au milieu du chemin une bourse pleine de pièces d’or; son cœur en conçut un transport de joie et il se mit à les compter; mais avant qu'il eût pu en finir le compte, le propriétaire de l'or survint soudain et lui fit rendre tout l'argent dont il s'était emparé; cet homme regretta alors de ne pas s’en être allé au plus vite et les sentiments de repentir qu’il en eut le tourmentèrent fort.
(Trip., XXIV, 8, p. 79 vw.)
Le pauvre qui désirail posséder autant que le riche.
Autrefois, un pauvre homme n’avait que peu de biens ; voyant un gros richard, il désira être son égal; mais, comme il constatait qu’il ne pouvait l’égaler, il projeta de jeter dans l’eau tout le peu de biens qu'il pouvait avoir. Un voisin lui dit alors : « Quoique ces biens soient peu considérables, ils suffiraient cependant à soutenir votre vie pendant plusieurs jours. Pourquoi y renoncer en les jetant dans l’eau ? ».…
(Trip., XXIV, 8, p. 80 r°.)
L'enfant qui a oblenu des bonbons.
Une nourrice, tenant dans ses bras un jeune enfant, parcourait la route, lorsque, accablée par la fatigue de la marche, elle s’endormit et perdit conscience de ce qui se passait. En ce moment, un homme, qui tenait dans sa main des bonbons, en donna au jeune enfant; quand celui-ci en eut eu, il fut épris de leur goût excellent et ne songea plus aux objets qu’il portait sur lui; cet homme put donc le dépouiller de ses colliers et de ses pendeloques et s’en aller en emportant tout cela...
CÉPIPCEXIN SD 60 Er.)
La vieille qui tenait l'ours.
Autrefois, une vieille femme était couchée au pied d’un arbre lorsqu'un ours vint pour se saisir d'elle; la vieille alors tourna autour de l'arbre pour lui échapper; derrière elle, l'ours allongea chacune de ses pattes en embrassant l'arbre afin de l’attraper; la vieille, dans ce danger pressant, embrassa elle aussi larbre et serra dans ses mains les deux pattes de l'ours; celui-ci se trouva ainsi immobilisé. Sur ces entrefaites, un autre homme survint en ce lieu; la vieille lui dit : « Aidez-moi à le tenir et à le tuer
et nous partagerons sa chair. » Alors, cet homme, ajoutant foi aux paroles de la vieille, se mit à tenir l’ours en même temps qu'elle ; quand il le tint bien, la vieille lâcha l'ours et s’en alla. Cet homme fut ensuite mis à mal par l'ours.
(Pripe.XXIN:8;/p: 8077.
L'aqueduc mo-nt.
Un homme avait des rapports adultères avec la femme d'un autre; un jour, avant que leur entrevue fût terminée, le mari revint du dehors et s'aperçut de ce qui se passait; il se posta donc hors de la porte pour attendre, avec intention de le tuer, que l’autre sortit. La femme dit à son amant : « Mon mari s’est aperçu de la chose; il n'y a aucune issue; il n’y a que le mo-n1{1) par lequel vous pourriez sortir. » Elle voulait ainsi engager cet homme à sortir par l’aqueduc; mais il interpréta mal le terme dont elle s’était servie et crut qu'elle parlail de perles mo-nt (mani); il fit des recherches à l'endroit même où il se tenait, et, comme il ne savait pas où (étaient les perles), il dit donc: « Puisque je ne vois point de perles mo-nt (mani), je ne m'en irai pas. » Un instant après, il fut tué par le mari... |
(1) Par la suite du récit, il appert que le terme mo-ni doit désigner un gros tuyau pour l'écoulement des eaux. Mais il n'est pas aisé de voir quel est le terme sanscrit que recouvre cette transcription.
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(Trip., XXIV, 8, p. 80 r°-v°.)
Les deux pigeons.
Il y avait autrefois deux pigeons, un mâle et une femelle, qui demeuraient ensemble dans le même nid. En automne, au moment où les fruits étaient mûrs, ils en recueillirent et en remplirent leur nid. Par la suite, il y eut une sécheresse et les fruits diminuèrent de volume, en sorte que le nid ne fut qu’à moitié plein. Le mâle s'irrita contre la femelle en lui disant: « Nous avons recueilli des fruits à grand’peine ; or maintenant vous les mangez à vous seule et il ne m'en reste plus que la moitié. » La femelle répondit : « Je ne les ai point mangés toute seule; ce sont les fruits eux-mêmes qui ont rapetissé. » Le mâle ne la crut pas et lui dit avec colère: « Si ce n’était pas que vous les avez mangés seule, comment auraientils pu diminuer ? » Il donna alors à la femelle tant de coups de bec qu’il la tua; peu de temps après cependant, une pluie abondante tomba du ciel; les fruits purent être humectés et redevinrent comme auparavant; quand le pigeon mâle vit cela, il en conçut des remords et se dit : « Effectivement elle ne les avait pas mangés et c’est bien à tort que je l’ai tuée. » Il se mit alors à appeler sa femelle avec des cris plaintifs en lui demandant où elle s’en était allée.
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