‹ Cinq cents contes et apologues (volume 3)Chapitre 52 sur 72 · DES TRAITÉS DE DISCIPLINE · texte numérisé non relu

DES TRAITÉS DE DISCIPLINE

Extraits DU CHE SONG LU 1)

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Le Buddha dit aux bhiksus assemblés: Autrefois il y avait un homme qui possédait un bœuf noir. Il y avait encore un autre homme qui possédait aussi un bœuf et qui, pour gagner des richesses, allait criant: « S'il est quelqu'un dont le bœuf l’emporte en force sur le mien, je lui livrerai mes biens comme enjeu; si (son bœuf) se montre inférieur, il me livrera ses biens comme enjeu. »

Or, le maitre du bœuf noir ayant entendu sa proclamation, répondit qu'il acceptait; alors, ayant chargé sur un véhicule une pesante charge, il attacha le bœuf à gauche du char; sa mine fut tournée par lui en ridicule etil s'adressait à lui en l’appelant « noir à corne courbe » ;

(1)Le Che song lu (Nanjio, Catalogue, n° 1115) qui est un traité de la Discipline des Sarvâästivädins, a été traduit en 404 par Punyatara et Kumârajiva (Nanjio, Catalogue, app. IE, n° 60 et 59). Cet ouvrage occupe les fascicules 3 à 7 du volume XVI du Tripitaka de Tokyo.

avec un bâton il le frappait pour qu’il allât en tirant ce char. Comme ce bœuf entendait ces injures à propos de sa mine, il perdit son sentiment de l'honneur et sa force ; il ne put tirer la lourde charge au haut de la pente, Le maitre du bœuf noir perdit donc de grandes richesses.

Cet autre homme qui avait gagné recommencça ensuite à crier : « Celui de qui le bœuf a une force plus grande, je lui livrerai mes biens comme enjeu. » En ce moment, le bœuf noir ayant entendu ce qu’il proclamait, s’adressa à son maitre en ces termes: « Cet homme, pourquoi recommence-t-il à crier ces paroles? » Son maitre lui répondit: « C’est parce qu'il est avide de richesses qu'il recommence à faire cette proclamation. » Le bœuf noir dit à son maître: « Vous pouvez répondre (à son défi). » Son maître lui dit: « Je ne le puis pas, et, s’il en est ainsi, c'est à cause de vous, mauvais bœuf; j'ai perdu comme enjeu une grande partie de mes biens ; si maintenant je recommencçais (le pari), je perdrais entièrement ce que je possède. » Le bœuf dit à son maître: « Précédemment, en présence d’une multitude d'hommes, vous m’avez, pour ma mine, tourné en ridicule ; vous servant d’une appellation avilissante, vous vous êtes adressé à moi en me nommant «noir à corne courbe ». C’est parce que j'ai entendu ce méchant nom que j'ai aussitôt perdu mon sentiment de l'honneur et ma force, et ainsi j'ai été incapable de tirer la lourde charge en haut de la pente, Maintenant, je vous donne, mon maitre, cet avertissement: Ne prononcez pas de mauvaises paroles ; lorsque vous serez en présence des autres hommes, parlez-moi ainsi: « Quand vous étiez veau, une épine est entrée dans votre pied; en regardant vous-même cette épine dans le désir de parvenir à la retirer, votre corne est entrée dans la terre et c'est pourquoi elle est courbe. Mais vous êtes un beau grand bœuf noir ; de naissance vous avez d’excellentes cornes qui sont larges et d’ailleurs droites. »

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Le maître, ayant reçu ces avis du bœuf, se mit à le laver, à le brosser et à enduire ses cornes d'huile de sésame ; il lui mit une coiffure de belles fleurs et l’attela au côté droit du char ; il lui tint ce langage délicat et aimable : « Grand bœuf noir, qui portez bonheur, par la grande force de vos larges cornes, allez en tirant ce char. » Le bœuf, parce qu'il avait entendu ce langage délicat et aimable, fut animé aussitôt du sentiment de l'honneur et doué de puissance ; il tira le char jusqu’au haut de la pente. Alors le maître du bœuf noir gagna deux ou trois fois plus de richesses qu’il n’en avait perdu précédemment. Quand ce maître du bœuf eut fait ce grand bénéfice, il fut très content dans son cœur et prononça cette stance :

« Quand on a mis sur un char la lourde charge et qu'on est entré dans les ornières profondes, — (mon bœuf) a pu aller suivant le langage que j'ai lenu. — Ainsi il faut employer un doux langage ; — il ne faut pas proférer de mauvaises paroles. — Les douces paroles produisent le senliment de l'honneur et la force ; — ce bœuf a pu (ainsi) lirer la lourde charge ; — j'ai gagné de grandes richesses — el mon propre cœur est joyeux el content. »

Le Buddha dit aux bhiksus assemblés : Si même des animaux peuvent perdre le sentiment de l'honneur et la vigueur en entendant ce qu'on ditde leur forme extérieure, à combien plus forte raison n’en sera-t-il pas de même lorsqu'il s'agira d'hommes ?

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Le Buddha dit aux bhiksus : Dans les générations passées, au pied des montagnes neigeuses, il y avait deux

bêtes sauvages ; l'une s'appelait « le lion au beau pelage », le second s'appelait « le tigre aux belles dents » ; ils étaient une paire de bons amis; ils s’aimaient l’un l’autre et songeaient à se demander réciproquement de leurs nouvelles ; parfois, fermant les yeux, ils se léchaient l’un à l’autre les poils. Ces deux bêtes sauvages avaient constamment de la chair tiède et bonne à dévorer.

Non loin de là se trouvait un chacal à double langage. Le chacal conçut cette pensée : « Le lion au beau pelage et le tigre aux belles dents font une paire de bons amis; ils s'aiment l’un l’autre et songent à se demander réciproquement de leurs nouvelles; parfois, fermant les yeux, ils se lèchent l'un à l'autre les poils ; ils ont constamment de la chair bonne et tendre à dévorer. Il faut que j'aille à côté de ces deux bêtes sauvages pour être le troisième compagnon. » Quand il eut eu cette pensée, il se rendit à l'endroit où se tenaient le tigre et le lion, et leur dit: « Je serai avec vous le troisième compagnon ; me permettezvous de venir auprès de vous ? » Le lion et le tigre lui dirent : « Comme il vous plaira. »

Comme le chacal à double langage pouvait dévorer la chair que laissaient ces deux bêtes sauvages, son corps devint gros et gras. Quant il fut devenu gras, il pensa ceci : « Le lion au beau pelage et le tigre aux belles dents, forment une paire de bons amis ; ils s'aiment l'un l’autre et songent à se demander réciproquement de leurs nouvelles ; parfois, fermant les yeux, ils se lèchent l’un à l'autre les poils. Constamment ils ont de la bonne chair à dévorer; mais si une fois ils n'en ont pas, ils ne manqueront pas de me dévorer. Ne vaut-il pas mieux que je prenne les devants en imaginant un stratagème pour que leurs cœurs se désunissent ? Quand ils seront désunis, tous deux me regarderont comme leur bienfaiteur. »

Quand il eut eu cette pensée, il alla dire au lion : « Savezvous que le tigre aux belles dents a de mauvaises inten

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